POURQUOI VEULENT-ILS DIABOLISER A TOUT PRIX UN MODE DE SCRUTIN QUE SOUHAITAIT POURTANT…

20:35 Actualités
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e mois-ci, sur Radio Martinique 1ère, on a vu se succéder deux militants PPM bien connus : Rodolphe DESIRE et Edouard DELEPINE. Ils tenaient entre autres à crier leur indignation face au mode de scrutin à la proportionnelle qui a été retenu pour l’élection de la future assemblée unique.

Le premier disait même ne pas comprendre comment l’actuel président du Conseil Général, Claude LISE, acceptait de se faire « Hara Kiri » avec la future disparition des cantons.

Le deuxième s’est exprimé avec furie, rejetant la date de 2012 et faisant le procès du mode de scrutin à la proportionnelle, nous prédisant… « la disparition des communes ». Il a appelé les Martiniquais à « la résistance » et a menacé de déférer ce projet de loi devant le conseil constitutionnel.

Dans la Lettre du Palima n° 11, parue en juin 2009, nous faisions l’analyse des débats concernant le mode de scrutin dans la perspective d’un changement institutionnel et nous citions l’apport qu’Aimé CESAIRE, « leur maître à penser » disent-ils en chœur, a livré en son temps sur cette question.

L’apport d’Aimé CESAIRE

L’apport d’Aimé CESAIRE sur la proportionnelle est éloquent et mérite d’être pris en considération dans la réflexion sur l’histoire des idées dans notre pays. Voici un long extrait de l’intervention qu’il fit à propos du projet de loi portant adaptation de la loi du 2 mars 1982, instruite par Monsieur EMMANUELLI, membre du gouvernement socialiste de François MITTERAND, qui proposait la création d’une assemblée unique en Martinique.

Prenant comme référence l’année 1949, moment où le gouvernement français de l’époque décidait de charcuter les cantons traditionnels en Martinique, CESAIRE va appuyer la réforme proposée par le gouvernement socialiste en ces termes :

« Aucune référence n’est plus faite au chiffre de la population pour la détermination des circonscriptions électorales. Toute commune, même la plus infime, est transformée en canton et s’il n’y a pas assez de communes cantons, on transforme en communes les hameaux les plus humbles. Jamais le cynisme électoral n’a été poussé plus loin ! »

CESAIRE poursuit :

« Le canton ayant été de fait supprimé, non par vous, mais dès 1949, on en prend acte et l’on remplace le scrutin cantonal par le scrutin départemental proportionnel. Il s’agit là, d’un pas important dans la bonne direction. Je veux dire d’un pas en avant dans la démocratie. »

 

« Pour ma part, j’ai peine à croire que ce système que je viens de vous décrire, fruit de combinaisons politicardes ou d’improvisations juridiques boiteuses ou hasardeuses, constitue un monument vénérable sur lequel il serait sacrilège aujourd’hui de porter la main. C’est pourquoi, Monsieur le Secrétaire d’Etat, je trouve votre projet de loi bon et il l’est, car il est intelligent. »

Et d’ajouter

« Que la droite s’y oppose, je ne vois rien là que de très naturel : je ne connais pas d’assemblée de privilégiés qui ait voté la disparition des privilèges. » (« Aimé CESAIRE, Député à l’Assemblée Nationale - 1945-1993 » - Ernest MOUTOUSSAMY - L’Harmattan - 1993).

Qu’ajouter de plus, sinon que la contradiction est évidente et qu’il y a quelque chose de savoureux à entendre DELEPINE et DESIRE défendre les cantons que CESAIRE traitait ironiquement de « monument vénérable sur lequel il serait sacrilège de porter la main ».

En conclusion, la situation décrite par Aimé CESAIRE est exactement celle dont nous héritons aujourd’hui et le projet d’assemblée unique, élue à la proportionnelle, que proposait EMMANUELLI et qui a été rejeté par le Conseil Constitutionnel, à la demande de la droite n’est pas sans rapport avec le projet d’assemblée unique actuel.

Nous vous laissons donc libres, chers lecteurs, de tirer les conclusions qui, selon nous, s’imposent d’elles-mêmes.

Il n’est pas toujours bon de se vautrer

dans la torpeur des mornes

Ainsi, le président de la Région Martinique vient d’essuyer, coup sur coup, deux cuisants et graves revers politiques. Ce fut d’abord l’échec retentissant d’un “congrès” qu’il avait voulu imposer par la force, au mépris de ses partenaires, avant de rendre finalement les armes… Cet épisode avait, incontestablement, suscité bien des interrogations sur ses véritables  intentions, sa lucidité politique et sa capacité à rassembler les martiniquais. L’euphorie de la victoire aux régionales de mars 2010, à la tête d’un singulier attelage, avait manifestement conforté “l’héritier” dans un sentiment de toute puissance dont allaient se rire la vie et des électeurs de plus en plus déçus…

Ce camouflet s’accompagne aujourd’hui d’un second revers, sans doute plus humiliant : l’avis du Conseil d’Etat validant l’installation de la Collectivité unique en 2012.

En effet,  la date de 2014 se trouvait au cœur même du dispositif du PPM qui consistait à consolider ses assises dans le pays (grâce à la bonne santé financière de la Région laissée par Alfred Marie-Jeanne), à distribuer massivement l’argent public à travers un pseudo-plan de relance pour se constituer une clientèle, avant d’aborder la bataille de l’Assemblée unique… Ce coup d’accélérateur jette désormais le trouble dans les rangs d’un parti qui n’a cessé de confondre ses intérêts partisans avec les intérêts du pays. Or, ce qui peut paraître bon pour le PPM n’est pas nécessairement bon pour le peuple et pour le pays.

L’enjeu s’avérait si vital que, durant de longues semaines, un flot incessant d’intervenants, variés et divers, n’arrêta pas de submerger tous les médias du pays avec pour mission de saturer tous les “Sonsons”-grands et petits- avec la litanie de “l’inconstitutionnalité de 2012″. Parmi tous ces hiérophantes improbables des mystères de la constitution française, le président de Région, en personne,  apparut un soir sur nos écrans, le visage ravagé par une étrange rage, pour menacer de “saisir le Conseil Constitutionnel” si on lui refusait son 2014 ! Pire ! L’actuelle direction du PPM chercha même à instrumentaliser des employés de la Région pour susciter peur et confusion sur l’avenir du personnel des deux collectivités appelées à fusionner…En pure perte et en se discréditant  au passage !

Mais, au-delà de ces stratagèmes et rodomontades, la date de 2012 constitue une échéance souhaitable et raisonnable pour notre pays. L’installation de la Collectivité unique, attendue depuis 1982, votée massivement par les électeurs en 2010, ne saurait être subordonnée à des calculs partisans. C’est l’urgence des difficultés auxquelles sont confrontés les Martiniquais et la volonté de tenter de donner une nouvelle impulsion au pays qui doivent nous tenir lieu de boussole.

Clément CHARPENTIER-TITY

Francis CAROLE

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