GRAN SANBLÉ : DISCOURS DE FRANCIS CAROLE

by Palima | 30 octobre 2014 20 h 18 min

Chers amis venus si nombreux à ce GRAN SANBLÉ,
Permettez-moi d’abord de saluer toutes les militantes, militants, sympathisantes et sympathisants du PCM présents ici, ce matin.

Toutes celles et tous ceux de MARTINIQUE ÉCOLOGIE.

Toutes celles et tous ceux du CNCP.

Toutes celles et tous ceux du RDM.

Toutes celles et tous ceux du PALIMA.

Toutes celles et tous ceux du MIM.

Demain, nous saluerons parmi nous, avec nous, nos camarades du MODEMAS.

Demain, nous saluerons, parmi nous, avec nous, toutes les forces vives du pays qui répondront à l’appel que l’histoire nous adresse, ici et maintenant, de nous rassembler pour la Martinique.

On peut pardonner à un homme qui a échoué et qui, humblement, le reconnaît. Il arrive, en effet, que les efforts humains les plus louables ne soient pas toujours couronnés de succès.

Mais on ne saurait laisser aucune circonstance atténuante à un homme qui a manifestement échoué, qui sait qu’il a échoué et qui, sans vergogne, cherche à masquer cet échec derrière ce que l’on pourrait appeler trivialement un enfumage verbal et médiatique.

Rappelez-vous les déclarations de l’actuel président de région lors de la campagne électorale de mars 2010, en introduction à son projet fumeux de création de 5000 emplois en deux ans :

« Le pays est frappé d’une récession économique sans précédent », « avec un taux de chômage des jeunes dépassant 50% ».

Pire ! Dans un des épisodes discursifs aussi violents que creux dont il a le secret, il allait même jusqu’à accuser ses adversaires d’avoir « colonisé » le pays… Rien de moins !

Alors, constat contre constat, faisons l’inventaire des lieux aujourd’hui :

-Le chômage des jeunes de moins de 25 ans atteint le pourcentage historique de 68%;

-53% des retraités vivent au-dessous du seuil de pauvreté;

-la Martinique s’enfonce dans la récession (1% de PIB en 2011, 0% en 2012, -0,5% en 2013);

-le chômage a explosé. Notre pays, entre 2010 et 2014, a perdu 5600 emplois et, dans la même période, le chômage a augmenté de 15,3%.

Certes, dans sa stratégie de manipulation, s’appuyant sur l’IMSEP (un institut créé et payé par le président de région, avec l’argent du contribuable et au service exclusif de la majorité régionale), le chef du néo-PPM tente de faire diversion et de nier la réalité. L’affichage massif du slogan « La Martinique avance » est l’illustration de ce déni de réalité et de cette fuite en avant dans le mensonge.

Mais ces mots creux ne trompent désormais plus personne, y compris même dans le camp des affidés du parti au pouvoir. Le roi est désormais nu et ni l’habillage complaisant de l’IMSEP, ni le matraquage médiatique quotidien, ni ses excentricités intellectuelles ne suffiront à masquer les faits et l’incompétence d’une équipe dont l’ultime refuge est la propagande tous azimuts et la violence verbale.

À ce propos, comment accepter que, dans un débat démocratique, le président de région ose traiter l’opposition « d’indics du SRPJ » ? Cette culture du mépris, de l’injure, de la violence et de l’arrogance, expression de la voyoucratie qui gangrène aujourd’hui nos institutions politiques, est le signe des dérives graves auxquelles la Martinique s’exposerait si, par malheur, de tels individus se maintenaient au pouvoir en 2015.

Mais, puisque le mot est lâché , « indics du SRPJ », creusons la veine et posons-nous la question de savoir pourquoi le chef du néo-PPM est si puissamment et si constamment soutenu par l’Etat français, de Sarkozy à Hollande… Les gouvernants français sont-il en train de fabriquer un nouveau Gaston FLOSSE pour la Martinique ?

Au mensonge, à l’incompétence manifeste et à l’injure s’ajoute l’affairisme d’une conglomérat qui confond les « eaux glacées des intérêts privés » et l’intérêt général. L’affaire X-Pay n’en constitue qu’une des sombres illustrations.

Enfin, à la veille de l’échéance cruciale de 2015, il ne vous aura pas échappé que l’on nous a ressorti le vieil artifice du père et du fils. Rassurez-vous ! Pas en Palestine ! Mais, plus prosaïquement et version couleurs locales, « sur la route de la Trace… », le livre qui voudrait consacrer le mythe d’une « mission » donnée par Césaire à un « fils »… Vous l’aurez compris, instrumentalisation post-mortem de Césaire dans une intention purement électoraliste, dans la droite ligne de toutes les utilisations de l’image et du nom du prestigieux poète auxquelles les rentiers se sont livrés, sans mesure, depuis plusieurs années.

Chers compatriotes,

Voilà donc dans quel état nous trouverons le pays en 2015 !

Aux conséquences de la gabegie que nous venons de rappeler, nous devrons aussi faire face à un arrière-plan encore plus grave de la crise :

-Le vieillissement de la population et tous les défis que ce phénomène suppose;

-la reprise de l’émigration, et singulièrement de l’émigration des jeunes;

-l’agonie de l’économie de comptoir, accentuée par la crise de l’Union Européenne et de la France, dans un contexte mondial marqué par des soubresauts de tous ordres;

-les inégalités qui, dans un contexte difficile, ne peuvent que s’accentuer;

-la désespérance de la jeunesse et plus généralement de la population;

-une perte de confiance qui s’installe dans la durée.

Disons-le tout net : Face à de tels défis pour notre futur, nous devrons, collectivement, être capables d’un effort sans précédent de vérité, de lucidité, d’intelligence, de persévérance et de cohésion.

Nous devrons donner à espérer, donner à croire en l’avenir de notre peuple, car rien n’est perdu. Tout reste possible quand un peuple refuse le désespoir et croit en ses capacités à assumer son destin, de manière digne et responsable.

Mais, et j’y insiste, plus que les paroles, ce sont les actes qui compteront. Plus que les promesses, les mesures concrètes qui seront mises en œuvre. Chaque jour devra être une conquête sur le réel.

La politique que nous voulons développer devra radicalement rompre avec la programme des stratèges de la virtualité et des mots creux dont le quartier général se trouve à Plateau Roy.

C’est pourquoi le projet alternatif que nous présenterons est aussi important. Nos réponses à la jeunesse, aux femmes, aux artistes, aux travailleurs ou encore aux acteurs économiques, devront être claires et précises.

Il ne faudra pas seulement un projet et un programme. Il faudra aussi une volonté politique, une méthode et une équipe déterminée de femmes et d’hommes pour les porter et les faire vivre, jour après jour. Il faudra aussi un haut niveau d’engagement et d’éthique.

Une condition s’avère encore nécessaire : c’est la mobilisation des femmes et des hommes de notre pays, à quelque poste qu’ils se trouvent, pour contribuer, de leur mieux, à l’entreprise collective pour réussir la Martinique. Les valeurs de travail, de respect, de solidarité, et de responsabilité individuelle et collective devront, en permanence, nourrir nos efforts.

Chers compatriotes,

Compte tenu de ces enjeux, vous comprenez pourquoi l’unité de nos forces s’avère aussi déterminante pour l’avenir de notre pays.

Toutes nos divergences, toutes nos différences, toutes nos nuances devront être évaluées à l’aune unique de notre devoir suprême qui consiste à tout mettre en œuvre pour sortir notre pays de l’impasse et jeter les fondements d’un avenir meilleur pour la génération actuelle et pour les générations futures.

Cette unité se construit sur les principes essentiels de respect mutuel, de transparence, de loyauté et d’engagement sincère pour faire aboutir les objectifs
que nous nous sommes assignés ensemble, d’un commun accord, dans la discussion et dans la prise de décision démocratique.

Il n’y a pas de partis grands-frères. Il n’ y a pas de partis petits-frères. Il y a encore moins de partis sous-frères.

L’unité que nous voulons ne se circonscrit pas non plus aux seules organisations et personnalités présentes ici ce matin.

Elle a vocation naturelle à s’élargir à d’autres forces, à d’autres sensibilités, dans le respect des principes que nous avons précédemment évoqués.

Enfin, au-delà des forces organisées, nos efforts tendent à rassembler toutes les Martiniquaises, tous les Martiniquais autour de valeurs et d’un programme à l’élaboration duquel nous souhaitons associer les forces vives du pays.

Rassembler, c’est aussi, bien entendu, rassembler toutes les catégories d’âge. Il nous est, en effet, parvenu qu’une discussion aussi passionnante que celle portant sur le sexe des anges tentait de se frayer une crédibilité dans l’opinion publique. Permettez-moi une humble question : ceux qui se sont servis à outrance de CÉSAIRE et ALIKER, jusqu’à plus de 90 ans, sont-ils les mieux placés pour discourir sur l’âge et désigner qui devrait se trouver, pour reprendre leur expression, dans un Jurassik Parc ? Ils devraient, de honte, se taire. Mais il est vrai que la reconnaissance n’a jamais constitué le point fort des rentiers…

Et puis, si, quelque part, il existe un Jurassik Parc, il ne peut être que celui de la pensée rassise, sclérosée et ânonnante des faux modernes qui se gargarisent et se grisent de mots creux et (permettez le néologisme) « jako-répètent » à l’envie les concepts du néo-libéralisme trempés à la sauce d’un imaginaire sans imagination.

Camarades,
Chers amis,
martiniquaises, Martiniquais,

Au moment de conclure cette intervention, je voudrais vous dire que ce dont nous avons besoin c’est de la mobilisation de notre peuple. Cette mobilisation doit s’appuyer sur l’élévation constante de la pensée, sur l’éducation, sur ce que Frantz FANON appelait « la politisation des masses ».

« Le conducteur du peuple ça n’existe plus maintenant. Les peuples ne sont pas des moutons et n’ont pas besoin d’être conduits. »

C’est Frantz FANON qui parle.

Et Frantz FANON ajoute :

« Il n’y a pas de démiurge, il n’y a pas d’homme illustre responsable de tout. Le démiurge c’est le peuple et les mains magiciennes ne sont, en définitive, que les mains du peuple. »

Si, avec intelligence et créativité, nous parvenons à transformer en pratique politique cette vision de FANON, alors nous n’aurons pas que gagné en 2015, nous aurons surtout contribué à donner un futur à la Martinique et au peuple martiniquais.

Merci.

(Discours prononcé par Francis CAROLE, au nom du PALIMA, À L’occasion du « Gran Sanblé » de Ducos, le dimanche 26 octobre 2014).

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