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PALIMA-hebdo n° 35 – MANDELA : LE CHEMIN D’UN GUERRIER

PALIMA-hebdo n° 35 – MANDELA : LE CHEMIN D’UN GUERRIER

28 juin 2013

Rolihlahla MANDELA -le prénom Nelson  ne lui fut attribué qu’à l’école par un professeur méthodiste-est sans doute parvenu au terme d’une longue vie consacrée à la lutte contre l’apartheid et à la construction d’une Afrique du Sud nouvelle.

La vie de MANDELA,  ses luttes, sa réflexion et son sens de l’histoire en ont fait un homme porteur des plus hautes valeurs de notre humanité et une icône planétaire.

N’écrivait-il pas déjà, en février 1975, dans une lettre à Winnie MANDELA :

 » L’honnêteté, la sincérité, la simplicité, l’humilité, la générosité, l’absence de vanité, la capacité à servir les autres -qualités à la portée de toutes les âmes-sont les véritables fondations de notre vie spirituelle. »

Dans  un monde asséché par le culte du pouvoir et de l’argent,  ces valeurs l’érigent en référence morale de tout premier plan. MADIBA s’est toujours voulu le simple « serviteur » de son peuple. Au moment où vient  l’heure du dernier pas sur la route de cette vie,  ce sont tous les peuples  qui l’accompagnent et lui rendent hommage.

Nelson MANDELA est né le 18 juillet 1918, dans le village de Mveso, dans le Transkei, en Afrique du Sud. Dés 1944, il rejoint l’ANC (le Congrès National Africain), créé en janvier 1912  pour s’opposer à la domination blanche. Si la ségrégation raciale a toujours existé et s’est renforcée dans les années 1913, le régime de l’apartheid sera officiellement instauré en 1948, à la suite de la victoire électorale du Parti National Afrikaner, dirigé par le pasteur calviniste Daniel MALAN.

20% de blancs, Afrikaners et Britanniques, dominent alors 67% d’Africains qui sont privés de tous les droits politiques et démocratiques fondamentaux. Les minorités indiennes (2%) et métis subissent, pour l’essentiel, le même sort que la population africaine. Les lois du système de l’apartheid interdisent les mariages mixtes, privent les non-blancs du droit de vote, parquent les Africains dans des Bantoustans, imposent un passeport intérieur (pass book) à ceux-ci pour mieux les contrôler.

L’institution d’un tel régime, au lendemain des crimes du nazisme, sa reconnaissance  par les États « démocratiques »occidentaux , ses relations privilégiées avec Israël  montrent à quel point CÉSAIRE avait raison quand il écrivait que ce que l’Europe « ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi [...], c’est le crime contre l’homme blanc »et de lui avoir appliqué « des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. »

En créant la « Ligue de la Jeunesse » de l’ANC, avec Walter SISULU et Oliver TAMBO, Nelson MANDELA contribuera à  dynamiser la lutte contre la ségrégation raciale. Après le massacre de Sharpeville en 1960, les méthodes de l’ANC se radicaliseront, avec le passage, en 1961, à la lutte armée contre le régime néo-nazi. C’est MANDELA qui dirigera la branche armée du Congrès National Africain, le UMKHONTO WE SIZWE (La Lance de la Nation).

Arrêté en 1962, il passera 27 ans en prison, d’abord à Robben Island, puis à Pollsmoor à partir de 1982 et enfin, en 1988, dans les geôles de Victor Verster.

La lutte contre l’apartheid fut jonchée de sacrifices et de massacres. Ainsi, les événements de Soweto, en juin 1976, firent plusieurs centaines de morts dans les rangs des élèves qui contestaient le système éducatif que leur imposait le régime. L’ANC, le PAC (le Congrès Panafricain), le Parti Communiste Sud-Africain et le Mouvement de la Conscience Noire payèrent un lourd tribut à la victoire sur le système raciste.

La mort sous la torture du leader du Mouvement de la Conscience Noire (BCM), Steve BIKO,  à l’âge de 31 ans,  constitua un des moments douloureux de cette épopée vers la liberté. Elle eut un impact considérable dans l’opinion publique internationale.  MANDELA dira que « BIKO a été le premier clou dans le cercueil de l’apartheid. »

La mobilisation des combattants anti-apartheid  et les pressions internationales aboutirent enfin à la libération de Nelson MANDELA,  le 11 février 1990. Il reçut le prix Nobel de la Paix en 1993 et fut élu président de l’Afrique du Sud en 1994, à l’issue des premières élections multiraciales du pays. Il refusera de briguer un second mandat.

Cinq ans ne sauraient suffire à transformer radicalement l’héritage de l’apartheid et d’un siècle de colonisation, même quand on est animé de la volonté de MANDELA. La nation arc en ciel n’a, à l’évidence,  pas tenu toutes ses promesses. Le passage au post apartheid a été, certes, rendu moins abrupte grâce à MADIBA, mais les contradictions  raciales n’ont pas été résolues  et les inégalités entre blancs et Africains demeurent fortes. Leur résolution sera sans doute l’œuvre de plusieurs générations.

Le combattant anti-apartheid s’est depuis retiré de l’action politique. Il a eu néanmoins à prendre des positions importantes sur des événements internationaux. Il s’est aussi engagé dans  la lutte contre le sida, un fléau en Afrique du Sud, responsable de la mort de son fils, Makgatho. A travers sa fondation, il a poursuivi la promotion des valeurs qui lui tiennent à cœur.

Le prestige de l’ancien président est immense dans son pays et dans le monde. A ce propos, il confiait, dans « Conversations avec moi-même  » :

« L’un des problèmes qui m’inquiétait profondément en prison concernait la fausse image que j’avais sans le vouloir projetée dans le monde ; on me considérait comme  un saint. Je ne l’ai jamais été, même si l’on se réfère à la définition terre à terre selon laquelle un saint est un pécheur qui essaie de s’améliorer ».

Francis CAROLE
Clément CHARPENTIER-TITY

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