Le PArti pour la LIbération de la MArtinique

Les énergies renouvelables dans la caraïbe

Les énergies renouvelables dans la caraïbe

3 juil 2013

Elisa PAULIN  Maître de conférences de Sciences économiques  Université des Antilles et de la Guyane                               Ceregmia, 2012  

ÉLECTRICITÉ, ÉNERGIES RENOUVELABLES ET DÉVELOPPEMENT DURABLE DANS DES ILES DE LA CARAÏBE

 

INTRODUCTION :

La production d’électricité constitue pour les petits Etats insulaires une préoccupation majeure. Dans leur grande majorité, ces îles sont dépourvues de pétrole, de gaz, de charbon, de ressources hydrauliques, etc. Elles sont extrêmement dépendantes des approvisionnements extérieurs, ce qui constitue un énorme frein à leur développement économique. L’émergence des énergies renouvelables apparaît comme une alternative incontournable pour ces îles afin de réduire leur dépendance vis-à-vis des hydrocarbures importés. C’est dans cette optique que l’Organisation des Etats Américains (OEA), le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), l’Union Européenne par le biais d’INTERREG II – Volet B ont initié un projet de développement de l’énergie géothermique dans la Caraïbe Orientale. Plusieurs îles de la Caraïbe ont choisi d’introduire des énergies renouvelables dans leur production d’électricité.

 

Nous analysons la production, la consommation, le prix de l’électricité et les politiques des énergies renouvelables dans quatre îles : la Dominique, la Martinique, Porto Rico et Trinidad et Tobago. L’étude de leur politique en matière d’énergies renouvelables a pour objectif de mettre en évidence les actions initiées qui réduiront leur dépendance et le coût de l’énergie. Elle permet aussi de s’interroger sur la volonté politique d’envisager les réelles alternatives à l’électricité qui permettront de faire entrer des devises  et de renforcer le plan de développement durable dans la Caraïbe.

 

I. ELECTRICITE ET DEVELOPPEMENT DURABLE

 

Le concept de développement durable a une dimension multiple. Une dimension mondiale qui met en évidence le fait que la dégradation de l’environnement a une dimension planétaire. Au Nord, l’accent est surtout mis sur la limitation des déchets et des agents polluants, tandis qu’au Sud, c’est la maîtrise de la croissance démographique qui retient l’attention. Suivant la  dimension écologique, il faut transmettre aux générations futures un capital naturel leur permettant de satisfaire leurs besoins futurs. La gestion écologique doit être telle qu’elle doit atténuer l’irréversibilité de certaines actions polluantes commises dans le passé, car, à l’heure actuelle, il n’existe pas de substitutions pour certains écosystèmes. Enfin, la légitimation du développement durable à grande échelle exige une prise de conscience et surtout une réduction des inégalités sociales et une éthique nouvelle. L’exigence de la nouvelle éthique concerne surtout une responsabilité intergénérationnelle accrue.

 

Ces différentes approches ont conduit à considérer le développement durable en termes interactifs des dimensions économique, écologique et sociale. Le concept de développement durable n’est pas récent : voilà près de 30 ans (Stockholm 1972) que s’est révélée au niveau international la nécessité d’une forme de développement plus respectueuse de l’homme et de son environnement. Mais c’est en juin 1992 que le terme s’est vu consacré, lors de la Conférence des Nations-Unies sur l’Environnement et le Développement (Rio de Janeiro). En présence de plusieurs milliers d’associations, de collectivités locales et d’acteurs du développement et de la protection de l’environnement, 173 gouvernements se sont engagés sur la voie du développement durable en approuvant les différents textes émis lors de cette Conférence. Parmi ces textes, le plus volumineux est l’Agenda 21, qui constitue à lui seul un véritable plan d’action mondial pour un développement durable au 21ème siècle. D’une Conférence internationale sur  l’Environnement  (1972), puis sur  l’Environnement et le Développement (1992), les Nations-Unies passent au Sommet mondial du  Développement Durable (2002).

 

Le concept de développement durable émerge de deux constats :

 

- La fracture Nord/Sud et la recherche d’un développement humain. La persistance de la pauvreté, qui touche les trois quarts des 6,5 milliards d’humains, marque les limites de modèles de développement trop centrés sur la seule croissance du Produit Intérieur Brut. Le débat se poursuit sur les modalités d’un  développement humain  qui permettrait aux pays, régions, individus de sortir des inégalités socio-économiques et culturelles, d’acquérir des droits et de mettre en œuvre des valeurs démocratiques.

 

- La crise écologique et l’urgence de sauvegarder l’environnement.

La prise de conscience d’une nécessaire réorientation des comportements individuels et collectifs se généralise devant l’augmentation des pollutions, des risques technologiques et sanitaires et la dégradation accélérée des ressources environnementales. Le caractère peu à peu global des déséquilibres menace l’avenir des sociétés humaines : réchauffement climatique, désertification, disparition d’espèces animales et végétales….

 

Le développement durable est  un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Le développement durable n’est pas un état statique d’harmonie, mais un processus de transformation dans lequel l’exploitation des ressources, le choix des investissements, l’orientation des changements technologiques et institutionnels sont rendus cohérents avec l’avenir comme avec les besoins du présent (Rapport de la Commission mondiale pour l’environnement et le développement, 1987).

 

Le développement durable signifie que l’on doit s’attaquer en même temps aux problèmes de la pauvreté, de la consommation et de l’environnement.  

Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de « besoins » et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale font peser sur les capacités de l’environnement à répondre aux besoins actuels et futurs .

Le concept de  développement durable  y compris dans sa critique – a favorisé la mise en débat de nouvelles notions : le statut des  biens communs  mondiaux ou nationaux (eau, énergie, éducation, santé, culture….) ; la dette écologique (sur le plan des ressources naturelles, les pays riches sont  débiteurs  des pays du Sud) ; l’évolution vers une dématérialisation de l’économie (des objets produits avec moins d’énergie, la priorité aux biens sociaux et relationnels), voire la question de la décroissance de secteurs économiques des pays riches pour affecter plus de ressources au développement des pays pauvres…

 

Les facteurs écologiques comptent parmi les menaces mondiales pour la sécurité humaine répertoriées par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), et une nouvelle catégorie apparaît, les « réfugiés environnementaux » liés au réchauffement climatique, à la pauvreté hydrologique, à la désertification….Les conflits et les déplacements de populations aggravent les environnements fragiles et les inégalités socio-économiques. L’insécurité énergétique face à la montée du prix du pétrole  et du gaz préoccupe fortement la communauté internationale. Les changements climatiques suscitent aussi de nombreuses inquiétudes. Dans le monde, 1,6 milliards d’habitants n’ont toujours pas accès à l’électricité et 2,4 milliards, continuent de cuisiner et de se chauffer à l’aide de combustibles traditionnels tels que le bois de feu ou le fumier et de subir la pollution atmosphérique. Pour améliorer la vie de centaines de millions de personnes qui vivent dans une grande pauvreté des sources d’énergie plus nombreuses et plus propres sont nécessaires. Actuellement, le monde consomme l’équivalent de  230 millions de barils de pétrole par jour. Si la tendance actuelle se poursuit, la consommation de pétrole devrait augmenter de 50 % au cours des vingt cinq prochaines années (ONU, 2006). Cette progression conduit à s’interroger sur les alternatives qui existent pour certes, réduire la dépendance énergétique des îles de la Caraïbe, mais mettre en oeuvre un développement durable dans ce secteur.

 

II. PRODUCTION,  CONSOMMATION  ET PRIX DE L’ELECTRICITE

A  la Martinique, Electricité de France (EDF) produit son électricité à partir de fuel lourd et parfois de gazole. La production d’électricité nécessite la consommation d’hydrocarbures. La Martinique importe les hydrocarbures consommés d’Europe du Nord au rythme de 10 livraisons annuelles.

En 2006, EDF comptabilise plus de 175 000 abonnés. L’accroissement du nombre de client est lié à l’évolution du parc de logements. 97 % de la production d’électricité provient du pétrole (SMEM, 2007). Le pétrole brut traité par la Société Anonyme de la Raffinerie des Antilles (SARA) provient principalement de l’Europe du Nord et du Venezuela. EDF est son plus gros client.

L’énergie nette livrée s’est élevée à 1489 GWh en 2006. Les pertes totales du réseau, c’est-à-dire la différence entre l’énergie livrée à ce réseau et l’énergie consommée par les clients raccordés, ont atteint environ 154 GWh, soit 10,4 % de l’énergie livrée au réseau. En 2008, la production électrique réelle est de 1 529,6 GWh et provient à 96,2 % d’EDF dont la production repose essentiellement sur l’utilisation d’hydrocarbures importés. La part des énergies renouvelables dans la production électrique s’est élevée à environ 2,5 % en 2008 (production photovoltaïque 0 ,3 %, incinération d’ordures ménagères 2%, ferme éolienne 0,1 %).

 

L’Usine d’Incinération des Ordures Ménagères (UIOM) et la SARA ont produit respectivement 31 et 21 millions de KWh. La ferme éolienne en a produit 1 GWh. La production photovoltaïque individuelle raccordée au réseau EDF a généré 5,3 GWh. En 2011, EDF emploie 620 salariés et compte trois centrales : Bellefontaine, Gallion et Pointe des Carrières.

En vue de la modernisation et du renouvellement de la production d’électricité, la construction d’une nouvelle centrale à Bellefontaine est prévue pour 2012. Son coût est de 350 millions d’euros environ. La Centrale sera équipée des dispositifs modernes de limitation des rejets atmosphériques (dont le CO2). Elle disposera d’une capacité de 220 MW. En zone insulaire, la consommation nocturne est deux fois moins importante que celle en plein jour. Cette modulation détermine le type de technologie et le choix du type de combustible. La Martinique a opté pour des turbines à combustion équipées de moteurs fonctionnant avec du fuel lourd et du gaz.

 

En 2010, les 10 moteurs diesel de la centrale thermique de Bellefontaine sont entièrement renouvelés. Cette technologie, moins polluante que la combustion de charbon (600 g de CO2 par KWh contre 800 g pour une centrale charbon) permet l’usage éventuel d’autres combustibles tels que le gaz.  La nouvelle unité avec 12 moteurs diesel, d’un coût de 450 millions d’euros, sera mise en service en 2012.

 

Tableau 1. Martinique. Production et consommation d’électricité.1999-2008. Millions KWh

 

Années

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

Consommation totale ou ventes

1001

1063

1090

1156

1198

1225

1305

1335

1359

1529

Livraison au réseau ou production finale

1102

1152

1214

1278

1330

1381

1447

1489

1488

1530

 

Sources : EDF, INSEE.  

 

La demande d’électricité  connaît une forte croissance à la Dominique (tableaux 2 et 3). La puissance continuelle nette installée est de 25 MW en fin 2007. L’opérateur est DOMLEC  (Dominica Electricity Corporation).

 

Tableau 2. Nombre total de clients de la Dominique. 2005-2010.

Années

2005

2006

2007

2008

2009

2010

Total

29 025

32 008

33 305

34 361

30 549

33 986

 

Source : Operating Statistics, Dominica Electricity Services Limited, Annual Report, 2009.

 

Tableau 3. Dominique. Consommations d’électricité et prévision 


 

Dominique

Pointe (MW)

Consommation 2007

86 GWh

14,5

Consommation 2010

88 GWh

15

Consommation 2020

114 GWh

20

 

Source : Operating Statistics, Dominica Electricity Services Limited, Annual Report, 2009.

 

La Dominique reste fortement tributaire des importations de combustibles fossiles pour sa production d’électricité (tableau 4). Le diesel intervient pour plus de 70 %  de la production de l’énergie du pays et les 30 % alimentés par les hydrocarbures. C’est ce qui explique la réalité de la vulnérabilité de la Dominique aux fluctuations des prix internationaux du pétrole, une forte pression sur le change, et la sensibilité aux impacts environnementaux liés à la consommation de combustibles fossiles tels que les effets des émissions de carbone.

 

 

Tableau 4. Importations totales de carburant diesel par la Dominique (en millions de gallons)

 

2005

2006

2007

2008

2009

5 158 487

5 208 860

5 117 793

8 217 373

5 677 879

 

Source : Operating Statistics, Dominica Electricity Services Limited, Annual Report, 2009.

 

 

A Porto Rico, la production d’électricité est de 22 943,30 millions de KWh en 2007, 21 920,70 millions de KWh en 2008 et 20 695,20 millions de KWh en 2009 (années fiscales de juin à mai). La consommation d’électricité est de 16 709,90 millions de KWh pour les secteurs industriel, commercial et résidentiel en 2009.

 

A Trinidad et Tobago, le secteur du pétrole est important pour l’économie du pays (60 % des recettes gouvernementales et 50 % du Produit National Brut). Trinidad et Tobago sont dotés d’importantes ressources d’hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) et est le 5ème exportateur mondial de gaz naturel liquéfié. La production d’électricité est de 7656 millions de KWh en 2009 (tableau 5). Une entité gouvernementale T& TEC (Trinidad and Tobago Electricity Commission) a un droit exclusif pour distribuer l’électricité du générateur à l’utilisateur final.

 

Tableau 5. Trinidad et Tobago. Production d’électricité (millions KWh)

Années

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

Production d’électricité

5644

6437

6430

6520

7045

7662

7930

7656

 

Source : T&TEC

 

Les dépenses augmentent et T&TEC est en déficit à partir de 2000. La T& TEC soumet à la RIC (Regulated Industries Commission) les prix qu’elle propose pour ses services pour une durée de cinq ans.

 

 

Tableau 6. T&TEC indicateurs financiers. 1999-2003 (en millions  de $)

Années

1999

2000

2001

2002

2003

Recettes totales

1249,5

1296,1

1351,80

1489,20

1600,70

Dépenses totales

1198,50

1367,30

1472,90

1583,10

1627,70

 

Source : Agence Internationale de l’Energie.

 

Les factures d’électricité des particuliers font l’objet d’un tarif réglementé. A la Martinique, la facture d’électricité tarif bleu pour les abonnés est composée d’une prime fixe, d’une part variable en fonction des consommations, et de taxes. Les taxes locales (communale, départementale, régionale) s’appliquent à la quantité d’énergie consommée. Le produit de ces taxes est reversé aux collectivités locales qui les ont instituées.  La contribution aux charges du service public d’électricité (CSPE) s’applique à la quantité d’énergie consommée. Le produit de cette contribution est reversé à la Caisse des dépôts et Consignations. La contribution tarifaire d’acheminement (CTA) s’applique à la prime fixe, aux frais d’accès au réseau conclu par le fournisseur et aux redevances de comptage de la part acheminement. La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) est payée sur les débits. Elle s’applique sur l’ensemble du total hors taxe, sur les taxes locales, la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité (TICFE), la CSPE et la CTA. La TICFE, créée en 2011, n’est applicable qu’aux sites ayant une puissance supérieure à 250 kVA. Elle est reversée à l’Etat par l’intermédiaire de l’administration des Douanes.  L’octroi de mer régional s’applique sur les montants hors taxe de la facture (prime fixe, consommation et CSPE).

 

A la Dominique, la facture d’électricité des ménages comprend une part variable en fonction des consommations, une majoration pour l’énergie (fuel surcharge), un supplément à la consommation et un supplément à la majoration pour l’énergie. La TVA de 15%  du total est ajoutée pour calculer la somme due

 

III. POLITIQUE DES ENERGIES RENOUVELABLES ET ACTIONS A LA MARTINIQUE

Malgré les nombreuses actions initiées, la Martinique reste fortement dépendante du pétrole pour l’électricité. Les tensions sur le cours du pétrole amènent à réfléchir sur les énergies renouvelables. Le Conseil Régional avait identifiés trois axes forts :

 

·        Le développement des énergies renouvelables

·        La maîtrise de la demande en énergie

·        La recherche et l’innovation.

Pour atteindre ces objectifs, un partenariat existe entre les principaux acteurs en charge de la politique énergétique, Conseil Régional, EDF et   l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME).

La quasi-totalité de la production électrique est assurée par les centrales EDF au fuel lourd. La raffinerie de la SARA dispose également d’une unité de production par cogénération de 3 MW. Depuis fin 2002, un turbo-alternateur installé sur l’usine d’incinération des ordures ménagères fournit 4 MW supplémentaires.

 

La production d’électricité est source d’externalités négatives. Elle est une cause de pollution atmosphérique (16%), de réchauffement climatique  et de pluies acides. Parmi les moyens de la politique de protection de l’environnement, on a les instruments réglementaires et les instruments économiques (subventions, fiscalité écologique, mise en place d’organismes de recherches publics…) et les groupes de pression (agriculteurs, particuliers, associations de défense de l’environnement…). La fiscalité écologique recouvre l’ensemble des mesures fiscales (crédits d’impôt, incitations fiscales…) dont l’assiette a un effet sur l’environnement. Le protocole de Kyoto (2005) constitue un programme de réduction des émissions de gaz à effet de serre

 

En France, la loi du 10 février 2000 impose à EDF l’obligation d’acheter aux producteurs l’électricité qu’ils produisent à partir d’énergies renouvelables pour les installations de moins de 12 méga watts. La loi du 13 juillet 2005 sur la politique énergétique se propose de développer la recherche dans les domaines de la maîtrise de l’énergie et des énergies renouvelables. Elle prévoit une augmentation de 50 % de la production de chaleur d’origine  renouvelable, la promotion et la diffusion des énergies renouvelables du bâtiment.

 

En matière d’incitation fiscale, un crédit d’impôt pour les dépenses d’équipement de l’habitation principale a été introduit en 2005. Il est réservé aux équipements les plus performants en matière d’économie d’énergie, aux équipements utilisant une source d’énergie renouvelable. Il peut atteindre 50 % du montant des dépenses. Le code général des impôts prévoit pour les entreprises des mécanismes d’amortissement, des matériels destinés à économiser l’énergie et des équipements de production d’énergies renouvelables. La programmation annuelle des investissements de production d’électricité détaille les moyens mis en œuvre pour atteindre les objectifs de production d’énergies renouvelables.

Dans le cadre de la directive européenne du 27 septembre 2001 sur l’électricité d’origine renouvelable, la France s’est fixé comme objectif une consommation d’électricité venant d’énergies renouvelables de 21 % à l’horizon 2010 et 23 % en 2020. Le Grenelle de l’environnement (2007-2010) organisé par le gouvernement prévoit un développement des filières d’énergies renouvelables. L’objectif est d’augmenter de 20 millions de tonnes équivalent pétrole la production d’énergies renouvelables, afin qu’elles atteignent 20 % de la consommation totale d’énergie en 2020 et   en 2050.

 

EDF Martinique se mobilise aux côtés des acteurs régionaux pour promouvoir un développement économique solidaire et contribuer à la performance environnementale, notamment par le biais de la maîtrise de la demande d’électricité (MDE) et du développement des énergies renouvelables. L’ambition d’EDF est d’avoir 30 % d’énergies renouvelables livrées sur le système électrique martiniquais d’ici 2020 et de réussir à stabiliser la croissance de la consommation d’électricité à moins de 1 % en moyenne par an.

Les énergies renouvelables sont prioritaires pour la consommation intermédiaire. Dès qu’elles produisent et injectent sur le réseau, EDF diminue sa production d’électricité. L’Etat rémunère EDF sur la puissance électrique qu’il garantit, non sur la vente proprement dite d’électricité. En 2007, le groupe EDF SA s’est transformé en une holding détenant à 100 % la filiale EDF Production Electrique Insulaire. A la Martinique, EDF Production Electrique Insulaire Bellefontaine a été créé. Le groupe EDF détient 50 % du groupe Ténésol aux côtés de Total qui détient les 50 % restants.

 

Le fuel et les énergies renouvelables sont complémentaires. La production d’énergie à partir du vent et du soleil  est intermittente et difficilement prévisible. Les productions d’énergies renouvelables ne sont pas certaines car elles dépendent de la nature. Elles  augmentent régulièrement (tableau 8). Les énergies renouvelables (bagasse, énergie solaire, et valorisation des déchets essentiellement) assurent 3,5 % de la consommation finale. Les potentiels en énergies renouvelables existent.

Cependant, ces programmes méritent d’être mobilisés malgré l’accélération initiée ces dernières années. Les énergies renouvelables contribuent à seulement 2 % de la production d’électricité, et encore essentiellement grâce à l’usine d’incinération des ordures ménagères.

 

Tableau 7. Martinique. Production d’énergies renouvelables

Intitulé

2003

2005

2006

2007

2008

Production d’énergie d’origine hydraulique, en TEP

Production d’énergie d’origine géothermique, en TEP

Production d’énergie d’origine éolienne, en TEP

Production d’énergie photovoltaïque, en TEP

Production d’énergie solaire thermique, en TEP

Production d’autres énergies renouvelables (bagasse, incinération d’ordures ménagères, charbon..), en TEP

Production  totale d’énergies renouvelables, en TEP

5

0

0

585

1851

 

13822

16263

5

0

86

710

2197

 

13994

16992

5

0

86

998

1841

 

14899

17829

5

0

125

931

2088

 

14009

17158

 

 

 

5

0

112

1159

2238

 

15004

18518

 

TEP : Tonnes Equivalent Pétrole

Source : Chiffres clés de l’environnement de Martinique. DIREN. ADEME.

 

Le photovoltaïque

La Martinique bénéficie  d’un gisement solaire important et relativement constant dans l’année.  Les données disponibles montrent que plus de 2000 résidences principales, et quelques centaines d’installations professionnelles, ne sont pas raccordées au réseau EDF en Martinique. Ce potentiel solaire permettrait d’électrifier des habitations par énergie solaire de manière autonome toute l’année mais aussi d’obtenir une production annuelle importante d’électricité solaire sur le réseau, sans grandes variations.

 

L’électrification solaire photovoltaïque peut s’appliquer aux sites raccordés ou non raccordés au réseau EDF :

 

·        Pour les sites non raccordés, elle permet de fournir des conditions de confort (habitat) ou des conditions techniques de fonctionnement équivalentes à celle des sites alimentés par le réseau EDF

 

·        Pour les bâtiments raccordés, elle permet d’injecter l’énergie produite sur le réseau de distribution de l’électricité, et le cas échéant de sécuriser l’alimentation électrique du bâtiment.

Ainsi l’électrification photovoltaïque  est un atout pour la Martinique :

 

·        Elle limite les coûts d’extension du réseau et les coûts récurrents ultérieurs (maintenance), dans le cas des sites non raccordés ;

 

·        Elle implique nécessairement un progrès de la diffusion des équipements basse consommation

 

·        Elle limite le recours aux énergies fossiles (protection de l’environnement, indépendance énergétique de la Martinique)

 

·        Elle a des incidences positives sur l’emploi et, qui plus est, sur la création d’emplois hautement qualifiés (création et développement d’entreprises spécialisées pour l’installation et la maintenance des systèmes). Sur les trois Départements Français d’Amérique (DFA), la filière photovoltaïque représente 1700 salariés.

 

·        Elle participe au renforcement des secteurs technologiquement avancés de l’économie martiniquaise et permet de constituer un potentiel technique et humain en vue de    l’exportation vers les pays de la Caraïbe.

 

L’autre valorisation de l’énergie solaire est la production d’eau chaude. En effet, la chaleur capturée permet de chauffer l’eau pour couvrir les besoins sanitaires du foyer ou d’une activité industrielle. La demande de chauffe-eau solaire semble se développer.

 

A la Martinique, c’est le photovoltaïque, utilisant de l’énergie solaire qui se développe le plus. EDF même une politique ambitieuse dans ce domaine, notamment au travers de ses filiales EDF Energies Nouvelles et Ténésol.

EDF a raccordé au réseau électrique près de 370 installations photovoltaïques qui permettent d’alimenter l’équivalent de 7000 foyers martiniquais.

Les programmes peuvent être classés en 3 catégories :

·        Les investissements des particuliers bénéficiant du crédit d’impôt

·        Les générateurs sur les bâtiments professionnels dimensionnés en fonction des surfaces des  toitures disponibles

·        Les centrales au sol.

A la Martinique, les installations  sont essentiellement posées sur les toitures des grands bâtiments industriels. Le propriétaire du toit perçoit les revenus issus de la location du toit et non pas ceux issus de la  production qui demeurent acquis par le producteur. La location d’une toiture rapporte en moyenne entre 50 € et 60 € le m² sur une base de 10 m². En 2009, la Martinique a acheté pour 4 millions € environ d’électricité ainsi produite. Les revenus générés sont garantis pour période de 20 ans. La rentabilité de l’investissement est en moyenne de 10 % (tableau 7).

 

 

Tableau  8. Parc solaire photovoltaïque à la Martinique au 30/06/2009

 

Parc cumulé raccordé

File d’attente

 

 

 

Nombre d’installations

En MW

Nombre d’installations

En MW

Martinique

430

8

250

153.09

Source : Syndicat des énergies renouvelables. Inter-entreprises  n° 62. Octobre 2009. p. 47.

 

Tous les projets n’aboutiront pas à cause de la capacité d’absorption de l’énergie par le réseau EDF. Elle est de 80 MW  maximum à la Martinique alors que le nombre de projets en attente représente une puissance de 153 MW. L’énergie produite est revendue à EDF et non injectée directement dans le réseau du propriétaire de l’installation. L’arrêté du 10 juillet 2006 prévoit un tarif d’achat de 0,30 € pour la France continentale et de 0,40 € par kwh pour les Départements d’Outre Mer (DOM). En 2009, ce tarif est de 0,32 € par kwh pour la France continentale et à 0,43 € par kwh pour les DOM. Pour les installations d’une puissance supérieure à 3 KWc, le courant est racheté à 0,45 € par kwh. L’accroissement des tarifs et les objectifs du Grenelle de l’Environnement ont rendu le marché du photovoltaïque très attractif. A cela s’ajoutent les mesures fiscales incitatives proposées par l’Etat et les subventions fiscales incitatives proposées par l’Etat et les subventions octroyées par l’Europe. 2020 est la date butoir pour atteindre l’objectif du Grenelle de l’Environnement. A la fin de 2008, 31 % de la puissance raccordée au réseau national étaient constitués d’installations situées dans l’outre-mer. Le parc martiniquais est composé de 430 installations pour 8 MW en juin 2009.

Le coût de l’énergie photovoltaïque, dont la tendance est à la baisse, grâce à l’extension du marché mondial, se rapproche du coût moyen de l’énergie issue des sources fossiles et nucléaires, dont la tendance est à la hausse, à l’horizon 2025.

Un arrêté du 12 janvier 2010 assure une rémunération aux projets dans l’énergie solaire quel que soit le secteur (habitat, agriculture, commerce, bureaux …). Les installations photovoltaïques d’une puissance inférieure à 12 MW (environ 5000 m² de panneaux) peuvent bénéficier de l’obligation d’achat, essentiellement par EDF dans les DOM, de l’électricité qu’elles produisent. L’électricité en autoconsommation ne bénéficie pas du tarif d’obligation d’achat. Le tarif pour les particuliers est d’un montant de 0,40 € /KWh dans les DOM. Le tarif sera maintenu constant jusqu’en 2012, puis baissera de 10 % par an. Cette baisse en s’appliquera qu’aux installations dont la demande de raccordement sera effectuée après 2012. Pour les autres, le tarif sera fixe pendant vingt ans.

Le Grenelle de l’environnement qui fixait l’autonomie énergétique pour l’outre-mer dans la perspective de 2030, a été à l’origine d’une  véritable ruée. En effet, les mesures du Grenelle, qui combinaient défiscalisation des investissements, crédits d’impôt et obligation de rachat par EDF à des tarifs intéressants de l’électricité produite, à créer une véritable bulle spéculative.

Cette spéculation a provoqué des effets pervers dont l’effet le plus marquant est la multiplication de centrales photovoltaïques sur des terres agricoles dans de nombreuses communes. Ces projets soulèvent beaucoup de questions et suscitent aussi  des critiques chez beaucoup d’agriculteurs, car ils estiment que le foncier est en péril à la Martinique.

Le Schéma d’Aménagement Régional (SAR) adopté en 1996 prévoyait 40 000 Ha pour le développement agricole de la Martinique. Selon les statistiques, il reste moins de 26 000 Ha, chaque année disparaissent 1000 Ha. Pour les agriculteurs et les écologistes, la mise en place des centrales éoliennes ou photovoltaïques va stériliser de nouvelles terres agricoles. A ce jour, 115 MW de projets sont en cours à la Martinique, ce qui équivaut à 230 Ha de terres dont la quasi-totalité est classée agricole.

La capacité d’absorption du réseau est de 30 % (soit 80 MW) de l’énergie que la société EDF est dans l’obligation de racheter, ce qui représente environ 150 hectares. Ainsi, le nombre de promesses de bail dépasse largement le nombre de projet réalisable (environ 230 hectares).

Le potentiel des toits suffirait à accueillir ces 80 MW.

Le rendement des structures photovoltaïques est très  largement supérieur au rendement agricole, les locations de terres agricoles pour le photovoltaïque varient de 12 000 à 30 000 euros/Ha/an, alors la location pour l’agriculture est de l’ordre de 400 à 600 euros /Ha/an.

La rentabilité de la production d’énergie photovoltaïque ne risque t’elle de se faire au détriment de l’agriculture martiniquaise. Un développement anarchique de tels aménagements peut en effet remettre en cause le potentiel agricole des espaces utilisés, par le gel de surfaces importantes sur plusieurs décennies.

Il est généralement admis que le développement des énergies renouvelables ne doit pas se faire au détriment de l’agriculture surtout dans une perspective de développement durable. Se pose aussi la question du recyclage de ces panneaux.

 

La petite taille et l’insularité de la Martinique sont des éléments suffisants pour remettre en cause l’anarchie qui semble exister autour de la construction des centrales photovoltaïques. Bien entendu, la Martinique doit tirer profit des sources d’énergie propre et durable dont elle dispose : le photovoltaïque, l’éolienne, l’énergie des marées, la géothermie, etc… Il est nécessaire de trouver les équilibres pertinents qui permettent de mettre en cohérence les exigences de développement, de réduction de la dépendance alimentaire, de production énergétique alternative et de maîtrise de l’environnement.

Dans l’objectif de réduire les déficits publics, de nombreux avantages fiscaux ont été remis en cause. A ce titre, la filière photovoltaïque à la Martinique est doublement touchée : d’une part, la défiscalisation pour l’installation de panneaux photovoltaïques dans les DOM est supprimée et, d’autre part, le crédit d’impôt pour les particuliers s’équipant de panneaux solaires est abaissé de 50 à 25 % à compter du 01/01/2011.

 

Cette réduction du crédit d’impôt intervient après une baisse de 12 % des tarifs de rachat de l’électricité solaire, qui ne concernait pas les particuliers mais les grosses installations.  Les engagements du Grenelle de l’environnement prévoyaient que, d’ici à 2020, 1 % de l’électricité consommée soit d’origine photovoltaïque. Or, cet objectif devrait être atteint dès 2011, selon le gouvernement.

Par ailleurs, deux autres aides fiscales destinées au secteur photovoltaïque ont été  supprimées. Ainsi, les investissements dans des centrales solaires ont été  exclus du champ d’application des dispositifs d’aide fiscale aux investissements outre-mer, dès le 29 septembre 2010. En effet, dans les principales collectivités régionales d’outre-mer, la capacité de production des panneaux solaires en attente de raccordement au réseau excède la demande locale en électricité. Cette mesure devrait permettre d’économiser 230 millions d’euros dès 2012.

Enfin, les particuliers investissant au capital d’une petite et moyenne entreprise (PME) qui produit de l’électricité photovoltaïque ne pourront plus bénéficier de réduction d’impôt sur le revenu ou sur la fortune. La suppression de cet allègement fiscal, qualifié « d’effet d’aubaine » par le gouvernement, permettra d’économiser 20 millions d’euros à compter de 2012.

Par ailleurs, la Commission de Régulation de l’Energie (CRE), dans un avis daté du 1er septembre 2010, avait estimé, pour l’outre-mer que les énergies intermittentes, tel le solaire, sont  porteuses de risques pour la sécurité d’approvisionnement. La CRE propose de  réexaminer l’obligation de rachat de l’électricité solaire par EDF.

De plus, elle estime aussi que si elle devait être maintenue, l’éligibilité des projets de dispositifs applicables aux investissements outre-mer ou aux souscriptions au capital d’une PME pourrait être abrogée.

Face à la réaction des députés outre-mer, le ministère du  budget a décidé d’une part, de créer une commission composée d’élus et de représentants de l’administration en charge d’évaluer la sécurité d’approvisionnement énergétique des DOM et la puissance électrique installée des moyens de production intermittents en service et en attente de raccordement au 29 septembre 2010, et d’autre part, le montant de l’aide accordée aux secteurs économiques éligibles à l’aide à l’investissement outre-mer.

Cette commission devra évaluer la possibilité de mettre en place des zones de développement du photovoltaïque au sol précisant la puissance installée minimale et maximale pour chaque département, ces zones devant s’intégrer dans un schéma global d’aménagement du territoire. Les conclusions seront remises au Parlement avant le 30 juin 2011 assorties, le cas échéant, des propositions législatives qui lui paraîtrait nécessaire d’insérer dans une loi de finances. En définitive, les mesures du Grenelle, qui combinaient défiscalisation des investissements, crédits d’impôt et obligation de rachat par EDF à des tarifs intéressants de l’électricité produite ont contribué à créer une véritable bulle spéculative.

L’éolien

Le développement de l’éolien est récent et encore limité. Si le potentiel éolien semble à priori important, il est limité par une densité de puissance plus faible qu’en France  (40 % de moins). De, plus, la densité de l’habitat sur la côte est très importante, ce qui réduit la zone de prospection. Les terrains sont très morcelés et les meilleurs espaces bénéficient d’une haute protection environnementale imposée par le SAR.

Le potentiel éolien martiniquais est donc limité à une zone située sur les hauteurs de Basse-Pointe pour une trentaine de Mégawatts. La Martinique compte une ferme éolienne au Vauclin et une ferme éolienne de 30 MW par la filiale EDF Energies Nouvelles sur les communes de Grand Rivière et Macouba. Cent trois sites éoliens sont recensés par l’ADEME.

Les sites éoliens sont soumis à des règlements de protection de l’environnement et d’aménagement du territoire de la part des Plans d’occupation des sols (POS), du SAR, de la Direction Régionale de l’Environnement (DIREN), et du Conservatoire du Littoral. Les éoliennes présentent des risques d’accidents. Un fort vent est susceptible de rompre les structures des éoliennes. Au vu de leurs effets sur la santé et de leurs risques, la législation prévoit que les éoliennes soient situées à 600 mètres d’une habitation.

 

 

 Autres sources d’énergies renouvelables

La faible quantité de bagasse à la Martinique semble limiter la production électrique à partir de la biomasse. Des études ont été réalisées pour connaître les potentialités des énergies marines qui sont des filières de production émergentes.

Des forages pour évaluer le potentiel géothermique du territoire ont révélé seulement deux zones présentant des indices élevés de présence de sources à haute température, soit plus de 2OO° C, et à priori exploitables. Ce potentiel géothermique reste à confirmer. La Dominique est bien pourvue en géothermie. Des pourparlers engagés avec elle pourraient déboucher sur une coopération dans ce domaine. Le coût de la phase exploratoire du projet est de 1,1 millions d’euros. Le coût total de la centrale géothermique serait de 14 millions d’euros. Une usine à énergie thermique des mers de 10MW est envisagée (coût : 400 millions d’euros).

 

 

Le projet de gazoduc

Il existe un projet de gazoduc qui vise à développer une alternative plus écologique au système de génération actuel d’électricité fonctionnant le plus souvent au gasoil. Le projet consiste à construire et exploiter un gazoduc sous-marin d’environ 1,200 Km pour le transport de gaz naturel depuis Trinidad et Tobago jusqu’à St Martin.

Le gazoduc qui transportera environ 3,92 millions de m3 de gaz par jour, fournira principalement du gaz aux installations électriques. Le gaz pourra être utilisé pour la production d’électricité pour des utilisations industrielles et commerciales et résidentielles, ainsi que pour la production de carburant. Les bénéfices attendus du gazoduc sont multiples à savoir la réduction de la pollution, la diminution des coûts de production de l’électricité et de la facture énergétique. Le montant de l’investissement est de 460 millions d’euros.

 

La Maîtrise de la Demande d’Energie

La MDE se fédère autour de deux axes. Le programme Régional de Maîtrise de l’Energie (PRME) mené depuis 1998 par la Région, l’ADEME, EDF et l’Europe et le contrat de projet Etat /ADEME/ Région pour 2007-2013. Ce dernier a pour objectif d’accroître chaque année les économies d’énergie de 15 GWh et de limiter la croissance de la consommation à moins de 3 % par an. Il prévoit que la production électrique des énergies renouvelables se situerait autour de 78 MW d’ici 2013. Les instruments privilégiés sont de nature fiscale (crédit d’impôt à l’isolation) et financière (prêts bancaires bonifiés et éco-conditionnalité des aides publiques).

Ces initiatives suscitent l’adhésion des ménages. Entre 2006 et 2008, environ 22 000 chauffe-eau solaires ont été installés.

La maîtrise de la consommation d’électricité doit se concevoir dans sa globalité depuis la conception des maisons au choix des appareils électriques, en passant par l’adoption des bons gestes au quotidien. Une maison bien construite ne nécessite pas le recours à la climatisation, ce qui peut représenter jusqu’à 50 % de la facture d’électricité. En 2008, plus de 30 % des foyers martiniquais possèdent au moins un climatiseur. Le taux de croissance annuel du marché est de 5 %. Les DOM possèdent leurs propres règles de construction de bâtiments neufs qui tiennent compte des spécificités locales en matière de développement durable. Il s’agit de réglementations thermiques, acoustiques et d’aération.

De 2003 à 2006, l’ADEME, EDF et le Conseil Régional ont poursuivi leur collaboration pour la promotion de la maîtrise de la demande d’électricité et le développement des énergies renouvelables dans le cadre du programme régional de maîtrise de l’énergie.

L’opération de promotion « Lamp Eko » mise en œuvre en 2005 et 2006  avait pour objectif de susciter chez les martiniquais des réflexes liés à la maîtrise de l’énergie. Cette opération a permis d’économiser une énergie de 4,98 giga wattheure soit la consommation d’une ville d’environ 3800 habitants.  Un certain nombre d’actions ont été mises en place dans le cadre du développement des énergies renouvelables.

Depuis 2007, EDF Martinique a lancé une opération en faveur de ses clients professionnels « EkonooClim » qui propose une prime à l’installation des climatiseurs économes de classe A en remplacement d’anciens climatiseurs (souvent de classe D) de trois ans et plus. La première règlementation thermique dite RT DOM permet la généralisation des chauffe-eau solaires pour tous les logements neufs. En 2009, 16 millions de KWh ont été économisés, soit 11000 tonnes de CO2  et plus de 22 millions de KWh en 2010, soit 15300 tonnes de CO2 évitées. Sur dix ans, c’est l’équivalent de 89500 tonnes de CO2  évitées. En 2011, le Syndicat Mixte d’Electricité de Martinique propose un partenariat avec les caisses des écoles afin d’impliquer les enfants du CP au CM2 dans la maîtrise de l’énergie ( 26000 enfants sont concernés).

 

 

IV. LES POLITIQUES DES ENERGIES RENOUVELABLES DANS LES AUTRES ILES DE LA CARAIBE

 

La Dominique a fait le choix de développer l’énergie géothermique car elle dispose de réelles potentialités dans le domaine. Il n’existe de politique pour les autres énergies comme le solaire ou l’éolienne, cependant l’Etat encourage la population à exploiter ces différentes sources. Une des priorités du gouvernement de Porto Rico est de réduire la consommation d’énergie dans le secteur public et de diversifier l’offre énergétique. Trinidad et Tobago amorce une transition du pétrole vers le gaz naturel et adopte les énergies renouvelables car les réserves de pétrole ne sont pas inépuisables et il est nécessaire de préserver l’environnement.

 

Le cas de la Dominique

En 1969, un rapport du PNUD attirait déjà l’attention sur les chances de trouver de la vapeur naturelle à la Dominique capable de lui permettre de produire de l’électricité. Au début des années 1980, les études menées par le BRGM (Bureau des recherches géologiques et minières) permettent d’identifier plusieurs zones favorables à l’exploration géothermique, parmi celles-ci le site de Wotten Waven situé dans la vallée de Roseau, est sélectionné comme prioritaire. En 1990 et 1991, des programmes de forage ont été entamés sans réel résultat. Toutefois, en 1992, après de nouvelles études, ont été prouvés l’existence de la ressource et les profits économiques dont pourra bénéficier la Dominique. Le projet redémarre en 2003, avec le lancement du programme régional Géocaraïbes, financé par le Fonds pour l’Environnement Mondial et mis en place par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’Organisation des Etats Américains, qui vise au développement de la géothermie dans les petites Antilles et le programme INTERREG III – volet B.

 

Les différentes études ont montré que la Dominique a un réel potentiel géothermique. A cet effet une coopération en matière d’énergies renouvelables dans le cadre d’INTERREG III – B a été signée avec le gouvernement de la Dominique, les Régions de Guadeloupe et de Martinique, le BRGM (Bureau de recherches Géologiques et Minières), l’ADEME (Agence de l’environnement et de la Maîtrise de l’Energie), le FEM (Fonds pour l’Environnement Mondial) et l’Union Européenne. Le projet Géothermie Caraïbes vise donc au développement des ressources géothermiques de cette région, en particulier de l’île de la Dominique. Le développement de ces ressources permettrait d’alimenter en électricité la Dominique, mais aussi les îles voisines de la Guadeloupe et de la Martinique, caractérisées par une forte consommation électrique en croissance soutenue, et par des coûts de production élevés du fait de l’utilisation de centrales au fioul, qui constituent la majorité des moyens de production installés dans les trois îles.

 

Le projet a plusieurs ambitions :

- Alimenter en électricité la Dominique et ses deux voisines, la Guadeloupe et la Martinique à des conditions économiques intéressantes.

- Réduire la dépendance des îles aux hydrocarbures importés

- Réduire les émissions de CO2 et de divers polluants dans les trois îles

- Offrir un prix intéressant pour une énergie de base et non émettrice de CO2

- Rendre possible la vente de certificats   d’émission dans le cadre de l’application du protocole de Kyoto.

 

La qualité et la quantité de la ressource sont extrêmement favorables et encourageants pour la production d’électricité. La taille du réservoir géothermique est estimée à 15 Km2 avec des températures maximales de 300°C. L’électricité géothermique serait rentable avec l’installation d’un 15 MW d’énergie géothermique d’une usine de production pour la consommation dominiquaise. Cependant, la production de 100 à 120 MW permettrait de fournir de l’énergie à la Guadeloupe et à la Martinique. Les trois îles ont des besoins  à couvrir par rapport à une production dépendante du fioul importé. En effet, l’augmentation de la demande d’électricité et la nécessité de modernisation et/ou déclassement partiel des principales centrales de la Guadeloupe et de la Martinique (notamment en vue de leur mise en conformité avec la directive européenne applicable sur les émissions de NOx) a fait ressortir des besoins urgents pour les trois îles.

Dans ces trois îles, l’équilibre entre l’offre et la demande ne sera plus assurée. De ce fait, le projet géothermique peut parfaitement s’insérer dans leurs parcs de production, vu l’importance des besoins et le peu d’alternatives dont disposent les opérateurs électriques locaux pour y répondre. Le projet permettra de compléter les moyens existants, et sécuriser les systèmes en diversifiant les sources de production.

Dans le cadre du Programme INTERREG III – B, une étude économique a été menée par l’Agence Française de Développement, pour tester la rentabilité du projet de développement de Wotten Waven de la Dominique et d’interconnexion avec la Guadeloupe et la Martinique. L’étude économique est réalisée à partir d’évaluations des coûts d’investissements, d’exploitation et de maintenance pour les différents schémas de production envisagés. En l’absence d’un plan officiel de développement de chaque île, une méthode approximative a été utilisée par l’AFD consistant à déterminer le coût de production d’une centrale thermique  de référence, qui permettrait de satisfaire la même demande que le projet.

 

Deux scénarii sont envisagés :

- le scénario 1 prévoit un développement minimal pour satisfaire uniquement les besoins de la Dominique.  Il s’agit de la réalisation d’une centrale de faible puissance (15 MW) sans interconnexion associée. Le coût total de production doit être inférieur à celui des diesels actuels et prévus à moyen terme (soit inférieur à 17 cents d’euro/KWh).

 

- le scénario 2 est retenu avec un développement maximal. Dans ce cas, on suppose un développement du champ de Wotten Waven permettant d’atteindre 120 MW (en 4 unités de 30 MW chacune), avec une puissance disponible à l’exportation comprise entre 40 et 50 MW pour la Guadeloupe et la Martinique. La production est prévue en 2 sites de 2 x 30 MW chacun, et les tensions d’exportation de 63 kV et 90 kV ont été retenues comme variantes. Les calculs intègrent le coût des lignes terrestres en Dominique et des câbles sous-marins vers la Guadeloupe et la Martinique.

 

Les résultats sur la rentabilité économique du projet peuvent ainsi être résumés de la manière suivante :

 

Les taux de rentabilité interne calculés varient entre 10 % et 17 % suivant les scénarii de développement, et les temps de retour sur investissement varient entre 9 et 6 ans.

 

Les prix du KWh livrés sont de 0,139 à 0,149 euro pour le schéma  minimal  à 15 MW (comparativement au coût de référence de 0,17 euro avec les diesels actuels de la Dominique), et varient de 0,063 € à 0,058 € selon les scénarii d’interconnexion envisagés (comparativement au coût de référence de 0,10 €), toujours inférieurs au coût de rachat de l’électricité d’origine géothermique.

 

Les schémas à 63 kV ou à 90 kV sont sensiblement équivalents, ce qui indique que les surcoûts d’investissement en 90 kV sont pratiquement compensés par les réductions de pertes électriques par rapport au 63 kV.

 

L’étude économique du projet aboutit aux conclusions suivantes :

- Les schémas les plus rentables sont ceux qui permettent la production et l’exportation vers la Guadeloupe et la Martinique de la puissance maximale envisageable.

 

- L’alimentation de la Dominique par une petite centrale de 15 MW est aussi rentable.

- La connexion entre les îles peut se faire indifféremment en 63 kV ou 90 KV (du moins du point de vue économique).

 

Ce projet a un double objectif, celui de renforcer la coopération  entre les îles de la Caraïbe et les DFA et celui de réduire la dépendance au fioul et le coût de l’électricité.  IL comporte plusieurs phases :

 

Ÿ  Des travaux de forage qui ont démarré

Ÿ  L’interconnexion

Ÿ  La puissance à exporter

Ÿ  Le trajet des câbles sous-marins

Ÿ  L’impact environnemental

Ÿ  Les conditions de rachat de l’électricité

Ÿ  Le type de partenariat retenu (public/privé)

 

 

Le cas de Porto Rico

Porto Rico recherche des alternatives pour diminuer le coût de l’énergie. Le comité de Politique Publique Energétique vise à adopter une politique publique énergétique moderne et à utiliser les énergies renouvelables afin de réduire la dépendance de l’île en combustibles fossiles. Les objectifs sont les suivants : diversifier les sources d’énergie, maintenir l’économie compétitive, réduire les émissions de gaz à effet de serre, former une industrie locale utilisant une production d’énergie propre. L’Autorité d’Energie Electrique (AEE) a pour but l’utilisation des énergies renouvelables pour réduire les coûts énergétiques. Les sources d’énergie renouvelable sont : éolienne, photovoltaïque solaire, solaire thermique, hydroélectrique, océanique, thermale et biodiesel. Selon les études de l’AEE, le charbon est le combustible le plus économique 3,02 $ en 2009 et 3 $ en 2025.

 

Pour le gaz naturel, le coût est de 7,31 $ en 2009 et 11 $ en 2025.

Pour le pétrole : 7,93 $ en 2009 et 26 $ en 2025.

Le diesel est le plus cher : 18,42 $ en 2009 et 34 $ en 2025.

 

En 2009, la production d’énergie coûte 400 millions de dollars.

 

Les coûts pour la mise en place des énergies renouvelables en centavos par KWh pour 2010 et 2030 sont présentés dans le tableau 9.

 

Tableau 9. Porto Rico. Coûts pour la mise en place des énergies renouvelables

Années

2010

2030

 

Vent, hydroélectrique, géothermal

Solaire, thermal

Combustibles

Photovoltaïque solaire

 

7

17

21

29

 

7

12

18

23

 

 

Source : AEE

 

L’AEE réalise des projections et des programmes sur l’efficacité énergétique des édifices, la réparation des aéronefs, la modernisation des bureaux, la performance du système de service à la clientèle, les infrastructures, en vue de réduire  la facture de consommation d’électricité et d’attirer les investissements à Porto Rico avec des nouvelles et meilleures sources d’énergie et des coûts moindres. L’Instituto Tropical Energia Ambiente y Sociedad (ITEAS) est un institut de recherche pluridisciplinaire de l’Université de Porto-Rico Recinto Mayagüez chargé d’étudier la production énergétique de Porto-Rico et les politiques publiques pour le développement de l’île.

 

L’ITEAS constate que l’utilisation de ressources énergétiques non renouvelables entraîne des problèmes comme le changement climatique, la contamination de l’air, l’érosion des sols, l’épuisement des ressources naturelles. Elle génère aussi des problèmes sociaux comme les tensions et les conflits internationaux dus à l’extraction des fossiles combustibles, la détérioration de la santé des habitants et la baisse de la qualité de vie. L’ITEAS effectue des analyses pluridisciplinaires qui permettent de combiner les aspects éthiques et moraux avec les connaissances scientifiques innovantes pour trouver des solutions au dilemme énergétique à Porto Rico et pour promouvoir le développement durable.

 

 

Le cas de Trinidad et Tobago

 Un comité pour les énergies renouvelables a été mis en place en 2009. Un sommet sur l’efficience énergétique s’est tenu à Trinidad et Tobago le 29 avril 2009, organisé par ECLAC (Economic Commission for Latin America and the Caribbean) et OLADE (Latin American Energy Organization). Les projets récents à Trinidad et Tobago sont des programmes d’énergie solaire, les conversions pour utiliser le gaz naturel et la réalisation des économies d’énergie. La BEI finance des programmes sur les énergies renouvelables (énergie éolienne) dans les îles de la Caraïbe (Barbade, Jamaïque, République Dominicaine, Trinidad et Tobago…). Le projet de gazoduc,  à l’étude depuis 2002, doit relier Trinidad à des îles des petites Antilles (Barbade, Dominique, Guadeloupe, Martinique, Porto Rico et Sainte Lucie). Le gaz apparaît comme une source d’énergie moins polluante et meilleur marché que le pétrole.

 

 

CONCLUSION

Notre étude montre que  les îles étudiées ont la volonté d’introduire les énergies renouvelables dans leur production d’électricité. Cependant il n’existe pas de modèle unique d’utilisation des énergies renouvelables dans la production d’électricité dans les îles de la Caraïbe. Chaque île se spécialise en fonction de ses ressources naturelles et de sa situation économique et sociale. Certains projets comme celui de Géo caraïbes via la Dominique pour approvisionner d’autres îles en énergie géothermique et  le gazoduc reliant Trinidad à des îles des petites Antilles sont  prometteurs.

 

Les énergies renouvelables offrent aussi la possibilité de créer des pôles d’excellence, de regrouper les compétences techniques, scientifiques et industrielles, les équipementiers et les sociétés d’ingénieries nécessaires au développement de différentes filières dans les territoires respectifs. Les énergies renouvelables peuvent se substituer au pétrole et au gaz dans la production d’électricité, mais en partie seulement.  Les économies d’énergie demeurent indispensables.

 

 

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