Le PArti pour la LIbération de la MArtinique

22 mai à Saint Pierre COMMEMORATION 22 MAI 1848 – KP 22 ME

22 mai à Saint Pierre  COMMEMORATION 22 MAI 1848  –    KP 22 ME

16 mai 2016

22 mai à Saint Pierre

COMMEMORATION 22 MAI 1848

KP 22 ME

 

L’UGTM convie ses militants et sympathisants à SAINTE-PHILOMENE, ce 22 mai 2016.

 

Nous vous rappelons :

 

A. cette communication de M-H LEOTIN sur l’aspect historique :

 

           Il est important et nécessaire, chaque année, de consacrer un moment au rappel historique et à la réflexion, car depuis quelque temps, il existe un mouvement « historico-politique » qui cherche à diminuer la force du 22 mai pour remettre sur le devant de la scène Schœlcher et le 27 avril.

Ils parlent de réhabiliter Victor Schœlcher, Cyrille Bissette, François-Auguste Perrinon, Pory Papy, mais tout ceci dans une volonté de nier le rôle des masses esclaves dans le processus de leur propre libération.

En guise de préambule

Quand un historien écrit l’histoire, il étudie ce qui s’est passé sur place, sur les lieux historiques où nous nous trouvons en ce jour ; il cherche à comprendre les contradictions qui se développent au sein de la société martiniquaise. Il met en avant les facteurs économiques qui peuvent expliquer la déstabilisation du système esclavagiste. L’historien ne va pas chercher d’abord ce qui se passe à l’extérieur, un décret voté à 7 000 km, pour expliquer un processus révolutionnaire qui a lieu en Martinique, car c’est bien une révolution qui a lieu en mai 1848 avec le passage de la société esclavagiste à la société capitaliste, le passage du système servile au système salarié.

L’histoire s’étudie du dedans. Il ne viendrait à l’esprit d’aucun historien français, étudiant la Révolution française, d’aller chercher une loi votée en Angleterre, pour dire au peuple français qu’il faut commémorer la date où cette loi a été votée en Angleterre. Pourtant, la Révolution française s’inspire de ce qui s’est passée, un siècle auparavant, en Angleterre, avec la Déclaration des Droits du Parlement en 1689 et les écrits du philosophe anglais John Locke sur les droits naturels de l’homme.

Que s’est-il passé en Martinique ?

Depuis le début du XIXe siècle, les contradictions se font de plus en plus visibles.

L’exemple d’Haïti

1  Il y a un pays qui est devenu une véritable étoile du berger pour les masses esclaves d’Amérique et de la Caraïbe. Ce pays, c’est Haïti qui accède à l’indépendance après 10 ans de guerre contre la métropole coloniale et l’armée la plus puissante du monde à savoir l’armée napoléonienne. Depuis cette date de 1804, pas une année ne passe sans une révolte d’esclaves dans la Caraïbe. Citons pour la Martinique : Jean Kina dans les hauteurs du Nord Caraïbe en 1802, Saint-Pierre en 1811, le Carbet en octobre 1822, et à nouveau Saint-Pierre en février 1831.

Une base économique qui s’affaiblit

2  La base économique du système esclavagiste connaît des fissures. Le XIXe siècle est l’ère de la révolution industrielle. Les premières machines à vapeur arrivent en Martinique dans les années 1810-1820. Les habitations-sucreries de type artisanal sont condamnées. Depuis le XIXe siècle aussi, la France fabrique son propre sucre ; on ne voit guère la nécessité d’une colonie qui est là, par définition, pour produire les matières premières que la métropole ne peut produire elle-même. La guerre des deux sucres a commencé. Le sucre colonial ne se vend plus aussi facilement sur le marché français. C’est la mévente pour les colons, l’endettement pour les békés, en un mot, c’est la crise.

La base sociale présente des faiblesses

3  La crise économique a des conséquences sociales : les affranchissements sont de plus en plus nombreux. Le nombre d’esclaves passe de 65 000 en 1789 à 73 000 en 1848, mais la catégorie intermédiaire des gens de couleur libres passe de 5 000 à 39 000 au cours de la même période. Ce sont les nouveaux affranchis qui prennent fait et cause à côté des esclaves pour s’associer au combat pour l’émancipation.

Les lois Mackau et le mouvement abolitionniste

Cet ensemble de contradictions oblige le gouvernement français, au temps du roi Louis-Philippe, à porter des améliorations à la condition des esclaves. Ce sont les lois Mackau qui limitent les châtiments, qui diminuent la journée de travail, qui interdisent le travail de nuit pour les femmes.

Nous sommes dans les années 1840. C’est aussi la période où le mouvement abolitionniste en France se renforce avec l’arrivée de V. Schœlcher au sein de la Société française pour l’abolition de l’esclavage. Le milieu ouvrier aussi bouge : 9 000 ouvriers parisiens et lyonnais  signent une pétition réclamant l’abolition de l’esclavage.

C’est une véritable course de vitesse qui est engagée entre, d’un côté, les esclaves qui se sont mis très tôt en route pour conquérir leur liberté, et de l’autre, le mouvement abolitionniste qui réclame partout en Europe l’abolition dans les colonies.

Le dernier coup d’accélérateur

Du côté des esclaves, ce sont des ralentissements dans les cadences de travail, des grèves, des refus d’obéissance, des sabotages, des révoltes. Dès 1846, le  gouverneur parle de « fermentation, de diminution du travail, de désordres graves, de troubles fâcheux » qui règnent sur les habitations. « Les esclaves opposent une force d’inertie qui paralysent le travail ». Les esclaves sont conscients que, le maître en difficulté, ils ont tout intérêt à donner le dernier coup d’accélérateur.

Lorsque la révolution de février 1848 éclate à Paris, lorsque la nouvelle arrive à Saint-Pierre le 26 mars, c’est la dernière ligne droite pour les esclaves. C’est en même temps le coup de grâce pour les maîtres esclavagistes. Pendant les mois d’avril et mai 1848, pratiquement, il n’y a pas un atelier d’esclaves qui travaille normalement sur les habitations.

Les journaux arrivant de France apportent informations et documents officiels, souvent traduits en créole. Ces documents, comme le décret du 4 mars, répètent à qui veut l’entendre que « nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves », mais les esclaves ne voient aucun changement. Les belles déclarations n’ont pas de traduction dans la réalité quotidienne. Le 27 avril 1848, les nègres de Martinique portaient encore aux pieds les chaînes de l’esclavage.

20, 21 et 22 mai 1848

Les événements qui ont lieu le 20 mai (le coup de tambour de l’esclave Romain alors que l’usage du tambour avait été interdit le soir même par le maître Léo Duchamp),  le 21 mai (l’arrestation de Romain), le 22 mai au matin (la manifestation devant la geôle de Saint-Pierre et la libération de Romain sur intervention de l’adjoint au maire Pory Papy), le 22 mai après-midi (fusillade du Prêcheur), portent le coup décisif pour une mobilisation massive des esclaves. C’est l’insurrection armée. Le soir du 22 mai, des milliers d’esclaves prennent le contrôle de la ville de Saint-Pierre. Les masses insurgées sont particulièrement déterminées à obtenir l’arrêt définitif de la barbarie esclavagiste.

Le gouverneur Rostoland rentre précipitamment à Saint-Pierre : « Je me hâtai de me rendre à Saint-Pierre où, malgré toute ma diligence, je ne pus arriver qu’à huit heures et demi du soir. Hélas ! C’était trop tard ! Mon débarquement fut éclairé par l’incendie qui ravageait la commune du Prêcheur et la ville de Saint-Pierre… A mon débarquement de la pirogue qui m’avait transporté, accompagné seulement de mon Chef d’Etat Major, je traversai pour me rendre à l’hôtel du Gouvernement une foule immense armée de bâtons, de piques et d’armes à feu portatives de toute espèce. Tous les groupes avaient à la bouche des paroles de menace… »

L’arrêté d’abolition

C’est bien une insurrection des masses esclaves armées qui a permis la signature de l’arrêté abolissant définitivement l’esclavage en Martinique. L’arrêté est signé le 23 mai à Saint-Pierre. La proclamation du gouverneur stipule abolition immédiate, sans répression à la suite des troubles qui ont eu lieu, sans poursuites judiciaires, amnistie totale : « La grande mesure de l’émancipation que je viens de décréter a détruit les distinctions qui ont existé jusqu’à ce jour entre les diverses parties de la population ; il n’y a plus parmi nous de libres ni d’esclaves, la Martinique ne porte plus aujourd’hui que des citoyens. J’accorde amnistie pleine et entière pour tous délits politiques consommés dans la période de mouvement que nous avons traversée. Je recommande à chacun l’oubli du passé… »

V. Schœlcher écrit quelque temps après : « le drapeau tricolore n’abritait plus que des hommes libres quand les commissaires généraux débarquèrent ».

 

En guise de conclusion

Les esclaves ont pris leur disposition pour résoudre le problème qu’ils rencontraient en 1848. Aujourd’hui en 2010, sans attendre une loi, sans attendre une réforme que la France préparerait pour nous, prenons aussi nos dispositions pour résoudre nos problèmes.

La vraie commémoration est tournée vers l’avenir !

Vive le 22 mai !

Vive le peuple martiniquais !

 

Marie-Hélène Léotin

 

B.  cette vidéo à voir :  22 Mé Avan Apré     https://www.youtube.com/watch?v=9h4VBd02SQI

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