UN MODE DE SCRUTIN AU SERVICE DE QUELLE VISION ?

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Le débat qui se déploie sur la question du mode de scrutin à appliquer dans la perspective d’un changement de statut n’est pas anodin. Le mode de scrutin, en effet, détermine une forme de démocratie plus ou moins évoluée. En ce sens, un mode de scrutin peut figer une situation politique, consolider les conservatismes ou, au contraire, favoriser une dynamique d’ensemble.

 

Certes, on l’a vu ailleurs, un mode de scrutin peut aussi revêtir un caractère conjoncturel et partisan afin d’écarter un parti politique du pouvoir ou de tenter de diminuer son influence. Dans la phase historique qui nous occupe aujourd’hui dans notre pays, il nous semble qu’à un projet politique d’autonomie devra correspondre  un mode de scrutin offrant une large démocratie.

 

Choisir l’une ou l’autre des modalités de vote (majoritaire ou proportionnelle) doit donc être le fruit d’une analyse au service d’une vision, d’un choix de société, d’une conception de la démocratie, d’une appréhension de notre espace.

 

Un débat mondial

 

Ce débat n’est pas une spécificité martinico-martiniquaise. Il est mondial. Rappelons que l’évolution des modes de scrutin se trouve étroitement associée à l’histoire politique des pays. En Angleterre et dans nombre de pays de la « sphère anglo-saxonne », c’est le scrutin majoritaire à un tour qui prédomine. Il correspond à un type de projet politique visant une certaine « stabilité politique », une simplification du système des partis, amenant irrésistiblement au bipartisme ou à deux grandes coalitions.

 

Ce modèle marginalise l’organisation indépendante des idées neuves ; les élections peuvent ainsi apparaître sans véritables enjeux, entraînant nombre de frustrations et donnant une image figée de la société. Il est aujourd’hui de plus en plus contesté en Nouvelle-Zélande, en Irlande et même en Angleterre, son berceau.

 

 

 

 

Le scrutin majoritaire à deux tours, que nous connaissons pour certaines élections en France et dans les pays sous administration française comme le nôtre, aboutit sensiblement au même résultat et, poussé à l’extrême, génère une forte individualisation des élections au détriment des enjeux politiques.

 

En France, le mode de scrutin a été un enjeu politique important entre la droite et la gauche avant 1981. François MITTERAND, candidat socialiste, en avait fait un argument fort de sa campagne, présentant l’introduction de la proportionnelle –qui figurait parmi ses 110 propositions- comme un élément de justice électorale et de transformation de la société.

 

D’ailleurs, la loi du 19 novembre 1982 a introduit la proportionnelle dans les élections municipales, dans les communes de plus de 3 500 habitants, favorisant ainsi la représentation des minorités au sein des conseils municipaux et assurant une plus grande pluralité ainsi que la possibilité pour ces minorités d’exercer un certain niveau de contrôle et de contre-pouvoir. Pour les élections régionales, la loi du
10 juillet 1985 a également instauré la représentation proportionnelle.

 

Il est enfin symptomatique d’observer comment l’élection à la proportionnelle se répand en Europe, de l’ouest à l’est, avec les combinaisons, les adaptations les plus originales. Pourquoi ? Dès la fin du XIXe siècle, la revendication de la représentation proportionnelle progresse irrésistiblement. Cette revendication correspond au développement de grands partis militants de masse. Elle s’affirme comme le système de l’équité contre le « système des notables » issu du scrutin majoritaire. C’est ainsi qu’elle s’imposera en Allemagne Fédérale, en Espagne, en Grèce, au Portugal, aux Pays-Bas, au Luxembourg etc… Aujourd’hui, elle est majoritaire en Europe de l’Ouest,.

 

Enfin, dans tous les pays d’Europe de l’Est, convertis au multipartisme, c’est la représentation proportionnelle avec des modalités parfois très favorables aux petits partis qui est la règle.

 

Césaire et la lutte pour la proportionnelle

 

Bien entendu, la Martinique n’a pas été à l’écart de ce grand débat sur la démocratie, car il reste incontestable que la proportionnelle, en brisant l’exercice solitaire du pouvoir par des majorités rigides, constitue une avancée dans la représentation des opinions multiples de la  société… Même s’il convient de préciser que la démocratie représentative n’incarne pas la forme la plus achevée de la démocratie et que les sociétés humaines doivent encore progresser dans la recherche de modalités plus audacieuses d’exercice de la souveraineté citoyenne.

 

L’apport d’Aimé CESAIRE sur la proportionnelle est éloquent et mérite d’être pris en considération dans la réflexion sur l’histoire des idées dans notre pays. Voici un long extrait de l’intervention qu’il fît à propos du projet de loi portant adaptation de la loi du 2 mars 1982, instruite par Monsieur EMMANUELLI, membre du gouvernement socialiste de François MITTERAND, qui proposait la création d’une assemblée unique en Martinique.

 

Prenant comme référence l’année 1949, moment où le gouvernement français de l’époque décidait de charcuter les cantons traditionnels en Martinique, CESAIRE va appuyer la réforme proposée par le gouvernement socialiste en ces termes :

 

« Aucune référence n’est plus faite au chiffre de la population pour la détermination des circonscriptions électorales. Toute commune, même la plus infime, est transformée en canton et s’il n’y a pas assez de communes cantons, on transforme en communes les hameaux les plus humbles. Jamais le cynisme électoral n’a été poussé plus loin ! »

 

CESAIRE poursuit :

 

« Le canton ayant été de fait supprimé, non par vous, mais dès 1949, on en prend acte et l’on remplace le scrutin cantonal par le scrutin départemental proportionnel. Il s’agit là, d’un pas important dans la bonne direction. Je veux dire d’un pas en avant dans la démocratie. »

 

« Pour ma part, j’ai peine à croire que ce système que je viens de vous décrire, fruit de combinaisons politicardes ou d’improvisations juridiques boiteuses ou hasardeuses, constitue un monument vénérable sur lequel il serait sacrilège aujourd’hui de porter la main. C’est pourquoi, Monsieur le Secrétaire d’Etat, je trouve votre projet de loi bon et il l’est, car il est intelligent. »

 

Et d’ajouter :

 

« Que la droite s’y oppose, je ne vois rien là que de très naturel : je ne connais pas d’assemblée de privilégiés qui ait voté la disparition des privilèges. » (« Aimé CESAIRE, Député à l’Assemblée Nationale – 1945-1993 » - Ernest MOUTOUSSAMY – L’Harmattan – 1993).

 

Or, la situation décrite par   Aimé CESAIRE est exactement celle dont nous héritons aujourd’hui et le projet d’assemblée unique, élue à la proportionnelle que proposait Henri EMMANUELLI et qui a été rejeté par le conseil constitutionnel, à la demande de la droite, n’est pas sans rapport avec le projet d’assemblée unique, élue à la proportionnelle, que propose le congrès du 18 décembre 2008.

 

Mais cette idée de CESAIRE favorable à la proportionnelle ne date pas de 1982 et de l’arrivée des socialistes au pouvoir en France. C’est une conviction profonde qu’il exprime dès le 9 novembre 1968, lorsque le gouvernement français de l’époque évoque la création de régions. Plaidant pour une grande région Antilles-Guyane afin d’éviter la région monodépartementale, voilà ce qu’il déclare :

 

« Disons en bref que la régionalisation peut répondre, sinon à tous nos vœux et à tous nos soucis du moins à certains d’entre eux. Elle constituera donc un progrès mais à deux conditions.

 

La première est que cette régionalisation assure la participation –pour employer un mot à la mode- de la population tout entière à tous les niveaux, au niveau de la délimitation comme au niveau de l’exécution.

 

Au niveau de la délimitation, par l’intermédiaire d’une assemblée élue au suffrage universel et selon les règles de la proportionnelle, et cela pour éviter la division entre un pays artificiel et un pays réel ; et au niveau de l’exécution par l’institution d’un exécutif élu par l’assemblée régionale.

 

La deuxième condition –je conclus alors que j’aurais peut-être dû commencer par là- c’est que la région forme un ensemble à la fois viable et nécessaire. Elle ne sera nécessaire que si elle n’apparaît pas comme une vaine réduplication du département ; elle ne sera viable que si, assez vite, elle correspond à la fois à un espace économique rationnel et à une identification ethno-culturelle précise ». (« Aimé CESAIRE, Député à l’Assemblée Nationale – 1945-1993 » - Ernest MOUTOUSSAMY – L’Harmattan – 1993).

 

Le PPM nouveau et la lutte

contre la proportionnelle

 

D’où vient donc cette aversion du « PPM nouveau » pour ce mode de scrutin qui  fait dire,  en séance plénière du Conseil Général du 22 janvier 2009, au maire du Marin -qui se réclame  pourtant de CESAIRE- que ce système mènerait « à la dictature » ?

 

Que dit le Président actuel de ce parti, de la proportionnelle dans Antilla
n° 1323 du 30 octobre au 6 novembre 2008 ?

 

 

 

 

 

« On ne construit pas un mode de scrutin pour un individu. Il y avait un scrutin et les gens ont été élus. S’il y a une collectivité unique, il n’y a plus de département, il n’y a plus la région. Ce que l’on veut en réalité, c’est éliminer la représentation territoriale, c’est-à-dire faire sauter le lien qui existe entre le maire et l’élu cantonal ou l’élu de secteur géographique. Tout cela va exploser pour faire place à une personne avec un bureau à sa botte, trente élus derrière lui, et qui décide. »

 

 

Et il poursuit :

 

«Le seul point qui n’est pas négociable, c’est la question de la proportionnelle. Nous n’allons pas varier. Or, sur ce point là, il y a un blocage précis. Alors, à mon avis ce sera un congrès mort-né. »

 

            Soit dit en passant, ces prévisions funestes du maire de Fort-de-France ne se sont pas réalisées et –mieux !- ce dernier a fait amende honorable lors du Congrès du 18 juin 2009 puisqu’il a déclaré vouloir désormais se conformer au vote du Congrès du 18 décembre 2008 favorable à la proportionnelle.

 

Mais, au vu de la déclaration précédente, ce n’était pas seulement une aversion mais une hostilité et même un casus belli.

 

Il y a en tout cas assurément, sur ce point –et sur d’autres sans doute- une contradiction claire et nette entre la position exprimée à plusieurs reprises par Aimé CESAIRE et la position des nouveaux locataires de la direction de ce parti qui jurent pourtant devant le peuple qu’ils ne changeront pas « une virgule » aux idées du fondateur du PPM.

 

Même Camille DARSIERES avait tenu, sur cette question particulière, à rester dans le sillage de la pensée Césairienne, sur la proportionnelle avec –comment ne pas le reconnaître ?- quelques adaptations de circonstances. Le 4 mars 2002, lors du deuxième Congrès des élus départementaux et régionaux, il déclarait : « Je précise que notre proposition, c’est la proportionnelle à l’intérieur de chacun des cantons que nous proposons. On divise la Martinique en 9 ou 19 –ce que vous voulez- mais à l’intérieur de chaque canton, c’est un scrutin à la proportionnelle » (procès-verbal in extenso du Congrès des élus départementaux et régionaux du 4 mars 2002, page 78).

 

A la suite des débats, DARSIERES avait renoncé à cette proposition et le PPM avait voté la résolution proposant « l’élection des membres de l’Assemblée Unique dans le cadre d’une circonscription unique et sur la base du scrutin proportionnel assorti d’un seuil de 5 % des suffrages exprimés ».

 

Cette résolution avait d’ailleurs été adoptée à l’unanimité des élus présents : 72 pour ; 0 contre ; 0 abstention.

 

L’explication plausible de ce revirement c’est que le PPM qui, à un moment avait eu une position hégémonique en Martinique  (majoritaire à la région – Direction du département) a connu par la suite une période de reflux (perte de la région) et de contradictions internes qui se sont exacerbées entraînant la fin de sa mainmise sur le Conseil Général.

 

La tentation est donc grande de réaliser un nouveau charcutage du pays plaçant artificiellement le PPM en meilleure posture.

 

En dépit de nos importantes différences politiques et idéologiques avec eux, force est de constater que sur la question du mode de scrutin, comme d’ailleurs sur celles de l’autonomie et de la plus large unité du peuple, Claude LISE et le RDM semblent bien plus proches de l’héritage césairien que le PPM nouveau.

 

Une République des communes ?

 

Tant à l’occasion de la séance du Congrès du 18 décembre 2008 qu’à celle du 18 juin 2009, la proposition de mixité du mode de scrutin a été évoquée. Il s’agirait, pour certains, d’élire la nouvelle assemblée en partie à la proportionnelle, en partie au scrutin majoritaire.

 

Cette alternative, pour séduisante qu’elle puisse paraître –l’histoire de la poire qu’on coupe en deux a toujours un certain succès d’estime- pose une difficulté centrale : D’où viendra la légitimité politique ? Des élus issus du suffrage majoritaire uninominal sur la base de cantons ? Ou des élus issus d’une élection à la proportionnelle, sur l’ensemble du territoire martiniquais, autour d’une même équipe, et sur la base d’un même programme politique clairement exposé et approuvé par une majorité de nos concitoyens ? A l’évidence, ce conflit de légitimité pèserait lourdement sur le débat politique et la stabilité d’une institution élue dans de telles conditions.

 

Certes, les communes jouent un rôle éminent dans la vie de nos concitoyens, pas seulement d’ailleurs dans le domaine de la proximité. Mais la représentation physique d’une commune dans une assemblée ne garantit pas l’équité de traitement de  cette commune. En effet, le scrutin uninominal sur la base des cantons –comme c’est le cas du Conseil Général- aboutit, au sein de l’Assemblée, à la constitution d’une majorité et de minorités. Cette majorité marque des choix politiques au moment du vote du budget qui peuvent favoriser ses élus au détriment de telle ou telle partie du territoire.

 

 D’autre part, pousser une telle logique à l’extrême signifierait que chaque commune devrait –presque de droit- être représentée dans la nouvelle assemblée. Nous serions dans ce  cas, sur un territoire de 1 100 km2, dans le cadre d’une République des communes.

 

Or cette vision conduirait indubitablement à l’échec d’un projet martiniquais. La croyance selon laquelle les problèmes du pays se résumeraient à la somme des problèmes des communes qui le composent encouragerait des politiques de clochers nuisibles à l’avenir.

 

En effet, les défis auxquels la Martinique se trouve confrontée sont ceux de la transversalité et de la globalité. Ainsi, les compétences réclamées par le Congrès le 18 juin courant –qu’elles soient « propres » ou « partagées »- relèvent de ces logiques politiques globales qui auront un impact sur l’ensemble de notre territoire : adaptation des lois et règlements, domaine économique, éducation et formation, transports et équipements, propriété publique, habitat et logement, énergie, écologie, environnement, social, fiscalité, culture, sport, coopération régionale et internationale, emploi, sécurité civile, justice et sécurité, santé…

 

De toute évidence, une assemblée élue à la proportionnelle, dans une circonscription unique, permettant de dégager une majorité claire autour d’un programme débattu publiquement avec le peuple et sanctionné par le suffrage universel, est manifestement plus appropriée pour prendre en charge de tels enjeux.

 

D’ailleurs, de nombreux maires l’ont eux-mêmes compris en votant en faveur de la proportionnelle.

 

Rappelons cependant que la séance du congrès du 18 décembre 2008 a adopté, à une forte majorité (53 pour, 18 contre et 10 abstentions), une résolution précisant « l’obligation de placer, dans les 10 premiers de la liste, 2 représentants à minima de chaque circonscription législative existante ».

 

Dans le même souci a été retenue l’institution d’un conseil des communes. Il est fait obligation au Conseil Territorial de le consulter sur les questions touchant :

 

*      « Aux ressources des communes

*      A l’aménagement du territoire

*      Aux différents plans et schémas relevant de la compétence de la collectivité ».

 

Le conseil des communes se voit ainsi saisi « pour avis sur la préparation et l’exécution du plan de la nation dans la collectivité et sur la préparation d’un plan d’aménagement et de développement de la Martinique ».

 

La résolution poursuit : « Le conseil des communes peut en outre, de sa propre initiative, donner des avis et faire des propositions sur toutes les questions qui lui paraîtraient utiles à l’intérêt général ». « Les rapports du conseil des communes sont rendus publics » et son fonctionnement « est assuré par une dotation spécifique qui constitue une dépense obligatoire inscrite au budget de la collectivité de Martinique ».

 

Ce sont là des innovations intéressantes, à condition qu’elles soient appliquées à la lettre. Elles assurent en effet des conditions essentielles de transparence dans les rapports entre la nouvelle collectivité et les communes : l’autonomie financière du conseil des communes, le droit de proposition et de saisine, le respect absolu des prérogatives des municipalités, la publicité des rapports élaborés… Bien entendu, tout cela méritera d’être rigoureusement évalué et, le cas échéant, amélioré.

 

Au-delà de ces considérations, l’élaboration comme la mise en œuvre des politiques globales posent quatre questions essentielles : Notre rapport au monde, notre vision de notre espace, les dynamiques territoriales et les procédures qu’elles impliquent, et la démocratie citoyenne.

 

Certes, nous n’avons pas l’ambition, dans le cadre de cette lettre, de traiter ces questions qui méritent, chacune, une réflexion à part.

 

Par exemple, notre vision de notre espace doit rompre avec la forte centralité exercée par la capitale et, secondairement, les deux autres villes du centre, (le Lamentin et Schœlcher), qui est un héritage de la colonisation et de l’extraversion d’une certaine conception de notre espace que résume assez bien le concept
« Fort-de-France : Ville Capitale ».  Sur un territoire de cette dimension, largement urbanisé, c’est le concept d’Ile-ville qui devrait prévaloir. Il devrait nous aider à développer un maillage harmonieux de l’ensemble du pays martiniquais, en évitant la dichotomie centre-périphérie. Une telle orientation constitue une remise en cause profonde de la compréhension  de notre espace et de son organisation dans tous les domaines : Développement, culture, transports etc… Aucun aménagement raisonnable et efficient du territoire ne saurait se concevoir sans ce préalable.

 

En résumé, notre position en faveur de la proportionnelle sur une circonscription unique pour l’élection d’une assemblée unique n’est pas fondée sur un dogme mais :

 

·        Sur le principe d’équité qu’ont porté les forces favorables au progrès dans l’histoire de notre pays.

 

·        Sur l’expérience de la région élue à la proportionnelle qui encourage une vision globale du pays.

 

·        Sur la possibilité pour le peuple martiniquais de choisir l’orientation politique, économique de cette assemblée, ainsi que l’équipe qui aura la responsabilité de la conduire.

 

·        Sur la nécessaire clarification du rôle de chacun, ce qui favorisera la lisibilité des politiques publiques en Martinique.

 

Dans la nouvelle ère politique que nous voulons ouvrir, il faut avoir le courage de tourner la page afin de construire du neuf, du plus efficace. Certes, dans le domaine du mode de scrutin, il est difficile de satisfaire toutes les exigences, mais à un moment, afin d’avancer, il faut parvenir à un compromis responsable. Et ce compromis obtenu lors du congrès du 18 décembre 2008 nous offrira un nouveau cadre démocratique qui nous permettra d’avancer sans rien figer et en restant toujours à l’écoute de la parole de notre pays.

 

 

 

LE PALIMA

 

Clément CHARPENTIER-TITY                                                                 Francis CAROLE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le PALIMA

25, rue Gabriel Péri – Les Terres-Sainville – 97200 FORT DE FRANCE

È0696.45.43.13 - * lepalima@orange.frfrancis-carole@wanadoo.fr

Site Internet : www.lepalima.org

 

 

 

 

 

 

LA LETTRE DU PALIMA N°7

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LES BEKES DE MARTINIQUE ET “LA PRESERVATION DE LA RACE”

D’aucuns, un jour, voulurent “voir ce que les békés avaient dans le ventre”. Nul ne sait d’ailleurs ce qu’ils y découvrirent ni ce qu’ils rapportèrent de cette étrange expédition… Ce que les martiniquais perçoivent, par contre, désormais, c’est ce que les békés ont dans la tête… Parce qu’ils l’avouent eux-mêmes, montrant ainsi qu’une petite ballade à la mairie de la capitale, le 22 mai, ne constitue pas un indicateur fiable de changement de mentalité.

Cette prise de conscience s’avère d’autant plus salutaire que, durant ces dernières années, des esprits naïfs avaient imaginé que l’oubli et l’indifférence pouvaient suffire à conjurer les pesanteurs de l’histoire et servir de ferments à un monde débarrassé des pestilences des Gobineau aux petits pieds.

Et voilà que, brusquement, Alain HUYGHUES-DESPOINTES nous ramène aux splendeurs de la “société post-raciale” et à l’hilarant “Tous créoles” : “Dans les familles métissées, déclare-t-il sur Canal +, les enfants sont de couleurs différentes, il n’y a pas d’harmonie. Moi, je ne trouve pas ça bien. Nous, on a voulu préserver la race”.

“Préserver la race”, le crédo est lâché… Le même qui hante tous les bas-fonds de l’histoire : l’esclavage, la colonisation, la ségrégation, l’apartheid, le nazisme…

Les révisionnistes de la colonisation avaient voulu faire voter une loi reconnaissant le “rôle positif” de celle-ci. Alain HUYGHUES-DESPOINTES, lui, prend les choses à la racine, remonte le cours du temps jusqu’aux origines de la domination, enfonçant encore plus profondément sa conscience dans la fange révisionniste : “Les historiens ne parlent que des aspects négatifs de l’esclavage et c’est regrettable”. Car, voyez-vous, il y eut des aspects positifs à ce crime immonde qu’aucune réparation ne pourra jamais réparer !

Un tel affront, après des milliers d’autres, pourra t-il jamais être lavé par des “excuses” ou des justifications malhonnêtes ? Nous ne le pensons pas. En tous cas, au-delà du caractère absolument insupportable des déclarations incriminées, il convient de renvoyer son auteur à sa propre médiocrité, de s’extraire de la réaction spontanée et de tenter de dégager les enseignements utiles de ce qui n’est ni une banale anecdote ni un fait isolé.

La vérité est qu’Alain HUYGHUES-DESPOINTES ne fume pas du shit ; il n’est pas non plus victime du “mode opératoire” et du manque de “déontologie” de canal +. Alain HUYGHUES-DESPOINTES n’exprime, simplement et placidement, que ce qu’il pense intimement et ce que pensent nombre de ses congénères, depuis toujours. Quelques décennies plus tôt, en 1960, sur l’ORTF, un certain HAYOT, béké de son état, ne s’était pas non plus gêné : “Les békés ? C’est bien ce qu’il y a de mieux. Ce sont les colons blancs de race pure qui se reproduisent dans les colonies”.

Constance donc d’une vision… Enracinement dans l’histoire de notre pays de l’idéologie raciste, instituée par le colonisateur, relayée et assumée, jusqu’à la caricature, par la caste békée. Dans son ouvrage “Les puissances d’argent en Martinique”, Guy CABORT-MASSON analyse cette ex-croissance du capitalisme français en Martinique : “En effet, la caste békée est du style mafia, secrète, renfermée avec une forte coloration raciste, anti tout ce qui n’est pas blanc”.

Et CABORT, comme nous l’appelions, cite de larges extraits d’une enquête psycho-sociale qu’une sociologue canadienne blanche, Edith KOVATS-BEAUDOUX, avait réalisée en 1969 sur les békés, sous le
titre : “Une minorité dominante : les blancs créoles de la Martinique” (Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Paris). Un voyage saisissant d’actualité dans la mentalité de ce groupe social.

Ainsi, Madame KOVATS-BEAUDOUX écrit :

“Pour le créole (les békés – n.d.r.)… il vaut donc mieux que dans une entreprise les cadres soient blancs, car ils devront sans cesse pousser les ouvriers au travail et surveiller leur activité. Les noirs n’ont pas le sens de l’organisation en vue d’un rendement supérieur”.

Et de poursuivre :

“Bien qu’ils admettent que les mulâtres soient plus instruits qu’eux […] la plupart des créoles (c’est-à-dire les békés - n.d.r.) ne parviennent pas à faire abstraction du passé, d’un côté “nègre” des mulâtres. “Au fond, même chez les plus cultivés, chez les plus bourgeois, il reste un côté sauvage qui se voit dans leurs yeux, dans leur regard. […]“. Les autres, ici, ce sont les martiniquais de couleurs qui, même s’ils sont cultivés, même s’ils sont riches, sont considérés comme différents dans leur source, qui ont un “fond sauvage”. [...]. Cette différence est bien liée au facteur racial, un Noir évolué restera toujours un noir”.

Guy CABORT-MASSON conclut :

“De fait la caste békée s’est maintenue en-dehors, au-dessus des populations importées et métissées de force, poursuivant une illusoire pureté raciale à coups d’endogamies, d’intégration de petits blancs et d’importation “d’Aryens”… Pendant 330 ans. Seule l’Afrique du Sud connaît un tel apartheid”.

Certes, un groupe socio-racial n’est, à priori, jamais totalement homogène idéologiquement. Chaque individu jouit, en effet, de la faculté de se forger ses propres conceptions et de tracer son propre parcours de vie.

Mais l’idéologie békée dominante est bien une idéologie raciste. Alain HUYGHUES-DESPOINTES en 2009, les békés étudiés par Edith KOVATS-BEAUDOUX en 1969 et HAYOT en 1960 expriment la même vision. Dénoncer cette mentalité d’apartheid n’équivaut nullement à alimenter les haines. Bien au contraire ! Nous insistons : une communauté responsable ne saurait espérer surmonter ses traumatismes par l’oubli, la banalisation ou la négation de son passé, surtout quand ce passé est si lourdement présent dans son quotidien.

Dans l’atmosphère si pesamment feutrée de la société martiniquaise, on croit souvent tuer les monstres en n’en parlant pas, en faisant semblant, en cultivant avec une rare sophistication le non-dit. Malheureusement, le “ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire” des trois singes de sagesse bouddhiques ne permet pas de faire progresser les consciences.

Le vivre ensemble en respect convoque la mémoire, l’analyse, la lucidité, le débat franc, la confrontation ouverte des parcours et la volonté partagée d’un avenir commun. Alain HUYGHUES-DESPOINTES ne semble pas avoir emprunté cette voie là. Mais, il faudra bien, pour rendre le futur possible, que les békés consentent un jour –le plus tôt- à se suicider en tant que caste…

Francis CAROLE Clément CHARPENTIER-TITY

LA “3ème VOIE” EST UNE IMPASSE…

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A quelques jours du congrès des élus départementaux et régionaux, Serge LETCHIMY, au nom du Groupe des Progressistes et Démocrates, publie une lettre ouverte annonçant une “3ème voie” se situant entre(?), juste après(?) ou au-delà(?) des articles 73 et 74 de la constitution française. La trame narrative de ce texte se veut l’évocation de la ge     ste de l’esclave Romain faisant résonner le tambour, le 22 mai 1848. Or, si l’on peut aisément deviner, même 160 ans après, le message de Romain (Liberté, Rassemblement, Courage et Combat), on éprouve par contre du mal à comprendre les roulements du tambour de LETCHIMY. Que veut-il dire ? Son message apparaît brouillé, contradictoire et malheureusement peu crédible. Il n’exhorte ni à la liberté, ni au rassemblement, ni au courage, ni au combat. Dans cette lettre ouverte, l’imaginaire est utilisé comme un stratagème politique visant à démontrer que seul notre homme providentiel parviendrait à “penser et agir martiniquais” alors que les autres élus chercheraient à enfermer la Martinique dans “une case”, “une caloge”, “sans rêve, sans vision, dans une gestion étroite du quotidien”. En ce sens, ce texte est un texte polémique et son rédacteur, l’air faussement “solennel”, patauge -encore et encore- dans  “le marigot des querelles politiciennes” dont il prétend se démarquer. De même son appel au “travail collectif des martiniquais”,  après le boycott de la réunion commune du Conseil Général et du Conseil Régional sur le développement économique, se résume à un éloge du PPM présenté comme le “patrimoine de tous”. Que sont donc les autres partis ? A l’heure où nous sommes tous sommés de clarifier nos positions pour avancer, le maire de Fort-de-France reste incapable de dépasser ses crispations et de surmonter ses incohérences politiques, savamment présentées comme des “complexités” :

  • Incohérence entre le refus de voter l’existence d’une nation martiniquaise au congrès de février 2002 et la proposition aujourd’hui d’inscrire cette nation dans le “pacte républicain français” qui affirme pourtant l’indivisibilité de la République et refuse la simple reconnaissance du peuple corse.
  • Incohérence entre l’affirmation actuelle que l’article 74 “montre de suite ses limites” et la déclaration  (Antilla du 30 octobre au 6 novembre 2008) selon laquelle il constituerait une “solution brutale” risquant de faire de la Martinique “un pays instable, avec des coups de fusils et où l’on s’injurie”.
  • Incohérence entre la contestation du rôle trop important qui serait laissé “aux experts” -mais là, ‘accusateur gagnerait à une introspection politique- et la proposition de laisser “les juristes, les constitutionnalistes, tous les experts envisageables” nous dire “dans quel champ du possible notre réflexion s’inscrit”Ce qui serait le comble de l’irresponsabilité politique…
  • Incohérence encore -et pas la moins triste- entre l’appel à l’”audace”, à l’“utopie”, à l’“imaginaire”, au “rêve”, au “penser et agir martiniquais” et la soumission revendiquée à l’ordre historique né du “Pacte Républicain français”, pensé par d’autres, pour eux-mêmes et souvent contre les rêves et l’imaginaire de nos peuples.

On ne saurait, par ailleurs, se contenter d’une “autonomie de pensée et de conception” (l’acceptation tacite donc d’un tutorat idéologique) là où c’est l’indépendance de pensée et de conception (la liberté sans la contrariété d’un tutorat) qui est convoquée au rendez-vous de l’histoire et des mutations du monde. Le tambour de LETCHIMY ne pousse donc ni “un chant libre”, ni “un chant nouveau” ; il n’invente pas le “futur” ; il roule, épuisé par ses incohérences et ses crispations, un entre-deux lancinant qui tente d’immobiliser l’histoire et de figer l’audace des femmes et des hommes de notre nation. Cette fameuse 3ème voie s’avère donc illusoire et s’apparente davantage à une manœuvre dilatoire commode pour éviter de se prononcer sur le fond. C’est, en définitive, une voie sans issue. Sans sacrifier à la démangeaison de la numérologie,  sans considérer l’article 74 comme la panacée, le PALIMA estime qu’en l’état actuel des rapports de force, ce cadre politique offre des opportunités que nous devons saisir pour tenter de sortir -même partiellement- notre nation de l’impasse.

Francis CAROLE

Président du PALIMA

APPEL DU PALIMA A LA PREPARATION DU CINQUANTIEME ANNIVERSAIRE DES EVENEMENTS DE DECEMBRE 1959

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Les 20, 21 et 22 décembre 1959, sur fond de misère économique et de racisme, des émeutes populaires viendront ébranler la torpeur coloniale et signifier la première grande remise en question du statut départemental.

Ces journées connurent leurs martyrs : MARAJO (15 ans), ROSILE (20 ans) et BETZY (19 ans). C’est donc la jeunesse martiniquaise qui fut à l’avant-garde de ces « trois glorieuses », au nom de notre dignité.

Décembre 1959 représente une étape essentielle dans la lutte d’émancipation nationale du peuple martiniquais.

L’OJAM (L’Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste Martiniquaise), puis les mouvements étudiants et les organisations nationales martiniquaises reprendront le flambeau de cette marche vers la liberté.

L’année 2009 constituera le 50ème anniversaire de ces événements que le PALIMA a commémoré à plusieurs reprises.

D’ores et déjà, nous appelons à la préparation de la commémoration de ce demi-siècle. A ce titre, le PALIMA oeuvrera à la création d’un « Comité d’organisation de la commémoration du 50e anniversaire de décembre 1959 », dans les prochaines semaines.

Rassemblement public de rentrée

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Titre: rassemblement public de rentrée
Lieu: Amep - route de redoute
Description: rassemblement public de rentrée
Heure début: 09:30
Date: 10-12-2008
Heure fin: 12:00

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