Le PArti pour la LIbération de la MArtinique

CONJONCTURE ECONOMIQUE

CONJONCTURE ECONOMIQUE

1 août 2013

A propos de la dernière « Lettre » de l’Institut de Statistique régional

 

La conjoncture martiniquaise vue sous l’angle de l’égocentrisme

 

La dernière « lettre de l’IMSEPP » publiée le 19/07/2013 (n° 13 de Juillet 2013) a fait une trouvaille. Rappelons que l’IMSEPP, c’est l’Institut Martiniquais de Statistiques et d’Evaluation des Politiques Publiques créé par la Région sous la direction de l’ancien Directeur de l’INSEE-Martinique, Georges Para.

 

La Région pas responsable du marasme économique…

 

A l’en croire, le marasme économique, pour ne pas dire la récession, que vit la Martinique en ce début 2013 n’est pas dû à la baisse des investissements privés, mais à celle de la consommation des ménages.

 

Et « la cause de la réduction de la consommation globale martiniquaise », est-il affirmé, est due à la diminution et au vieillissement de la population martiniquaise. Et l’IMSEPP résume sur ce point : «  Moins de consommateurs, et des consommateurs moins dépensiers, telles sont les raisons pour lesquelles le marché intérieur global qui s’offre aux entreprises martiniquaises se réduit comme peau de chagrin, et risque de continuer à le faire dans les prochaines années ».

 

L’Institut dirigé par Georges Para observe par ailleurs que le Produit Intérieur Brut (PIB= richesse globale) martiniquais est supérieur au PIB total guadeloupéen, malgré une population et un marché plus importants en Guadeloupe. Pour lui, cela tient à la fois « au dynamisme des entreprises locales » martiniquaises, mais aussi « aux efforts déployés par la Collectivité régionale, avec le concours de l’Europe, pour ouvrir de nouvelles perspectives de développement, intéresser de nouveaux investisseurs, trouver de nouveaux touristes, prospecter de nouveaux marchés, mettre en place de nouveaux outils financiers, etc. , même si ces efforts ne sont toujours pas reconnus ».

 

Et de rappeler que la Région va investir 219 millions d’euros dans l’économie en 2013 alors que le volume global des marchés publics de l’Etat et des autres collectivités baisse chaque année. Cocorico pour la Région Martinique !

 

Reprenons le raisonnement.

L’atonie des investissements des entreprises ? C’est dû « aux incertitudes générées par la réforme de la défiscalisation et par celle du régime de l’octroi de mer ». Donc ce n’est pas la Région. Mais cette panne des investissements privés explique tout de même la baisse de l’activité. Quant aux motifs avancés pour ne pas investir, s’ils sont réels, ils ne sont pas déterminants. Auparavant, les « acteurs économiques », comme on dit, donnaient comme motif de leur attentisme l’incertitude sur l’avenir institutionnel, puis celle liée à l’élection présidentielle française, etc. De plus, les problèmes de la défiscalisation et de l’octroi de mer sont d’abord des problèmes politiques découlant de notre situation de colonie départementale intégrée à la France et à l’Europe sous le statut de région dite ultra- périphérique. C’est  la non reconnaissance effective de nos évidentes spécificités, en dépit de l’article 73 de la Constitution française et de l’article 349 du Traité européen brandis à toute occasion. C’est surtout, en ce qui concerne la volonté de rabotage de la défiscalisation, une conséquence de la politique d’austérité adoptée par François Hollande cédant aux diktats de l’Europe.

 

 Et où passent les quelques 2,6 milliards de profits bruts réalisés annuellement par les capitalistes en Martinique ? Faut-il comprendre que sans aide publique et/ou incitation fiscale, pas d’investissement dans ce régime capitaliste dégénéré ?

 

Le pouvoir d’achat n’aurait pas baissé en 2012 : Voire…

 

Autre argument de l’IMSEPP régional : Le pouvoir d’achat n’aurait pas baissé. Pourtant, en l’absence de publication des comptes économiques officiels pour l’année 2012, on sait que le revenu disponible des ménages martiniquais a reculé de 1,3 % en 2011 (Cerom) alors que la croissance était de 1 %. Avec une croissance du PIB martiniquais estimée par l’IMSEPP à seulement 0,1 % en 2012, il existe une forte probabilité que le pouvoir d’achat ait reculé l’an dernier, d’autant que les prix ont augmenté de 2%. En France, le pouvoir d’achat a reculé de 1,2 % pour la première fois depuis 30 ans.  Le gel du point d’indice des Fonctions publiques a sans doute fortement pesé sur la consommation de cette fraction importante de la masse salariale globale (la moitié au moins). Récemment, la suppression du RSTA (Revenu supplémentaire temporaire d’activité) fin mai 2013 va aller dans le même sens.

 

De plus, la montée du chômage qu’il reconnaît, soulignons-le, n’aurait pas entraîné de baisse de la consommation, affirme l’Institut de Statistique régional. Pourquoi ? La « rémunération sociale du non-travail » permet d’amortir financièrement les effets du chômage, est-il avancé.

 

Il s’agit en effet des allocations chômage(Assedic) et aussi du RSA (ex RMI). Et l’IMSEPP va plus loin en énonçant que « les non travailleurs peuvent donc, par le biais des transferts sociaux, consommer dans les mêmes conditions que les travailleurs les plus modestes ».  

 

« Dans les mêmes conditions », cela est totalement faux. Car les allocations chômage sont inférieures aux salaires et le RSA socle (équivalent à l’ex RMI) est seulement de 483 € pour une personne seule sans enfant alors que le Smic net est de 1 120,43 €. Mais la hausse du chômage de longue durée  fait que beaucoup de chômeurs perdent leurs indemnités-chômage et basculent dans le RSA ou dans le régime de demandeurs d’emploi sans rémunération (Antiane-Eco-INSEE n° 76 de juin 2013). En outre, l’emploi salarié a reculé de 2,6 % en 2012( Antiane-Eco-INSEE cité), soit une perte de 2 500 à 3000 emplois. D’où baisse du pouvoir d’achat et de la consommation.

 

Cela dit, il est vrai que les transferts sociaux ralentissent encore la chute de la consommation. Mais ils sont menacés par les injonctions européennes à la France (assurance chômage notamment).

 

Le PIB martiniquais supérieur à celui de la Guadeloupe : Et alors ?

 

Enfin, si le PIB martiniquais global (8,3 milliards d’euros en 2011) est supérieur en 2011(dernier chiffre connu) à celui de la Guadeloupe (7,9 milliards d’euros en 2011), c’est en raison d’un changement de base de calcul (année 2005 au lieu de 1995) et surtout de l’exclusion dans le PIB guadeloupéen de Saint-Martin et Saint-Barthélémy. Cela fait 5 % de plus.

        

Ce qui compte, c’est le rythme de croissance de ce PIB. Or en 2011 il a augmenté en Martinique de 1 %, alors qu’en Guadeloupe il progressait de 1,3 %. Et les deux pays restent tous deux en-dessous du niveau de 2008 (moins 1%). Rappelons que le PIB 2012 pour les DOM n’est pas encore connu. Enfin, il faut se rappeler que, longtemps entre 1990 et 2005, le taux de croissance du PIB guadeloupéen a été supérieur à celle du PIB martiniquais (Etude INSSE/IEDOM/AFD/CEROM « L’ultrapériphéricité définit-elle un modèle de croissance ? » -Mars 2008).  

 

 C’est donc vraiment sans fondement que d’attribuer à l’action de la seule Région Martinique cette supériorité du PIB martiniquais en 2011, comme si la Région Guadeloupe ne faisait rien. Car l’investissement public (comme privé) est globalement plus élevé et plus dynamique en Guadeloupe entre 2008 et 2011/2012, selon une étude de janvier 2013 du Pr Olivier Sudrie (DME) pour la CCIM.

 

Et puis, dans nos pays, il faut fortement relativiser la notion de PIB.

En définitive, qu’est ce que cela change que le PIB en Martinique soit supérieur de 400 millions d’euros (l’équivalent approximativement d’un budget régional) à celui de la Guadeloupe ? Cela fait-il moins de chômeurs ? Une crise du même type frappe les deux pays avec une augmentation du chômage déjà considérable.

 

Cela dit, que le vieillissement accéléré que vit le Pays, en conséquence de l’émigration forcée des années Bumidom, affaiblisse la demande et la consommation et donc la croissance, nous en sommes tout à fait d’accord. Mais ce phénomène dangereux et majeur n’explique pas à lui seul le marasme persistant qui frappe l’économie martiniquaise et l’échec relatif des plans de relance régionaux.

 

Pour une relance coordonnée Etat-Collectivités rapidement

 

Il faut simplement rappeler que 219 millions d’investissement régional en 2013, c’est seulement 2,6 % du PIB martiniquais et avec un emprunt. Il faut admettre que cela n’est possible  que grâce aux marges de manœuvre laissées par la précédente majorité régionale.  

 

 Bien entendu, il convient de réagir face à la situation.

 

Cependant, il faut surtout arrêter de croire et faire croire que la grenouille (la Région) est aussi grosse que le bœuf (l’Etat et l’Europe) et entretenir des illusions. L’Etat français est responsable institutionnellement de la politique économique et de l’emploi, que l’on sache. Il pèse 22/26 % dans l’économie par ses transferts publics et sociaux nets et 37/38 % par ses dépenses publiques brutes. Le ralentissement, voire la baisse, des crédits de l’Etat et de l’Europe du fait de la  crise financière capitaliste, à l’évidence, a déjà et aura une forte incidence sur la conjoncture martiniquaise.

 

Refuser de voir cette réalité, c’est céder à une forme d’égocentrisme et d’aveuglement dommageables. An kwayans mal papay.

 

Effectivement, il est nécessaire de mettre en place un « nouveau modèle économique et social » en Martinique et de développer le tissu productif local, comme conclut la Lettre de l’IMSEPP. Cependant c’est pour le moyen et long terme. Et cela implique la maîtrise locale des principaux leviers de décision. Et là réside la principale contradiction de cette « nouvelle gouvernance » enfermée qu’elle est dans le carcan assimilationniste de l’article 73 même assorti d’habilitations insignifiantes arrachées au coup par coup.

 

En attendant, il faut exiger de l’Etat une véritable politique de relance coordonnée réellement avec les collectivités locales.

                                                                  

   Michel Branchi

  Economiste, membre du BP du PCM

  22/07/2013

 

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1 commentaire

  1. moresby /

    Le temps passe et la martinique se vide de plus en plus de sa population jeune.

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