UNE NÉGROPHOBIE QUI NE DIT PAS SON NOM

by Palima | 9 février 2015 13 h 16 min

Le président du Conseil Régional de Martinique, dans une lettre sur la hiérarchisation des crimes contre l’humanité, s’est encore illustré dans une des contorsions dialectiques qu’il affectionne tant : comment ne rien dire de substantiel tout en cherchant à donner l’impression d’avoir tout dit.

Sa déclaration reste en effet ambigüe, sans densité intellectuelle, dans une intemporalité historique confortable, boursoufflée de poncifs faciles sur « l’humain fixant son inhumain », étrangement habile à ne pas vraiment prendre position afin de ne pas déplaire à ses amis socialistes. En somme une énième version du discours de l’oncle Tom perdu dans un universalisme sans âme et un prétendu humanisme qui a déserté l’homme.

Mais la rectitude intellectuelle ne s’embarrasse pas des amitiés et des petits calculs de circonstances. Elle va au cœur de l’essentiel.

Oui, Joëlle Ursull a raison de dénoncer les propos du président de la république française affirmant que « la Shoah est le plus grand crime, le plus grand génocide, jamais commis. »

Cette vision du président socialiste relève de la hiérarchisation mémorielle et relativise le crime absolu de l’esclavage ou encore du génocide des Amérindiens. Le dire ne tient pas d’une quelconque « concurrence mémorielle » dont, d’ailleurs, seuls les descendants d’Africains réduits en esclavage se voient accusés.

Le discours de monsieur François Hollande n’est ni une maladresse, ni un malentendu, mais l’expression d’une certaine pensée française, des Lumières jusqu’aux socialistes, fondée sur la théorie de la race et une négrophobie qui ne dit pas son nom.

Identifier cette vision, la dénoncer, en analyser les racines pour mieux la combattre est de la responsabilité de chaque génération de femmes et d’hommes, ici ou ailleurs. Dénoncer, assumer les batailles frontales que l’histoire nous impose et, en même temps, construire notre destin et celui de l’humain.

Francis CAROLE

Martinique

Le 7 février 2015

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