L’ÉPAISSEUR DE LA NÉGROPHOBIE DE « LA RÉPUBLIQUE »

by Palima | 8 novembre 2013 10 h 36 min

Trois semaines après les insultes racistes d’une candidate du Front National contre Christiane TAUBIRA et une douzaine de jours après la référence à la « guenon » à Angers, François HOLLANDE a enfin appelé, lors du conseil des ministres du mercredi 6 novembre, à « la plus grande fermeté et à la plus grande vigilance » et pris acte de « la gravité extrême des insultes (…) proférées » à l’endroit de la garde des sceaux.

Quelle réactivité dans l’indignation ! À croire que la dénonciation de la négrophobie par les élites françaises est une épreuve intellectuelle qui demande un temps de maturation désespérément long et douloureux…

S’il s’était agi d’une autre communauté (faut-il la nommer ?), en quelques minutes tous les élus français et toute l’intelligentsia se seraient insurgés et les médias auraient exprimé un tsunami de dénonciations plus virulentes les unes que les autres.

L’émotion « nationale » et « républicaine » aurait alors rivalisé avec les cimes himalayennes.

Mais tel n’est pas le cas. Christiane TAUBIRA est la descendante de ces Africains réduits en esclavage dans la Caraïbe et les Amériques. « Guenon » ! Bof ! Il n’y a pas de quoi fouetter un chat…encore moins pour celui qui a fait de la figure raciste de Jules FERRY une de ses fortes références intellectuelles, honorée d’ailleurs lors de sa prise de fonction.

Que nous disent ces silences ? Que nous dit la lamentable lenteur de la réaction de François HOLLANDE ? Ce que nous savons depuis longtemps : qu’il n’y a pas grand chose à attendre de cette élite française, héritière d’une culture et d’une idéologie négrophobes profondément ancrées dans la « République », qu’elle se réclame d’ailleurs de la droite ou de la gauche.

Contrairement à ce que certains ont pu écrire, il n’y a donc pas un « retour de la France raciste ». Qui a eu la naïveté de penser qu’elle était partie en enfer ? Il n’y a pas non plus des « actes isolés » qui seraient contraires aux « valeurs de la République ».

La vérité -moins glorieuse mais plus conforme à l’histoire et à la réalité- est qu’il existe bien en France un racisme institutionnel qui sévit quotidiennement et, dans certaines périodes, prend des formes plus ou moins exacerbées, sans que cela émeuve outre mesure « La République ».

Les propos racistes dont a été victime madame Taubira -quelles que puissent être nos divergences politiques avec elle -appellent une dénonciation claire et sans réserve. Mais le fait qu’une ministre soit victime de ces insultes racistes répétées ne doit pas masquer les vexations de toutes natures auxquelles sont quotidiennement confrontés des milliers d’anonymes qui n’ont pas la « bonne » couleur de peau.

Notre mobilisation se doit donc de dépasser le cas de la la figure, certes emblématique, de Christiane Taubira.

Ce qui est en jeu, ce ne sont pas les  » valeurs de la République »,
mais la capacité de la France et de ses élites à sortir de l’hypocrisie sur ces prétendues valeurs, pour se repenser et repenser leur vision du monde. Ce qui est en jeu c’est notre capacité, à nous, de nous faire respecter.

MARTINIQUE

Mercredi 8 NOVEMBRE 2013

Partager[1]Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterEmail this to someone
Endnotes:
  1. Partager: https://simplesharebuttons.com

Source URL: http://www.lepalima.org/web/?p=2890