LA MARTINIQUE S’ENFONCE

by Palima | 12 juillet 2013 12 h 41 min

Le néo-PPM, avec l’argent public, est en train de mener une campagne de manipulation de l’opinion autour du slogan « la Martinique avance ». La réalité se veut tout autre : La Martinique s’enfonce. C’est ce que démontre clairement cette excellente analyse de Michel BRANCHI, économiste connu pour sa rigueur et sa perspicacité. Chacun devrait lire attentivement cette contribution et la diffuser le plus largement afin que le plus grand nombre possible de Martiniquais mesure la gravité de la situation générale dans notre pays et prenne conscience de l’urgence de changer de cap. (Lepalima.org)

Bilan économique  2012 de la Martinique  et premiers résultats 2013  

Un pays qui s’enfonce dans le délitement social et l’aphasie

par Michel Branchi

 

 

Quelle est la situation économique et sociale en ce début d’année 2013 en Martinique ?

 

Pour faire le point brièvement nous allons nous appuyer sur une synthèse des dernières données de l’IEDOM et de l’INSEE.

En effet, l’Institut d’émission des DOM (IEDOM) et l’Institut de la Statistique et des Etudes économiques (INSEE) ont tenu le jeudi 20 juin 2013 une conférence de presse commune pour présenter le bilan économique de l’année 2012 et les premiers résultats du premier trimestre 2013.

 

Les publications des deux organismes ont été présentées. Respectivement le rapport annuel 2012 et les « tendances conjoncturelles » du 1er trimestre 2013 de l’IEDOM Martinique et l’Année économique et sociale 2012 de l’INSEE Martinique (revue Antiane-Eco n° 76 de juin 2013).

 

I)             Année 2012 : Activité au ralenti et attentisme

 

1-   Activité. En ce qui concerne l’année 2012, l’Iedom considère que « l’année 2012 est caractérisée par une activité  économique au ralenti en Martinique ». Il en est de même pour l’INSEE.

  Le Produit Intérieur Brut (PIB) dont on ne connaît encore le résultat pour 2012 pourrait connaître « une progression très modeste », est-il indiqué. Et il resterait en-dessous du niveau d’avant 2009… L’évolution du PIB a été de moins 6,5 % en 2009, + 4,6 % en 2010 (rebond du aux hausses de salaires) et + 1 % en 2011, restant inférieur de 1,3 % à 2008 en euros constants. Pour rappel, le PIB mesure la valeur totale de la production de richesse dans un pays sur un temps donné. Il reflète l’activité économique et son évolution permet de mesurer la croissance ou la récession. La récession concrètement, c’est de l’emploi en moins, des fermetures d’entreprises en plus. C’est moins de travail. 

 

2-Emploi. Cela conduit à une augmentation du nombre de demandeurs d’emploi. Pour l’INSEE, « avec l’évolution de la population active, le taux de chômage est en légère hausse (21,3 % de la population active au sens du Bureau International du Travail). De plus, il augmente dans toutes les classes d’âge ». En 2012,  + 4,6 % de demandeurs d’emploi et globalement, 1 offre durable pour 12 inscrits. L’INSEE ajoute que « la panne de croissance se traduit par des destructions d’emplois et par une augmentation du nombre de demandeurs d’emploi. Avec 2 244 chômeurs supplémentaires en 2012, ce sont 51 223 personnes inscrites à Pôle emploi en décembre 2012 (cat A,B,C). Ce chiffre se rapproche du plus haut de l’année 2000, souligne l’INSEE. Les offres d’emploi ont chuté de 32 % à 8 300 offres

 

3- La consommation des ménages, principal moteur de la pseudo croissance économique que nous avons connue est « peu vigoureuse » (Iedom).

 

4-Investissement. Quant à l’investissement, si celui des ménages résiste (crédits à l’habitat), celui des entreprises continue à reculer (- 1,4 %).

 

5-Au plan sectoriel,

*BTP. « le BTP reste confronté à des difficultés persistantes ». Recule des ventes de ciment de 5,2 % sur un an. Ajoutons pour notre part, en dépit des plans de relance régionaux.

 

Evolution des ventes de ciment depuis 2008 :

 

 

 

*Tourisme : mitigé. « L’activité touristique connaît une évolution mitigée », juge l’Iedom « avec la baisse de la fréquentation hôtelière (- 2 %) et la progression du nombre de croisiéristes ». Le trafic passager aérien recule de 3,4 % en 2012.

 

Concernant les banques, pour l’IEDOM elles ont continué à assurer le financement de l’économie : l’encours global des crédits a augmenté de 3 % (rappelons que l’inflation a été de 2 %) pour atteindre 8,5 milliards d’euros. Dans cette évolution on ne sait pas la part captée par les acteurs martiniquais vers la Guyane. L’épargne se situe à 6,5 milliards d’euros en progression de 4,3 %. Ce phénomène est attribué par l’Institut à une attitude de « précaution » face à la crise. C’est principalement l’assurance-vie qui est choisie par les ménages. Donc un épargne qui sort du pays. Le complément entre encours et épargne de 2 milliards d’euros serait fourni par les maisons-mères des banques.

En résumé pour 2012 :

 

-      Climat des affaires dégradé ;

-      Hausse des prix (alimentation, énergie) : soit + 2 % contre + 1,3 % en France ;

-      Chômage élevé et augmentation ;


-      Baisse de la population de 2052 personnes en 2012 par rapport à 2011 du fait que le solde migratoire (l’émigration) dépasse le solde naturel (l’excédent des naissances sur le décès) ; baisse des mariages et des PACS en 2011 pour la 4ème année consécutive ; la baisse des naissances commencée en 2000 continue ; le vieillissement s’accélère ;

 

-      Ralentissement de la consommation des ménages (baisse de crédits à la consommation) et chute du marché de l’automobile avec le niveau le plus faible depuis l’année 2000 (moins 11 % de ventes) ;

 

-      Prudence des entreprises en matière d’investissements (baisse de crédits d’investissement et d’exploitation) ; après la chute du nombre de créations d’entreprises de 2011, c’est la stabilité ; 9 entreprises créées sur 10 sont sans salarié (sauf l’entrepreneur) ; 2 604 sociétés sont en interdiction bancaire et il y a eu 450 liquidations judiciaires au tribunal de commerce en 2012, soit une progression de 19,2 % en 2012 par rapport à 2011. Pour expliquer la panne de l’investissement privé, l’IEDOM parle de « crise de confiance ». Aujourd’hui le patronat prend prétexte des incertitudes sur la défiscalisation pour justifier son attentisme.

 

-       Faiblesse des revenus et ralentissement, voire baisse, du pouvoir d’achat (comme en 2011 où le revenu disponible des ménages a reculé de 1,3 %), Dans un contexte de vieillissement accéléré de la population, en raison de l’effet différé des années Bumidom, augmentation du nombre de retraités, principalement des femmes ayant peu travaillé ou à des postes moins bien rémunérés. Le nombre de bénéficiaires du RSA atteint 39 147 et augmente en 2012 de 4,8 %, signe de plongée dans la pauvreté d’un nombre croissant de Martiniquais.

 

-      Repli de l’Emploi salarié dans tous les secteurs et principalement dans le BTP ( – 7 % des effectifs en 2012). Le temps partiel subi se développe. En 2012, la Martinique a perdu 2 500 emplois salariés en un an !

 

-      Commerce extérieur en recul : Hors produits pétroliers, les importations baissent de 6,9 %, avec un recul de 13 % dans le secteur de l’automobile. Hors produits pétroliers, les exportations augmentent de 0,8 %.

 

-      Agriculture : « Les filières agricoles sont en difficultés, seul le secteur de la viande a conservé une certaine compétitivité »

-      (INSEE). La production de canne en usine  est en recul de 31 %  et les exportations de rhum baissent de 4 %.

 

 

Evolution du nombre de demandeurs d’emploi  et d’offres d’emploi depuis 2008 :

 

 

 

      II)- Premier trimestre 2013 : Conjoncture « peu porteuse » (IEDOM)

 

*Le climat des affaires reste « dégradé » au 1er trimestre 2013, pour l’Iedom. Son indice (ICA) s’établit à 86,1(moyenne = 100) soit moins 7,9 % par rapport au 1er trimestre 2012 et 13,9 points en-dessous de sa moyenne de longue durée. Il faut signaler que la France est officiellement entrée en récession au premier trimestre 2013.

 

*La consommation des ménages est en repli : baisse de 13,1 % des ventes de véhicules de tourisme neufs à fin avril ; baisse de 2 % de la masse des crédits à la consommation au premier trimestre ; diminution pour la première fois depuis des années de 1,5 % du crédit à l’habitat des ménages ; baisse aussi pour la première fois du chiffre d’affaires des hypermarchés de 1,5 % sur le trimestre et – 0,9 % sur un an. En Martinique la suppression par le gouvernement socialiste à la fin du mois de mai du revenu supplémentaire temporaire d’activité (RSTA) de 100 euros par mois aux travailleurs payés moins que 1,4 fois le Smic, outre qu’elle constitue un coup sévère pour le pouvoir d’achat des salariés les plus mal payés, ne peut qu’affaisser la demande globale et l’activité, créant ainsi  encore plus de chômage dans le pays. Car la vie chère n’a pas reculé à ce que l’on sache. Autre signe de récession :  A fin mai 2013, les ventes de produits pétroliers sont en baisse de 9 % en cumul par rapport à celles de l’année précédente.

 

*Le chômage continue de progresser avec 45 058 demandeurs d’emploi de catégorie A (sans aucune activité) à fin avril 2013, soit une hausse de 6 % sur un an. Le nombre total de chômeurs ABC (sans aucune activité et avec une activité réduite) sont 53 113 en hausse de 6,4 % sur un an. Les offres d’emploi à pôle emploi étaient en baisse sur un an de 16,6 % à fin mars 2013.

 

*L’investissement privé paraît fléchir à nouveau : recul de 0,6 % du crédit aux entreprises. Le nombre de sociétés en interdiction bancaire était de 2 554 au 1er trimestre 2013 en hausse de 4,8 % sur un an.

 

*Enfin l’activité sectorielle est jugée « dégradée » dans la plupart des secteurs. Elle se contracte de nouveau. Seul, le secteur du tourisme bénéficie d’un petit regain au 1er  trimestre 2013 (croisières notamment).

 

- Bananes : repli de 12,8 % exportations en liaison avec la progression de la cercosporiose.

 

- Agro-alimentaire : en retrait.

 

- BTP : L’activité est en berne dans le BTP du fait du faible nombre de mises en chantier. A fin mai 2013, les ventes de ciment en cumul depuis janvier sont encore  en recul de 6,8 % sur un an : Les chefs d’entreprises envisagent de réduire encore leurs effectifs.

 

- Secteur industriel : L’activité diminue.

 

- Commerce : pour la première fois, recul de 1,5 % du CA des hypermarchés sur le trimestre et de 0,9 % sur un an.

 

- Services aux entreprises : activité orientée à la baisse.

 

 

II)           Perspectives : Incertitudes et austérité ou relance volontariste et refondation du modèle de Développement  ?

 

En conclusion, pour l’INSEE comme pour l’IEDOM, « l’environnement est incertain » et pour l’Iedom la Martinique pourrait être affectée au travers notamment des mesures de réduction des déficits prises en France et en Europe (austérité). Le gouvernement annonce un budget 2014 avec une baisse des dépenses de 14 milliards d’euros.

 

En ce qui concerne les évolutions et perspectives, l’INSEE énumère les éléments suivants :

 

« 


– la remise à niveau de la qualité des infrastructures nécessitera des chantiers

 - le vieillissement de la population a des impacts sur le niveau et la structure de consommation

-  la résistance de l’économie en Martinique devient fragile avec la persistance du taux de chômage

- la précarité professionnelle a des impacts sur le ressenti des Martiniquais, favorisant l’attentisme ».

 

D’où le souhait émis par cet organisme officiel d’un « nouveau type de Développement ».

 

Cela rejoint ce que nous indiquons au moins depuis 2009 : la nécessité de mettre en place un nouveau mode de Développement à la place du modèle départemental d’import-consommation à bout de souffle. Mais, pour cela, il faut disposer d’un minimum de leviers d’action au niveau local. Nous avançons à grande vitesse vers une impasse sans exclure une explosion sociale non contrôlée tant qu’il restera des forces vives au pays. Sinon, avec le vieillissement accéléré et la dépopulation c’est la mort lente et sans phrase. Le sursaut est indispensable.

 

Il est clair que la Martinique s’enfonce dans la crise et qu’elle a besoin à la fois d’une politique de relance conjoncturelle décidée entre l’Etat et les collectivités Région et Département ainsi que de l’amorce de la refondation de son modèle de Développement économique et social.

 

 Il appartient aux véritables forces du Changement de tracer des perspectives à la fois réalistes et volontaristes.

 

 

 

                                                                             Michel Branchi

                                                        Membre du BP du PCM, Economiste

                                                                             30/06/2013

 

 

 

 

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