POURQUOI VEULENT-ILS DIABOLISER A TOUT PRIX UN MODE DE SCRUTIN QUE SOUHAITAIT POURTANT…

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C

e mois-ci, sur Radio Martinique 1ère, on a vu se succéder deux militants PPM bien connus : Rodolphe DESIRE et Edouard DELEPINE. Ils tenaient entre autres à crier leur indignation face au mode de scrutin à la proportionnelle qui a été retenu pour l’élection de la future assemblée unique.

Le premier disait même ne pas comprendre comment l’actuel président du Conseil Général, Claude LISE, acceptait de se faire « Hara Kiri » avec la future disparition des cantons.

Le deuxième s’est exprimé avec furie, rejetant la date de 2012 et faisant le procès du mode de scrutin à la proportionnelle, nous prédisant… « la disparition des communes ». Il a appelé les Martiniquais à « la résistance » et a menacé de déférer ce projet de loi devant le conseil constitutionnel.

Dans la Lettre du Palima n° 11, parue en juin 2009, nous faisions l’analyse des débats concernant le mode de scrutin dans la perspective d’un changement institutionnel et nous citions l’apport qu’Aimé CESAIRE, « leur maître à penser » disent-ils en chœur, a livré en son temps sur cette question.

L’apport d’Aimé CESAIRE

L’apport d’Aimé CESAIRE sur la proportionnelle est éloquent et mérite d’être pris en considération dans la réflexion sur l’histoire des idées dans notre pays. Voici un long extrait de l’intervention qu’il fit à propos du projet de loi portant adaptation de la loi du 2 mars 1982, instruite par Monsieur EMMANUELLI, membre du gouvernement socialiste de François MITTERAND, qui proposait la création d’une assemblée unique en Martinique.

Prenant comme référence l’année 1949, moment où le gouvernement français de l’époque décidait de charcuter les cantons traditionnels en Martinique, CESAIRE va appuyer la réforme proposée par le gouvernement socialiste en ces termes :

« Aucune référence n’est plus faite au chiffre de la population pour la détermination des circonscriptions électorales. Toute commune, même la plus infime, est transformée en canton et s’il n’y a pas assez de communes cantons, on transforme en communes les hameaux les plus humbles. Jamais le cynisme électoral n’a été poussé plus loin ! »

CESAIRE poursuit :

« Le canton ayant été de fait supprimé, non par vous, mais dès 1949, on en prend acte et l’on remplace le scrutin cantonal par le scrutin départemental proportionnel. Il s’agit là, d’un pas important dans la bonne direction. Je veux dire d’un pas en avant dans la démocratie. »

 

« Pour ma part, j’ai peine à croire que ce système que je viens de vous décrire, fruit de combinaisons politicardes ou d’improvisations juridiques boiteuses ou hasardeuses, constitue un monument vénérable sur lequel il serait sacrilège aujourd’hui de porter la main. C’est pourquoi, Monsieur le Secrétaire d’Etat, je trouve votre projet de loi bon et il l’est, car il est intelligent. »

Et d’ajouter

« Que la droite s’y oppose, je ne vois rien là que de très naturel : je ne connais pas d’assemblée de privilégiés qui ait voté la disparition des privilèges. » (« Aimé CESAIRE, Député à l’Assemblée Nationale - 1945-1993 » - Ernest MOUTOUSSAMY - L’Harmattan - 1993).

Qu’ajouter de plus, sinon que la contradiction est évidente et qu’il y a quelque chose de savoureux à entendre DELEPINE et DESIRE défendre les cantons que CESAIRE traitait ironiquement de « monument vénérable sur lequel il serait sacrilège de porter la main ».

En conclusion, la situation décrite par Aimé CESAIRE est exactement celle dont nous héritons aujourd’hui et le projet d’assemblée unique, élue à la proportionnelle, que proposait EMMANUELLI et qui a été rejeté par le Conseil Constitutionnel, à la demande de la droite n’est pas sans rapport avec le projet d’assemblée unique actuel.

Nous vous laissons donc libres, chers lecteurs, de tirer les conclusions qui, selon nous, s’imposent d’elles-mêmes.

Il n’est pas toujours bon de se vautrer

dans la torpeur des mornes

Ainsi, le président de la Région Martinique vient d’essuyer, coup sur coup, deux cuisants et graves revers politiques. Ce fut d’abord l’échec retentissant d’un “congrès” qu’il avait voulu imposer par la force, au mépris de ses partenaires, avant de rendre finalement les armes… Cet épisode avait, incontestablement, suscité bien des interrogations sur ses véritables  intentions, sa lucidité politique et sa capacité à rassembler les martiniquais. L’euphorie de la victoire aux régionales de mars 2010, à la tête d’un singulier attelage, avait manifestement conforté “l’héritier” dans un sentiment de toute puissance dont allaient se rire la vie et des électeurs de plus en plus déçus…

Ce camouflet s’accompagne aujourd’hui d’un second revers, sans doute plus humiliant : l’avis du Conseil d’Etat validant l’installation de la Collectivité unique en 2012.

En effet,  la date de 2014 se trouvait au cœur même du dispositif du PPM qui consistait à consolider ses assises dans le pays (grâce à la bonne santé financière de la Région laissée par Alfred Marie-Jeanne), à distribuer massivement l’argent public à travers un pseudo-plan de relance pour se constituer une clientèle, avant d’aborder la bataille de l’Assemblée unique… Ce coup d’accélérateur jette désormais le trouble dans les rangs d’un parti qui n’a cessé de confondre ses intérêts partisans avec les intérêts du pays. Or, ce qui peut paraître bon pour le PPM n’est pas nécessairement bon pour le peuple et pour le pays.

L’enjeu s’avérait si vital que, durant de longues semaines, un flot incessant d’intervenants, variés et divers, n’arrêta pas de submerger tous les médias du pays avec pour mission de saturer tous les “Sonsons”-grands et petits- avec la litanie de “l’inconstitutionnalité de 2012″. Parmi tous ces hiérophantes improbables des mystères de la constitution française, le président de Région, en personne,  apparut un soir sur nos écrans, le visage ravagé par une étrange rage, pour menacer de “saisir le Conseil Constitutionnel” si on lui refusait son 2014 ! Pire ! L’actuelle direction du PPM chercha même à instrumentaliser des employés de la Région pour susciter peur et confusion sur l’avenir du personnel des deux collectivités appelées à fusionner…En pure perte et en se discréditant  au passage !

Mais, au-delà de ces stratagèmes et rodomontades, la date de 2012 constitue une échéance souhaitable et raisonnable pour notre pays. L’installation de la Collectivité unique, attendue depuis 1982, votée massivement par les électeurs en 2010, ne saurait être subordonnée à des calculs partisans. C’est l’urgence des difficultés auxquelles sont confrontés les Martiniquais et la volonté de tenter de donner une nouvelle impulsion au pays qui doivent nous tenir lieu de boussole.

Clément CHARPENTIER-TITY

Francis CAROLE

POURQUOI VEULENT-ILS DIABOLISER A TOUT PRIX UN MODE DE SCRUTIN QUE SOUHAITAIT POURTANT…

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e mois-ci, sur Radio Martinique 1ère, on a vu se succéder deux militants PPM bien connus : Rodolphe DESIRE et Edouard DELEPINE. Ils tenaient entre autres à crier leur indignation face au mode de scrutin à la proportionnelle qui a été retenu pour l’élection de la future assemblée unique.

Le premier disait même ne pas comprendre comment l’actuel président du Conseil Général, Claude LISE, acceptait de se faire « Hara Kiri » avec la future disparition des cantons.

Le deuxième s’est exprimé avec furie, rejetant la date de 2012 et faisant le procès du mode de scrutin à la proportionnelle, nous prédisant… « la disparition des communes ». Il a appelé les Martiniquais à « la résistance » et a menacé de déférer ce projet de loi devant le conseil constitutionnel.

Dans la Lettre du Palima n° 11, parue en juin 2009, nous faisions l’analyse des débats concernant le mode de scrutin dans la perspective d’un changement institutionnel et nous citions l’apport qu’Aimé CESAIRE, « leur maître à penser » disent-ils en chœur, a livré en son temps sur cette question.

 L’apport d’Aimé CESAIRE

L’apport d’Aimé CESAIRE sur la proportionnelle est éloquent et mérite d’être pris en considération dans la réflexion sur l’histoire des idées dans notre pays. Voici un long extrait de l’intervention qu’il fit à propos du projet de loi portant adaptation de la loi du 2 mars 1982, instruite par Monsieur EMMANUELLI, membre du gouvernement socialiste de François MITTERAND, qui proposait la création d’une assemblée unique en Martinique.

Prenant comme référence l’année 1949, moment où le gouvernement français de l’époque décidait de charcuter les cantons traditionnels en Martinique, CESAIRE va appuyer la réforme proposée par le gouvernement socialiste en ces termes :

« Aucune référence n’est plus faite au chiffre de la population pour la détermination des circonscriptions électorales. Toute commune, même la plus infime, est transformée en canton et s’il n’y a pas assez de communes cantons, on transforme en communes les hameaux les plus humbles. Jamais le cynisme électoral n’a été poussé plus loin ! »

CESAIRE poursuit :

« Le canton ayant été de fait supprimé, non par vous, mais dès 1949, on en prend acte et l’on remplace le scrutin cantonal par le scrutin départemental proportionnel. Il s’agit là, d’un pas important dans la bonne direction. Je veux dire d’un pas en avant dans la démocratie. »

« Pour ma part, j’ai peine à croire que ce système que je viens de vous décrire, fruit de combinaisons politicardes ou d’improvisations juridiques boiteuses ou hasardeuses, constitue un monument vénérable sur lequel il serait sacrilège aujourd’hui de porter la main. C’est pourquoi, Monsieur le Secrétaire d’Etat, je trouve votre projet de loi bon et il l’est, car il est intelligent. »

Et d’ajouter :

« Que la droite s’y oppose, je ne vois rien là que de très naturel : je ne connais pas d’assemblée de privilégiés qui ait voté la disparition des privilèges. » (« Aimé CESAIRE, Député à l’Assemblée Nationale - 1945-1993 » - Ernest MOUTOUSSAMY - L’Harmattan - 1993).

Qu’ajouter de pls, sinon que la contradiction est évidente et qu’il y a quelque chose de savoureux à entendre DELEPINE et DESIRE défendre les cantons que CESAIRE traitait ironiquement de « monument vénérable sur lequel il serait sacrilège de porter la main ».

En conclusia situation décrite par Aimé CESAIRE est exactement celle dont nous héritons aujourd’hui et le projet d’assemblée unique, élue à la proportionnelle, que proposait EMMANUELLI et qui a été rejeté par le Conseil Constitutionnel, à la demande de la droite n’est pas sans rapport avec le projet d’assemblée unique actuel.

Nous vous laissons donc libres, chers lecteurs, de tirer les conclusions qui, selon nous, s’imposent d’elles-mêmes.

Il n’est pas toujours bon de se vautrer

dans la torpeur des mornes

 

Ainsi, le président de la Région Martinique vient d’essuyer, coup sur coup, deux cuisants et graves revers politiques. Ce fut d’abord l’échec retentissant d’un “congrès” qu’il avait voulu imposer par la force, au mépris de ses partenaires, avant de rendre finalement les armes… Cet épisode avait, incontestablement, suscité bien des interrogations sur ses véritables  intentions, sa lucidité politique et sa capacité à rassembler les martiniquais. L’euphorie de la victoire aux régionales de mars 2010, à la tête d’un singulier attelage, avait manifestement conforté “l’héritier” dans un sentiment de toute puissance dont allaient se rire la vie et des électeurs de plus en plus déçus…

 

Ce camouflet s’accompagne aujourd’hui d’un second revers, sans doute plus humiliant : l’avis du Conseil d’Etat validant l’installation de la Collectivité unique en 2012.

 

En effet,  la date de 2014 se trouvait au cœur même du dispositif du PPM qui consistait à consolider ses assises dans le pays (grâce à la bonne santé financière de la Région laissée par Alfred Marie-Jeanne), à distribuer massivement l’argent public à travers un pseudo-plan de relance pour se constituer une clientèle, avant d’aborder la bataille de l’Assemblée unique… Ce coup d’accélérateur jette désormais le trouble dans les rangs d’un parti qui n’a cessé de confondre ses intérêts partisans avec les intérêts du pays. Or, ce qui peut paraître bon pour le PPM n’est pas nécessairement bon pour le peuple et pour le pays.

 

L’enjeu s’avérait si vital que, durant de longues semaines, un flot incessant d’intervenants, variés et divers, n’arrêta pas de submerger tous les médias du pays avec pour mission de saturer tous les “Sonsons”-grands et petits- avec la litanie de “l’inconstitutionnalité de 2012″. Parmi tous ces hiérophantes improbables des mystères de la constitution française, le président de Région, en personne,  apparut un soir sur nos écrans, le visage ravagé par une étrange rage, pour menacer de “saisir le Conseil Constitutionnel” si on lui refusait son 2014 ! Pire ! L’actuelle direction du PPM chercha même à instrumentaliser des employés de la Région pour susciter peur et confusion sur l’avenir du personnel des deux collectivités appelées à fusionner…En pure perte et en se discréditant  au passage !

 

Mais, au-delà de ces stratagèmes et rodomontades, la date de 2012 constitue une échéance souhaitable et raisonnable pour notre pays. L’installation de la Collectivité unique, attendue depuis 1982, votée massivement par les électeurs en 2010, ne saurait être subordonnée à des calculs partisans. C’est l’urgence des difficultés auxquelles sont confrontés les Martiniquais et la volonté de tenter de donner une nouvelle impulsion au pays qui doivent nous tenir lieu de boussole.

Clément CHARPENTIER-TITY

Francis CAROLE

 

QUEL SENS DONNER AUX COMMEMORATIONS DES EVENEMENTS DE DECEMBRE 1959 ?

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Les émeutes populaires de Fort-de-France de décembre 1959 font l’objet depuis plus d’une décennie de manifestations commémoratives à l’initiative d’un comité large constitué d’organisations politiques, écologistes et syndicales. Celles de Décembre 2009 marquant le cinquantenaire de ces événements, ont connu un éclat particulier.

Louis-Georges Placide publiait alors chez l’Harmattan, son ouvrage « Les émeutes de décembre 1959 en Martinique – un repère historique ». Le livre reprend en la mettant à jour, la première étude historique universitaire réalisée il y a plus de trente ans, sur le sujet. Parallèlement, les Cahiers du Patrimoine – publication du Musée Régional d’Histoire et d’Ethnographie, marquait le coup avec un numéro 27 consacré aux Révoltes et luttes sociales en Martinique. 15 pages co-écrites par Richard Chateau-Degat et L.G. Placide font le point sur ces émeutes, tournant historique. De nombreuses villes ont  activement participé à la mobilisation en organisant conférences et expositions (Morne-Rouge, François, Robert, Rivière-Pilote…). Le Conseil Général eut une intervention retentissante à l’époque avec l’adoption de la fameuse motion du 24 décembre 1959 réclamant le retrait immédiat de tous les CRS et des éléments racistes indésirables ainsi qu’une modification du statut de la Martinique en vue d’obtenir une plus grande participation à la gestion des affaires martiniquaises. Son implication dans la commémoration du cinquantième anniversaire fut essentielle pour la venue d’Alain Plénel, vice-recteur radié pour avoir exprimé sa sympathie aux victimes de la répression et au peuple en désespérance et pour le succès de deux conférences-débats à Fort-de-France. La première se déroula dans la salle même des débats de l’Assemblée. La seconde, point d’orgue des manifestations fit salle comble à l’Atrium.

A tout considérer, il est incontestable qu’un niveau exceptionnel de mobilisation a été atteint à l’occasion de ce cinquantenaire. Niveau quantitatif certes, mais également qualitatif à différents points de vue. Les initiatives, les actions ont été multiples, sur plus d’un mois, mais toujours avec  le souci de la convergence, de la concertation, de la collaboration à travers notamment le partage des ressources (équipe de conférenciers, matériel d’exposition, coordination des calendriers). La Martinique a fait peuple (pour l’essentiel) autour d’un moment mémorable de notre trajectoire collective. Très rares et esseulés ont été ceux qui ont choisi de bouder la dynamique nationale au profit de postures politiciennes et  nombrilistes.

Il s’agissait bien de rassembler au-delà des chapelles, des clivages de toutes natures, parce que nous devons savoir faire corps et faire vibrer ensemble nos cordes martiniquaises autour d’événements remarquables en ce que nous les reconnaissons collectivement comme étant aux fondements de ce que nous sommes.

Tout collectif, tout groupe et à fortiori, tout peuple a besoin d’un socle commun, patrimonial, qui unit et face auquel les différences deviennent secondaires. A notre avis, décembre 1959, pour ce qui concerne le passé récent, est ou peut-être un de ces moments fondateurs.

Décembre 1959 peut constituer un repère historique collectif, participant de ce socle. Il le peut dans la mesure où nous parvenons à mettre de l’ordre dans les récits multiples et à établir des faits. C’est en cela que le travail d’histoire – au-delà de la mémoire des individus ou des groupes, sans rejeter celle-ci d’emblée – est essentiel. Nous avons incontestablement progressé à ce niveau.

 

Il est établi que les émeutes de décembre 1959 sont urbaines et circonscrites au territoire foyalais, même si elles peuvent être évoquées ailleurs dans telle ou telle commune à l’occasion de tel ou tel incident à caractère individuel (Morne-Rouge) ou collectif (échauffourée avec les gendarmes de Sainte-Marie).

Il est établi que ces émeutes ne sont pas, comme cela a pu être écrit dans une certaine presse, « une chasse à l’homme blanc », même si les comportements racistes de nombreux CRS et fonctionnaires venant d’Afrique du nord constituent un des soubassements essentiels de cette explosion de colère. Elles expriment certainement un ressentiment anti-français (en particulier anti-CRS et anti-fonctionnaires métropolitains mais pas anti-blancs). Le béké – blanc pays- n’est pas mis à l’index. Ce n’est pas un mouvement de classe d’inspiration communiste mais davantage une réaction de la dignité martiniquaise face au mépris de l’autre et à l’exclusion.

Il est établi que la base sociale de ce mouvement est d’abord constituée par la jeunesse, une jeunesse hétérogène, jeune à l’image de la population martiniquaise d’ailleurs. Mais elle n’est pas dans la rue pour des revendications catégorielles, estudiantines, lycéennes ou ouvrières. Ce qui est sûr c’est que ceux qui vont au contact des forces de répression, ceux qui sont arrêtés, blessés ou tués viennent principalement des quartiers populaires. Les comportements sont probablement différenciés, les niveaux de conscience, les aspirations aussi.

La spontanéité, l’absence de tout contrôle d’une quelconque organisation politique, l’absence d’une vision politique unificatrice des émeutiers est également attestée. Les leaders apparaissent spontanément et ils viennent de la rue le plus souvent (Bèk annô etc.).

Mais, quelles qu’aient été les intentions des acteurs du mouvement, Décembre 1959 n’en marque pas moins un tournant dans l’histoire politique, économique et sociale de la Martinique et au-delà. 

De ce point de vue, l’impact des événements ne se circonscrit pas à ce que la conscience des acteurs a pu envisager et concevoir et cela n’a rien d’exceptionnel en soi. 

Les partis politiques ont tenté de se positionner en fonction de leurs capacités d’action. C’est le cas des communistes qui radicaliseront leur mot-d’ordre « arracher l’autonomie coûte que coûte » dit Georges Gratiant. Tous s’entendent sur la motion du 24 décembre quels que soient les sous-entendus.

L’impact des émeutes sur l’émigration antillaise est décuplée par l’effet de la distance. Elles nourrissent la foi révolutionnaire des militants en attente d’un signal du peuple.

Fantasmes, peut-être, il reste que par tous ces biais ces émeutes spontanées vont engendrer de nouvelles stratégies politiques et l’affirmation du mouvement national autonomiste puis indépendantiste.

Le gouvernement de son côté trouvera dans ces événements une justification tout-à-fait fantasmagorique certes, mais réellement et pratiquement très forte pour une politique « anti-séparatiste » radicale, passant notamment par un renforcement des moyens de contrôle militaire du territoire, d’encadrement et de déportation massive de la jeunesse (SMA, BUMIDOM), et l’exil forcé des opposants politiques supposés les plus dangereux (ordonnance d’octobre 1960).

D’un côté comme de l’autre, les émeutes de décembre 1959 ont donné naissance sinon stimulé des choix, des orientations qui ont changé le cours de la vie politique, de l’histoire de la Martinique et des Anciennes colonies. Commémorer, étudier et comprendre ces événements, c’est donc non seulement participer à l’édification du socle culturel de la nation, mais aussi se donner des clés pour la compréhension du présent.

Le paysage politique actuel y trouve en grande partie ses origines et les fondements de ses discours; les structures démographiques économiques et sociales (émigration-déportation, transferts sociaux…) également. Le pays est cependant désormais vieillissant mais la jeunesse demeure largement sur le bord de la route, en marge de tout développement : un adulte sur deux en âge de travailler est au chômage! Le taux est encore plus alarmant si on considère les jeunes générations. La capacité explosive de cette jeunesse est-elle moindre qu’en 1959 ?

Pas sûr malgré les effets de la politique d’assistanat… La violence (des jeunes dit-on parfois abusivement) est au coeur des préoccupations de chacun. Nous savons tous qu’elle n’est pas une vue de l’esprit même s’il est également évident que le seuil de tolérance de notre société actuelle face à la violence est beaucoup plus bas.

Plus que jamais, il y a lieu de dépasser les analyses simplistes, les dogmes infertiles pour élever réellement notre capacité à être en prise avec le réel.

Francis carole

Clément CHARPENTIER TITY                                                                                                           

 (avec  la contribution de R. Cha.Dégat)

PRESERVER NOS TERRES AGRICOLES CONTRE LA SPECULATION DU PHOTOVOLTAÏQUE

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Le mouvement mené par des organisations d’agriculteurs et l’ASSAUPAMAR, le 19 octobre dernier, contre l’installation de « fermes » photovoltaïques au sol (en réalité des centrales) a contribué à rappeler l’importance des mesures à prendre quant aux conditions d’exploitation de l’énergie solaire dans notre pays.

 


 

Une montée en puissance mondiale

 

La fin annoncée des réserves de charbon, de gaz et de pétrole dans les 50 prochaines années, l’effet de serre et ses incidences sur le climat ont contraint les Etats à impulser des politiques alternatives à l’énergie fossile.

 

Dans la panoplie des solutions les moins polluantes, le solaire occupe désormais une place importante. Ainsi, 1998 et 2009, la croissance des centrales dans le monde était, en moyenne, de  35 %. En 2007, ce marché se voyait estimé à 13 milliards d’euros. On considère que le solaire représentera 14 % de la consommation d’électricité en 2030 et couvrira les besoins d’environ 4,5 milliards d’êtres humains dont un peu plus de 3,2 milliards dans les pays en, développement. Précisons que la planète –si elle tient le coup d’ici là et ne s’offre pas un divertissement nucléaire- comptera alors 8,3 milliards d’individus.

 

D’ores et déjà, l’Allemagne, premier parc mondial solaire, ou encore les Etats-Unis investissent massivement dans ce secteur. Le Japon, pour sa part, avait entamé sa mutation dès les années 70. Il reste que ces trois pays, à eux seuls, représenteraient aujourd’hui 80 % du marché mondial.

 

LE PALIMA HEBDO N° 2

LE PALIMA HEBDO N° 2

Ce contexte suscite une compétition qui sera de plus en plus aiguë entre multinationales pour contrôler un marché considérable. D’ailleurs, devant la commission du développement durable et  de l’aménagement du territoire de l’Assemblée Nationale française, le 5 octobre dernier, Jean-François CARENCO, directeur de cabinet de Jean-Louis Borlo, révélait comment la France tente de résister à la concurrence de la Chine, un des leaders mondiaux, avec l’Allemagne, de la vente de capteurs : « Il s’agit aussi de préserver l’industrie photovoltaïque française. Entre parenthèses, si les 700 emplois de la société Photowatt, par exemple, sont préservés, c’est grâce aux prescriptions techniques que nous avons imposées par voie d’arrêtés. Sans elles, c’est du matériel chinois que se trouverait sur nos toits ! »

 

Foncier et parcs photovoltaïques

 

En Martinique, l’énergie renouvelable est estimée à environ 3 % de la production totale d’électricité, toutes sources confondues : usines d’incinération de Fort-de-France, installations photovoltaïques, parc éolien du Vauclin.

 

La directive européenne sur l’énergie renouvelable et surtout le Grenelle de l’environnement, qui fixait l’autonomie énergétique pour « l’outre-mer », dans la perspective de 2030, ont été à l’origine d’une véritable fièvre solaire. En effet, les mesures du Grenelle, qui combinaient défiscalisation des investissements, crédits d’impôt et obligation de rachat par EDF -à des

tarifs alléchants- de l’électricité produite ont contribué à créer une véritable bulle spéculative.

 

 

S’y sont engouffrés tous ceux qui sont en quête de profits immédiats, au détriment des intérêts à long terme du pays. Ainsi, le ministre français de l’environnement, Jean-Louis Borlo, rappelait que depuis le Grenelle de l’environnement, le photovoltaïque avait enregistré « une croissance de 1 200 % dans les départements d’outre-mer »… Surtout au profit de la Réunion, devrions-nous ajouter.

 

L’effet pervers le plus notable de cette spéculation est la multiplication des « fermes » photovoltaïques (terme impropre et concept cynique puisque ces prétendues fermes n’abriteront ni animaux ni végétaux) au sol, sur des terres agricoles. Il en va ainsi des projets de Basse-Pointe, Grand-Rivière, Macouba, Trinité, Lorrain, Rivière-Salée, François, Morne-Rouge  etc… le plus souvent  portés par des filiales de multinationales comme Energie Nouvelle ou Powéo Outre-Mer.

 

Ces dérives, qui hypothèquent notre avenir, se développent sur le terrain fertile de l’endettement des communes qui voient dans ces centrales comme une manière d’aubaine financière et « d’opportunité d’emplois ». Pour certains propriétaires, il s’agit d’une manne inespérée puisque la location de l’hectare de terre, à l’année, pour ces installations, se situe entre 15 000 et 30 000 euros.

 

Le revers de la médaille, c’est l’immobilisation, pour au moins 20 ans, de terres agricoles qui, utilisées correctement, auraient pu commencer à donner un sens à un projet volontariste de recherche de souveraineté alimentaire… Ce qui, bien entendu,  n’est pas autarcie.

 

Dans ses activités de parlementaire, Alfred MARIE-JEANNE avait très tôt dénoncé « ce qui à terme pose déjà le problème de la surface Agricole Utile ». Le SAR (Schéma d’Aménagement Régional) fixait, en 1996, à 40 000 ha la surface nécessaire à une véritable politique agricole. Nous sommes largement déficitaires par rapport à cette exigence puisque nous n’en disposons que de 25 000 aujourd’hui et que, chaque année, nous en perdons 1 000.

 

Le processus ne semble pas sur le point d’être inversé, d’autant que sur la question précise des centrales photovoltaïques c’est le préfet qui a le pouvoir de délivrer les autorisations de construction. Ces parcs, sur des terres agricoles, sont d’autant plus inacceptables que le potentiel des toits suffirait à produire les 80 Mw, soit 30 % de l’énergie demandée par les usagers que la société EDF est dans l’obligation de racheter.

 

Enfin, outre les aspects paysagers auxquels il faut accorder une attention soutenue, dans un pays ayant l’immensité de ses 1 100 km2, l’entretien de ces parcs et leur traitement en bout de course mériteraient réflexion. Les friches photovoltaïques sont à envisager.

 

La question de l’énergie représente donc un enjeu essentiel de développement, en particulier pour des économies insulaires totalement dépendantes de l’approvisionnement extérieur. La Martinique doit tirer tout le profit possible des sources d’énergie propre et durable dont elle dispose : le photovoltaïque, l’éolienne, l’énergie des marées, la géothermie etc…

LE PALIMA HEBDO N° 2

 

 


Mais nous devons absolument trouver les équilibres pertinents nous permettant de mettre en cohérence les exigences de développement,, de souveraineté alimentaire optimale, de production énergétique et de maîtrise de notre environnement. Parallèlement, il nous faut déployer un puissant effort de gestion de la demande d’énergie, de formation et de recherche-développement.

 

 

Il est par conséquent possible, si nous nous hissons au-dessus de la frénésie spéculative, de promouvoir une filière photovoltaïque dynamique qui ne sacrifie pas les terres agricoles et, d’une manière générale, un foncier qui, jour après jour, échappe au Martiniquais.

 

Peut-être, enfin, y-a-t’il quelque chose de profondément pathétique à voir ceux qui ont lutté contre toute domiciliation en Martinique d’un pouvoir pouvant nous aider à mieux maîtriser nos politiques foncières et énergétiques se donner aujourd’hui des allures de chef d’Etat, d’aspirant au statut de « père de la nation »… à la botte d’un préfet qui a tout pouvoir dans ce domaine.

 

 

 

Francis CAROLE

Clément CHARPENTIER-TITY

 

Le Palima

                        25, rue Gabriel Péri                           

  Les Terres-Sainville   97200 FORT DE FRANCE

( 0696.45.43.13

* lepalima@orange.fr

 

 

 

UN MODE DE SCRUTIN AU SERVICE DE QUELLE VISION ?

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Le débat qui se déploie sur la question du mode de scrutin à appliquer dans la perspective d’un changement de statut n’est pas anodin. Le mode de scrutin, en effet, détermine une forme de démocratie plus ou moins évoluée. En ce sens, un mode de scrutin peut figer une situation politique, consolider les conservatismes ou, au contraire, favoriser une dynamique d’ensemble.

 

Certes, on l’a vu ailleurs, un mode de scrutin peut aussi revêtir un caractère conjoncturel et partisan afin d’écarter un parti politique du pouvoir ou de tenter de diminuer son influence. Dans la phase historique qui nous occupe aujourd’hui dans notre pays, il nous semble qu’à un projet politique d’autonomie devra correspondre  un mode de scrutin offrant une large démocratie.

 

Choisir l’une ou l’autre des modalités de vote (majoritaire ou proportionnelle) doit donc être le fruit d’une analyse au service d’une vision, d’un choix de société, d’une conception de la démocratie, d’une appréhension de notre espace.

 

Un débat mondial

 

Ce débat n’est pas une spécificité martinico-martiniquaise. Il est mondial. Rappelons que l’évolution des modes de scrutin se trouve étroitement associée à l’histoire politique des pays. En Angleterre et dans nombre de pays de la « sphère anglo-saxonne », c’est le scrutin majoritaire à un tour qui prédomine. Il correspond à un type de projet politique visant une certaine « stabilité politique », une simplification du système des partis, amenant irrésistiblement au bipartisme ou à deux grandes coalitions.

 

Ce modèle marginalise l’organisation indépendante des idées neuves ; les élections peuvent ainsi apparaître sans véritables enjeux, entraînant nombre de frustrations et donnant une image figée de la société. Il est aujourd’hui de plus en plus contesté en Nouvelle-Zélande, en Irlande et même en Angleterre, son berceau.

 

 

 

 

Le scrutin majoritaire à deux tours, que nous connaissons pour certaines élections en France et dans les pays sous administration française comme le nôtre, aboutit sensiblement au même résultat et, poussé à l’extrême, génère une forte individualisation des élections au détriment des enjeux politiques.

 

En France, le mode de scrutin a été un enjeu politique important entre la droite et la gauche avant 1981. François MITTERAND, candidat socialiste, en avait fait un argument fort de sa campagne, présentant l’introduction de la proportionnelle –qui figurait parmi ses 110 propositions- comme un élément de justice électorale et de transformation de la société.

 

D’ailleurs, la loi du 19 novembre 1982 a introduit la proportionnelle dans les élections municipales, dans les communes de plus de 3 500 habitants, favorisant ainsi la représentation des minorités au sein des conseils municipaux et assurant une plus grande pluralité ainsi que la possibilité pour ces minorités d’exercer un certain niveau de contrôle et de contre-pouvoir. Pour les élections régionales, la loi du
10 juillet 1985 a également instauré la représentation proportionnelle.

 

Il est enfin symptomatique d’observer comment l’élection à la proportionnelle se répand en Europe, de l’ouest à l’est, avec les combinaisons, les adaptations les plus originales. Pourquoi ? Dès la fin du XIXe siècle, la revendication de la représentation proportionnelle progresse irrésistiblement. Cette revendication correspond au développement de grands partis militants de masse. Elle s’affirme comme le système de l’équité contre le « système des notables » issu du scrutin majoritaire. C’est ainsi qu’elle s’imposera en Allemagne Fédérale, en Espagne, en Grèce, au Portugal, aux Pays-Bas, au Luxembourg etc… Aujourd’hui, elle est majoritaire en Europe de l’Ouest,.

 

Enfin, dans tous les pays d’Europe de l’Est, convertis au multipartisme, c’est la représentation proportionnelle avec des modalités parfois très favorables aux petits partis qui est la règle.

 

Césaire et la lutte pour la proportionnelle

 

Bien entendu, la Martinique n’a pas été à l’écart de ce grand débat sur la démocratie, car il reste incontestable que la proportionnelle, en brisant l’exercice solitaire du pouvoir par des majorités rigides, constitue une avancée dans la représentation des opinions multiples de la  société… Même s’il convient de préciser que la démocratie représentative n’incarne pas la forme la plus achevée de la démocratie et que les sociétés humaines doivent encore progresser dans la recherche de modalités plus audacieuses d’exercice de la souveraineté citoyenne.

 

L’apport d’Aimé CESAIRE sur la proportionnelle est éloquent et mérite d’être pris en considération dans la réflexion sur l’histoire des idées dans notre pays. Voici un long extrait de l’intervention qu’il fît à propos du projet de loi portant adaptation de la loi du 2 mars 1982, instruite par Monsieur EMMANUELLI, membre du gouvernement socialiste de François MITTERAND, qui proposait la création d’une assemblée unique en Martinique.

 

Prenant comme référence l’année 1949, moment où le gouvernement français de l’époque décidait de charcuter les cantons traditionnels en Martinique, CESAIRE va appuyer la réforme proposée par le gouvernement socialiste en ces termes :

 

« Aucune référence n’est plus faite au chiffre de la population pour la détermination des circonscriptions électorales. Toute commune, même la plus infime, est transformée en canton et s’il n’y a pas assez de communes cantons, on transforme en communes les hameaux les plus humbles. Jamais le cynisme électoral n’a été poussé plus loin ! »

 

CESAIRE poursuit :

 

« Le canton ayant été de fait supprimé, non par vous, mais dès 1949, on en prend acte et l’on remplace le scrutin cantonal par le scrutin départemental proportionnel. Il s’agit là, d’un pas important dans la bonne direction. Je veux dire d’un pas en avant dans la démocratie. »

 

« Pour ma part, j’ai peine à croire que ce système que je viens de vous décrire, fruit de combinaisons politicardes ou d’improvisations juridiques boiteuses ou hasardeuses, constitue un monument vénérable sur lequel il serait sacrilège aujourd’hui de porter la main. C’est pourquoi, Monsieur le Secrétaire d’Etat, je trouve votre projet de loi bon et il l’est, car il est intelligent. »

 

Et d’ajouter :

 

« Que la droite s’y oppose, je ne vois rien là que de très naturel : je ne connais pas d’assemblée de privilégiés qui ait voté la disparition des privilèges. » (« Aimé CESAIRE, Député à l’Assemblée Nationale – 1945-1993 » - Ernest MOUTOUSSAMY – L’Harmattan – 1993).

 

Or, la situation décrite par   Aimé CESAIRE est exactement celle dont nous héritons aujourd’hui et le projet d’assemblée unique, élue à la proportionnelle que proposait Henri EMMANUELLI et qui a été rejeté par le conseil constitutionnel, à la demande de la droite, n’est pas sans rapport avec le projet d’assemblée unique, élue à la proportionnelle, que propose le congrès du 18 décembre 2008.

 

Mais cette idée de CESAIRE favorable à la proportionnelle ne date pas de 1982 et de l’arrivée des socialistes au pouvoir en France. C’est une conviction profonde qu’il exprime dès le 9 novembre 1968, lorsque le gouvernement français de l’époque évoque la création de régions. Plaidant pour une grande région Antilles-Guyane afin d’éviter la région monodépartementale, voilà ce qu’il déclare :

 

« Disons en bref que la régionalisation peut répondre, sinon à tous nos vœux et à tous nos soucis du moins à certains d’entre eux. Elle constituera donc un progrès mais à deux conditions.

 

La première est que cette régionalisation assure la participation –pour employer un mot à la mode- de la population tout entière à tous les niveaux, au niveau de la délimitation comme au niveau de l’exécution.

 

Au niveau de la délimitation, par l’intermédiaire d’une assemblée élue au suffrage universel et selon les règles de la proportionnelle, et cela pour éviter la division entre un pays artificiel et un pays réel ; et au niveau de l’exécution par l’institution d’un exécutif élu par l’assemblée régionale.

 

La deuxième condition –je conclus alors que j’aurais peut-être dû commencer par là- c’est que la région forme un ensemble à la fois viable et nécessaire. Elle ne sera nécessaire que si elle n’apparaît pas comme une vaine réduplication du département ; elle ne sera viable que si, assez vite, elle correspond à la fois à un espace économique rationnel et à une identification ethno-culturelle précise ». (« Aimé CESAIRE, Député à l’Assemblée Nationale – 1945-1993 » - Ernest MOUTOUSSAMY – L’Harmattan – 1993).

 

Le PPM nouveau et la lutte

contre la proportionnelle

 

D’où vient donc cette aversion du « PPM nouveau » pour ce mode de scrutin qui  fait dire,  en séance plénière du Conseil Général du 22 janvier 2009, au maire du Marin -qui se réclame  pourtant de CESAIRE- que ce système mènerait « à la dictature » ?

 

Que dit le Président actuel de ce parti, de la proportionnelle dans Antilla
n° 1323 du 30 octobre au 6 novembre 2008 ?

 

 

 

 

 

« On ne construit pas un mode de scrutin pour un individu. Il y avait un scrutin et les gens ont été élus. S’il y a une collectivité unique, il n’y a plus de département, il n’y a plus la région. Ce que l’on veut en réalité, c’est éliminer la représentation territoriale, c’est-à-dire faire sauter le lien qui existe entre le maire et l’élu cantonal ou l’élu de secteur géographique. Tout cela va exploser pour faire place à une personne avec un bureau à sa botte, trente élus derrière lui, et qui décide. »

 

 

Et il poursuit :

 

«Le seul point qui n’est pas négociable, c’est la question de la proportionnelle. Nous n’allons pas varier. Or, sur ce point là, il y a un blocage précis. Alors, à mon avis ce sera un congrès mort-né. »

 

            Soit dit en passant, ces prévisions funestes du maire de Fort-de-France ne se sont pas réalisées et –mieux !- ce dernier a fait amende honorable lors du Congrès du 18 juin 2009 puisqu’il a déclaré vouloir désormais se conformer au vote du Congrès du 18 décembre 2008 favorable à la proportionnelle.

 

Mais, au vu de la déclaration précédente, ce n’était pas seulement une aversion mais une hostilité et même un casus belli.

 

Il y a en tout cas assurément, sur ce point –et sur d’autres sans doute- une contradiction claire et nette entre la position exprimée à plusieurs reprises par Aimé CESAIRE et la position des nouveaux locataires de la direction de ce parti qui jurent pourtant devant le peuple qu’ils ne changeront pas « une virgule » aux idées du fondateur du PPM.

 

Même Camille DARSIERES avait tenu, sur cette question particulière, à rester dans le sillage de la pensée Césairienne, sur la proportionnelle avec –comment ne pas le reconnaître ?- quelques adaptations de circonstances. Le 4 mars 2002, lors du deuxième Congrès des élus départementaux et régionaux, il déclarait : « Je précise que notre proposition, c’est la proportionnelle à l’intérieur de chacun des cantons que nous proposons. On divise la Martinique en 9 ou 19 –ce que vous voulez- mais à l’intérieur de chaque canton, c’est un scrutin à la proportionnelle » (procès-verbal in extenso du Congrès des élus départementaux et régionaux du 4 mars 2002, page 78).

 

A la suite des débats, DARSIERES avait renoncé à cette proposition et le PPM avait voté la résolution proposant « l’élection des membres de l’Assemblée Unique dans le cadre d’une circonscription unique et sur la base du scrutin proportionnel assorti d’un seuil de 5 % des suffrages exprimés ».

 

Cette résolution avait d’ailleurs été adoptée à l’unanimité des élus présents : 72 pour ; 0 contre ; 0 abstention.

 

L’explication plausible de ce revirement c’est que le PPM qui, à un moment avait eu une position hégémonique en Martinique  (majoritaire à la région – Direction du département) a connu par la suite une période de reflux (perte de la région) et de contradictions internes qui se sont exacerbées entraînant la fin de sa mainmise sur le Conseil Général.

 

La tentation est donc grande de réaliser un nouveau charcutage du pays plaçant artificiellement le PPM en meilleure posture.

 

En dépit de nos importantes différences politiques et idéologiques avec eux, force est de constater que sur la question du mode de scrutin, comme d’ailleurs sur celles de l’autonomie et de la plus large unité du peuple, Claude LISE et le RDM semblent bien plus proches de l’héritage césairien que le PPM nouveau.

 

Une République des communes ?

 

Tant à l’occasion de la séance du Congrès du 18 décembre 2008 qu’à celle du 18 juin 2009, la proposition de mixité du mode de scrutin a été évoquée. Il s’agirait, pour certains, d’élire la nouvelle assemblée en partie à la proportionnelle, en partie au scrutin majoritaire.

 

Cette alternative, pour séduisante qu’elle puisse paraître –l’histoire de la poire qu’on coupe en deux a toujours un certain succès d’estime- pose une difficulté centrale : D’où viendra la légitimité politique ? Des élus issus du suffrage majoritaire uninominal sur la base de cantons ? Ou des élus issus d’une élection à la proportionnelle, sur l’ensemble du territoire martiniquais, autour d’une même équipe, et sur la base d’un même programme politique clairement exposé et approuvé par une majorité de nos concitoyens ? A l’évidence, ce conflit de légitimité pèserait lourdement sur le débat politique et la stabilité d’une institution élue dans de telles conditions.

 

Certes, les communes jouent un rôle éminent dans la vie de nos concitoyens, pas seulement d’ailleurs dans le domaine de la proximité. Mais la représentation physique d’une commune dans une assemblée ne garantit pas l’équité de traitement de  cette commune. En effet, le scrutin uninominal sur la base des cantons –comme c’est le cas du Conseil Général- aboutit, au sein de l’Assemblée, à la constitution d’une majorité et de minorités. Cette majorité marque des choix politiques au moment du vote du budget qui peuvent favoriser ses élus au détriment de telle ou telle partie du territoire.

 

 D’autre part, pousser une telle logique à l’extrême signifierait que chaque commune devrait –presque de droit- être représentée dans la nouvelle assemblée. Nous serions dans ce  cas, sur un territoire de 1 100 km2, dans le cadre d’une République des communes.

 

Or cette vision conduirait indubitablement à l’échec d’un projet martiniquais. La croyance selon laquelle les problèmes du pays se résumeraient à la somme des problèmes des communes qui le composent encouragerait des politiques de clochers nuisibles à l’avenir.

 

En effet, les défis auxquels la Martinique se trouve confrontée sont ceux de la transversalité et de la globalité. Ainsi, les compétences réclamées par le Congrès le 18 juin courant –qu’elles soient « propres » ou « partagées »- relèvent de ces logiques politiques globales qui auront un impact sur l’ensemble de notre territoire : adaptation des lois et règlements, domaine économique, éducation et formation, transports et équipements, propriété publique, habitat et logement, énergie, écologie, environnement, social, fiscalité, culture, sport, coopération régionale et internationale, emploi, sécurité civile, justice et sécurité, santé…

 

De toute évidence, une assemblée élue à la proportionnelle, dans une circonscription unique, permettant de dégager une majorité claire autour d’un programme débattu publiquement avec le peuple et sanctionné par le suffrage universel, est manifestement plus appropriée pour prendre en charge de tels enjeux.

 

D’ailleurs, de nombreux maires l’ont eux-mêmes compris en votant en faveur de la proportionnelle.

 

Rappelons cependant que la séance du congrès du 18 décembre 2008 a adopté, à une forte majorité (53 pour, 18 contre et 10 abstentions), une résolution précisant « l’obligation de placer, dans les 10 premiers de la liste, 2 représentants à minima de chaque circonscription législative existante ».

 

Dans le même souci a été retenue l’institution d’un conseil des communes. Il est fait obligation au Conseil Territorial de le consulter sur les questions touchant :

 

*      « Aux ressources des communes

*      A l’aménagement du territoire

*      Aux différents plans et schémas relevant de la compétence de la collectivité ».

 

Le conseil des communes se voit ainsi saisi « pour avis sur la préparation et l’exécution du plan de la nation dans la collectivité et sur la préparation d’un plan d’aménagement et de développement de la Martinique ».

 

La résolution poursuit : « Le conseil des communes peut en outre, de sa propre initiative, donner des avis et faire des propositions sur toutes les questions qui lui paraîtraient utiles à l’intérêt général ». « Les rapports du conseil des communes sont rendus publics » et son fonctionnement « est assuré par une dotation spécifique qui constitue une dépense obligatoire inscrite au budget de la collectivité de Martinique ».

 

Ce sont là des innovations intéressantes, à condition qu’elles soient appliquées à la lettre. Elles assurent en effet des conditions essentielles de transparence dans les rapports entre la nouvelle collectivité et les communes : l’autonomie financière du conseil des communes, le droit de proposition et de saisine, le respect absolu des prérogatives des municipalités, la publicité des rapports élaborés… Bien entendu, tout cela méritera d’être rigoureusement évalué et, le cas échéant, amélioré.

 

Au-delà de ces considérations, l’élaboration comme la mise en œuvre des politiques globales posent quatre questions essentielles : Notre rapport au monde, notre vision de notre espace, les dynamiques territoriales et les procédures qu’elles impliquent, et la démocratie citoyenne.

 

Certes, nous n’avons pas l’ambition, dans le cadre de cette lettre, de traiter ces questions qui méritent, chacune, une réflexion à part.

 

Par exemple, notre vision de notre espace doit rompre avec la forte centralité exercée par la capitale et, secondairement, les deux autres villes du centre, (le Lamentin et Schœlcher), qui est un héritage de la colonisation et de l’extraversion d’une certaine conception de notre espace que résume assez bien le concept
« Fort-de-France : Ville Capitale ».  Sur un territoire de cette dimension, largement urbanisé, c’est le concept d’Ile-ville qui devrait prévaloir. Il devrait nous aider à développer un maillage harmonieux de l’ensemble du pays martiniquais, en évitant la dichotomie centre-périphérie. Une telle orientation constitue une remise en cause profonde de la compréhension  de notre espace et de son organisation dans tous les domaines : Développement, culture, transports etc… Aucun aménagement raisonnable et efficient du territoire ne saurait se concevoir sans ce préalable.

 

En résumé, notre position en faveur de la proportionnelle sur une circonscription unique pour l’élection d’une assemblée unique n’est pas fondée sur un dogme mais :

 

·        Sur le principe d’équité qu’ont porté les forces favorables au progrès dans l’histoire de notre pays.

 

·        Sur l’expérience de la région élue à la proportionnelle qui encourage une vision globale du pays.

 

·        Sur la possibilité pour le peuple martiniquais de choisir l’orientation politique, économique de cette assemblée, ainsi que l’équipe qui aura la responsabilité de la conduire.

 

·        Sur la nécessaire clarification du rôle de chacun, ce qui favorisera la lisibilité des politiques publiques en Martinique.

 

Dans la nouvelle ère politique que nous voulons ouvrir, il faut avoir le courage de tourner la page afin de construire du neuf, du plus efficace. Certes, dans le domaine du mode de scrutin, il est difficile de satisfaire toutes les exigences, mais à un moment, afin d’avancer, il faut parvenir à un compromis responsable. Et ce compromis obtenu lors du congrès du 18 décembre 2008 nous offrira un nouveau cadre démocratique qui nous permettra d’avancer sans rien figer et en restant toujours à l’écoute de la parole de notre pays.

 

 

 

LE PALIMA

 

Clément CHARPENTIER-TITY                                                                 Francis CAROLE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le PALIMA

25, rue Gabriel Péri – Les Terres-Sainville – 97200 FORT DE FRANCE

È0696.45.43.13 - * lepalima@orange.frfrancis-carole@wanadoo.fr

Site Internet : www.lepalima.org

 

 

 

 

 

 

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