Le PArti pour la LIbération de la MArtinique

INTERVENTION de Claude LISE Au Gran Sanblé

INTERVENTION de Claude LISE Au Gran Sanblé

14 mai 2015

INTERVENTION de Claude LISE

SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU RDM

A L’OCCASION DU GRAN SANBLE

« POUR FAIRE REUSSIR LA MARTINIQUE »
DIMANCHE 26 AVRIL 2015 – HALL DES SPORTS DE RIVIERE SALEE

Mesdames, Messieurs, Chers Amis, Chers Camarades,

Permettez-moi, avant tout, de me féliciter de vous voir aussi nombreux ! Les mauvais augures en sont pour leurs frais ! Sanblé ta la, pèsonn pé pa di i pa mérité non’y : sé an Gran Sanblé !
Si apré sa rété moun ki poko konprann ke yo pé ké rivé divisé nou ek afébli nou, sé ke sé moun ta la, kon yo ka di, yo « bouchés à l’émri » ! mé sa sé pwoblèm yo !
Pwoblèm nou sé kontinué sanblé ek sé alé douvan douvan san janmen fè dèyè ! Man pé di zot ke le RDM kay mété tout foss li pou sa, pou rivé mété Martinique doubout !

Camarades, ceux qui m’ont précédé vous ont déjà montré à quel point le bilan de ceux qui, depuis cinq ans, détiennent en Martinique l’essentiel des leviers de pouvoir local, est catastrophique.
Mais, parmi les domaines dans lesquels ce bilan est particulièrement préoccupant, il en est un qu’il convient de bien mettre en lumière, un qui touche à nos droits fondamentaux de citoyens mais qui conditionne également la réussite de toute politique de développement durable, il s’agit de la démocratie.

Eh bien, mon propos visera à vous démontrer qu’à ce sujet il convient de dénoncer, dans notre Martinique, ce qu’il faut appeler une situation de régression démocratique.

En effet, depuis cinq ans, les atteintes à a démocratie se sont multipliées et ont pris une tournure de plus en plus inquiétante et inacceptable.
Ce que nous connaissons en la matière aurait entraîné depuis longtemps, dans n’importe quel département de l’Hexagone, des réactions très vives de certains organes de presse et de certains acteurs de la société civile.

Mais, ici, rien de tel. Nos protestations rencontrent peu d’écho dans la presse et peu de soutien dans la « société civile ».
Les autorités de l’Etat, quant à elles, semblent frappées de surdité et de cécité.

Il existe, en fait, de toute évidence chez nous, une formation politique qui est parvenue à prendre le contrôle de la quasi-totalité des leviers de pouvoir local et dont le patron s’est assuré, de surcroit, le rôle d’interlocuteur privilégié du précédent gouvernement comme de l’actuel.
Cette formation politique a pris, avec ses alliés et ses ralliés de tous bords, le caractère d’un clan et ce clan est parvenu à installer en Martinique un véritable système (c’est le terme qu’a employé un hebdomadaire parisien pour caractériser ce que ces reporters ont découvert ici) ; un système qui lui permet d’imposer sa loi dans la plupart des collectivités territoriales, mais également d’exercer un pouvoir d’influence considérable dans nombre de domaines, qu’il s’agisse du social, du culturel, du sportif, ou, bien entendu, de l’économique.
Alors, bien sûr, certains me diront que sa position hégémonique, il l’a acquise par les urnes. Mais si l’on peut convenir que c’est formellement vrai, on ne peut pas ne pas poser la question de la valeur, sur le plan de la démocratie, d’élections gagnées le plus souvent avec des méthodes on ne peut plus contestables.
Il y a, évidemment, les méthodes classiques de pression sur tous les électeurs vulnérables : employés des collectivités dirigées par le clan, personnes âgées, jeunes au chômage, demandeurs d’aides diverses, etc…
Nous sommes nombreux à avoir vu ces méthodes à l’œuvre aux municipales de l’année dernière, notamment à Fort de France.
Plus récemment, à Saint-Pierre, on a assisté à des choses incroyables ! J’ai personnellement vu des jeunes exhiber des portables et des tablettes numériques reçus en contrepartie de leurs votes ! Et il n’y a pas eu que cela, les camarade de Saint-Pierre ici présents pourraient vous en dire beaucoup plus que moi.

Mais un autre type de méthodes mérite d’être dénoncé avec plus de force encore compte tenu de son degré de nocivité, il s’agit des méthodes de manipulation de l’opinion dans lesquels ce clan politique est passé maître.
Le néo-PPM, qui constitue le noyau central, « le noyau dur », du clan, a d’autant plus de facilité à user de ces méthodes qu’il a abandonné depuis plus de dix ans tout encrage idéologique et, l’on peut même affirmer, toute identité politique. Le terme progressiste pour lui n’est plus qu’un cache misère idéologique.
Ce Parti est donc devenu un parti typiquement populiste c’est-à-dire un parti dont le leader assoit son pouvoir en se servant du peuple tout en faisant semblant de le servir. Un parti pour lequel, par ailleurs, la communication prime sur l’action, les mots l’emportent sur les choses !
Le but n’est évidemment jamais d’éclairer les citoyens mais de les manipuler pour les amener à cautionner les politiques les plus contraires à leurs intérêts.

Nous en avons eu une triste illustration lors du débat sur la proposition d’évolution institutionnelle faite par le Congrès des Elus en 2009.
Le Président du néo-PPM décida alors de ratisser très large – le plus large possible – grâce à une stratégie visant, d’une part, à diaboliser ce qui n’était qu’une avancée vers un premier degré, relativement modeste et très sécurisé, d’autonomie ; d’autre part, à faire miroiter la possibilité d’emprunter, plus tard, une autre voie susceptible de mener à l’autonomie la plus large, mais sans s’affranchir du droit commun : c’est la mythique 3ème Voie sensée constituer une sorte de panacée institutionnelle !

Cette stratégie de ratissage a abouti à faire converger sur le « non », lors de la consultation du 10 janvier 2010 des citoyens aux points de vue les plus différents sur la question de la responsabilité martiniquaise.
Des autonomistes, voir même des indépendantistes –en tout cas s’affichant comme tels- ont, en effet, mêlé leurs voix à celles d’assimilationnistes patentés. Ils ont mêlé leurs voix aussi à celles d’une majorité de citoyens, certes favorables à l’idée de responsabilité, mais incapables de résister à l’odieux chantage à la perte des avantages acquis qui leur était fait ; un chantage autrefois apanage de la Droite et qui est devenu l’une des armes –peu glorieuse– du néo-PPM !
On connait la suite. C’est cette stratégie, relevant d’un singulier manque de respect envers les citoyens martiniquais, qui a permis au néo-PPM, renforcé par un premier contingent de ralliés, de gagner les régionales de mars 2010.
C’est cette stratégie qui a permis également la constitution de l’assemblage hétéroclite dénommé « Ensemble Pour une Martinique Nouvelle ».

Cet assemblage est devenu le refuge de tout ce que l’échiquier politique compte d’errants politiques n’ayant d’autre motivation que l’intérêt personnel.
Un refuge où l’on cultive l’esprit clanique et où l’on fait miroiter à ces opportunistes d’alléchantes perspectives de carrière, en échange, toutefois, d’une totale allégeance au patron de EPMN. Ce dernier dispose ainsi d’un instrument qui lui permet d’étendre un pouvoir qui, au fil des conquêtes électorales et des ralliements d’élus, prend de plus en plus la dimension d’un réel pouvoir hégémonique.
La situation ainsi créé suscite bien sûr un mécontentement croissant dans l’opinion.
Malheureusement, cette opinion a du mal à réagir comme elle le souhaiterait, précisément parce qu’elle est démobilisée par l’image peu reluisante que lui renvoie globalement la classe politique. Ainsi s’enclenche un véritable cercle vicieux, la démobilisation des citoyens aggravant la situation de régression démocratique.
Cette image dégradée sert en fait les desseins de celui qui a transformé ce qui fut le PPM en parti râteau, ratissant tous azimuts, en osant mettre en avant, comme une caution, la fameuse invitation césairienne à prendre « le parti du plus large contre le plus étroit ».
Comme si, pour Césaire, le plus « large » pouvait signifier le plus vague, le plus confus, le plus hétéroclite.
En fait, camarades, « le plus large » c’est nous qui l’illustrons avec notre Rassemblement ; un Rassemblement qui ne s’est pas fait derrière un leader mais autour de valeurs partagées et d’une commune et haute ambition pour la Martinique. Un Rassemblement qui n’a pas pour objectif de servir une multitude d’intérêts individuels mais bien l’intérêt supérieur de la Martinique.

Nous avons donc vu comment, dans sa conquête d’un pouvoir de plus en plus hégémonique, le clan EMPN n’a cessé de porter gravement atteinte à la démocratie, en manipulant et en démobilisant les citoyens martiniquais. Il nous reste à voir comme il met à mal la démocratie dans l’exercice -je devrais dire dans la jouissance– de ce pouvoir.
Le premier terme qui vient à l’esprit pour caractériser le comportement des élus du clan qui sont à la tête d’un grand nombre de collectivités territoriales et d’abord des deux plus importantes (la Région et le Département), c’est l’autoritarisme.
Celui-ci s’exerce, bien sûr, avant tout sur les personnels de ces collectivités qui font l’objet de statistiques inquiétantes en matière d’arrêts de travail et de burn-out. Mais cet autoritarisme s’exerce également sur les élus de l’opposition.

Le 2ème élément qui caractérise leur fonctionnement, c’est, en effet, précisément, le manque de respect de l’opposition.
Tout le monde le constate en regardant à la télé le déroulement des plénières du Conseil Général et du Conseil Régional, même si ces plénières ne donnent qu’un petit aperçu de la réalité de ce qui se passe au quotidien.
Dans l’une comme dans l’autre assemblée, même si les styles de présidence diffèrent, la ligne définie au sommet, c’est-à-dire par le Président de Région s’impose sans nuance. Les majorités, totalement aux ordres, votent de façon mécanique, en faisant preuve de la plus totale surdité aux arguments de l’opposition.
Ce modèle de fonctionnement anti-démocratique se retrouve pratiquement dans toutes les autres collectivités territoriales dirigées par le clan. On vient d’en avoir une illustration saisissante le 14 avril dernier, au Carbet, où l’on a vu, comme le rapporte le quotidien local, le maire faire voter en force le compte administratif 2014, en refusant obstinément de prendre en compte les mises en garde de l’opposition portant sur le non respect de dispositions légales.

Le 3ème élément qui caractérise le fonctionnement des élus du clan, c’est le manque de transparence. Ces élus semblent, en effet, considérer qu’ils n’ont de compte à rendre, ni aux élus de l’opposition, ni aux citoyens. Du coup, la rétention d’information est chez eux une pratique courante.

Enfin, le dernier terme qu’il convient de retenir pour caractériser le fonctionnement du clan, c’est celui de népotisme.
C’est probablement ce qui provoque le plus de réactions chez nos concitoyens car, dans une période comme celle que nous traversons, ils ont beaucoup de mal à admettre que l’on puisse, parce qu’on occupe des lieux de pouvoirs, distribuer avantages et emplois aux membres de sa famille et à ses amis. C’est pourtant ce qui se déroule en grand et souvent ouvertement, notamment au Département et à la Région ; la Région battant, il faut le dire, tous les records en la matière. C’est évidemment, pour les « Nouvelles Gouvernances », un moyen supplémentaire de s’assurer le contrôle des agents des administrations qu’elles dirigent.

Eh bien, Mesdames et Messieurs, Chers amis, devant un tel constat, la question qui vient à l’esprit est évidemment : que font les autorités de l’Etat ? Car ce sont elles qui ont la responsabilité de garantir un fonctionnement démocratique des institutions et qui sont chargées de faire respecter les droits fondamentaux des citoyens.
Malheureusement, comme je l’ai déjà dit, force est de constater qu’elles font preuve de surdité et de cécité. Et c’est ce qui permet au clan EPMN d’afficher en permanence, et non sans un certain cynisme, la tranquille assurance de ceux qui se savent protégés.
Le plus grave c’est que la cécité et surdité des autorités de l’Etat doivent en réalité être qualifiées de sélectives. La Martinique est devenue, en effet, un territoire de la République française emblématique du deux poids deux mesures !
Il y a, d’un côté, ceux qui surfent allègrement sur les pratiques antidémocratiques et aussi sur les scandales en tout genre d’où remontent de fortes odeurs de corruption. Et puis, il y a, d’un autre côté, ceux qui subissent les rigueurs de la loi, avant même qu’il soit démontré qu’ils ont commis une faute.
Ai-je besoin d’évoquer, à cet égard, la tristement célèbre affaire Frédérique Fanon-Alexandre ? Une affaire dans laquelle on a vu poursuivre pendant six ans l’ex-DGSD devant des juridictions administratives, financières et pénales, pour au final voir reconnaître par le Conseil d’Etat et la Cour des Comptes que le dossier était vide.
Mais, qui n’a pas compris que le tord de l’intéressée s’était d’être la proche collaboratrice d’un homme politique que l’on cherchait par tous les moyens à impliquer dans une affaire ?
On sait, en effet, d’où est partie la lettre anonyme qui a suffit à faire connaître à Frédérique Fanon-Alexandre une éprouvante et humiliante garde à vue -épreuve, soit dit en passant, jusqu’ici soigneusement évitée à ceux qui sont mis en cause dans différentes affaires autrement plus graves dont on entend parler depuis déjà pas mal de temps.
J’ajoute, pour ceux qui se poseraient encore des questions sur les commanditaires de cette affaire, qu’il leur suffit de lire le PV de la plénière du Conseil Général du 28 juin 2012. Ce jour là, les élus de l’actuel majorité se sont déshonorés en votant, sur commande, une délibération faisant d’eux des auxiliaires zélés du Parquet, dans une procédure menée contre une compatriote, alors qu’ils étaient les mieux placés pour savoir qu’elle n’avait rien à se reprocher.

Je pourrais évoquer, comme autre exemple du deux poids deux mesures, les tracasseries dont fait l’objet notre camarade Alfred MARIE-JEANNE, mais je m’abstiens volontairement de tout développement à ce sujet vu les procédures en cours.
En tout cas, ce qui est clair c’est que l’Etat a sa part de responsabilité dans la régression démocratique dont nous sommes victimes.

Mes Chers amis, le sujet que j’ai tenu à évoquer devant vous mériterait bien d’autres développements, mais, dans le temps imparti, il fallait aller à l’essentiel.
Ce que je tiens à ajouter pour conclure, c’est que parmi les engagements que nous prenons face au Peuple Martiniquais, il y a celui, si les électeurs nous accordent la victoire en décembre prochain, de casser le système hégémonique et antidémocratique mis en place par le clan actuellement au pouvoir.
Il est dit expressément au 4ème point de l’accord du 27 janvier signés par les six organisations de notre Rassemblement : «elles [les organisations] les charges [il s’agit d’Alfred Marie-Jeanne et de Claude Lise] de garantir le fonctionnement démocratique de la Collectivité Territoriale de Martinique afin de favoriser la libre expression de toutes les sensibilités politiques tant de la majorité que de l’opposition ».
Cela veut dire que nous sommes décidés à prendre nos responsabilités à cet égard et, bien entendu, à mettre les autorités de l’Etat en demeure d’assumer les leurs.
Notre peuple attend cela !
Il sait, en effet, que sans démocratie il n’y a de citoyenneté que mutilée.
Il sait aussi que sans démocratie on ne peut promouvoir un véritable développement durable. Cela a pratiquement toujours et partout été démontré.

Alors, Camarades, nous savons ce qu’il nous reste à faire :
« Fatiguer le doute du Peuple », comme aurait dit Jaurès, par la persévérance de notre engagement et appeler les citoyennes et les citoyens à participer avec nous, armés de leurs bulletins de vote, à une indispensable et salutaire insurrection démocratique !

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