Le PArti pour la LIbération de la MArtinique

François Fillon : Quel projet ? Quels risques pour les Guadeloupéens et Martiniquais?

François Fillon : Quel projet ? Quels risques pour les Guadeloupéens et Martiniquais?

2 déc 2016

Quel projet porte François Fillon et qui risque de mettre à mal les Guadeloupéens et Martiniquais ?
Aux Antilles , que ce soit en Guadeloupe et encore plus en Martinique , nous évoluons désormais dans un environnement entouré par l’incertitude :
la réflexion n’a plus alors aucun point d’appui et rien ne peut même être pensé à l’avance. On ne peut que constater a posteriori ce qui s’est passé.
Faut-il alors renoncer à toute anticipation et se contenter de vivre au jour le jour comme on peut ou on aime tant à le faire aux Antilles ? Faut-il s’abandonner aux forces instantanées pour en tirer parti ? Où va-t-on ? On verra bien, on ira là où on pourra avec le programme de François Fillon s’il est élu à la prochaine présidentielle , avec toutefois ,selon moi , une certitude : Une croissance zéro  en Guadeloupe et une probable récession en Martinique.Quel impact sur la Guadeloupe et la Martinique peut avoir une croissance zéro du fait de la réduction des dotations et d’une contraction de la dépense publique de 110 milliards , ainsi que de la chute attendue de la consommation voire encore plus du tarissement de l’investissement qui s’en suivra avec la mise en oeuvre du programme de François Fillon ?
– Ces conséquences se traduiront inévitablement par un déclassement social de la classe moyenne qui a bénéficié à plein de la départementalisation et par un accroissement des inégalités , de la pauvreté de la classe populaire qui n’aura plus la protection de l’Etat providence , et de façon plus générale d’une l’insécurité accrue du fait d’une jeunesse sans perspectives et surtout sans repères voire une violence intra-familiale encore plus forte avec l’éclatement de la cellule familiale qui va s’accentuer avec la hausse exponentielle des divorces imputables aux difficultés financières .
L’austérité engendré par le programme de François Fillon passera inévitablement par une compression des effectifs de la fonction publique et territoriale aux Antilles , un gel ou une baisse de salaire des fonctionnaires ainsi que par des coupes sociales et on sera selon toute vraisemblance prochainement avec la menace de déflation . »Ultra libéral »,  » violent  » ,  « Anti-social », « D’une violence inouïe », « Révolution conservatrice », « Dangereux », conclut un syndicaliste .
Encore un chouïa de superlatifs, et on ne sera plus très loin de faire de François Fillon le Donald Trump français, racisme et sexisme en moins. S’il l’emporte, le quinquennat qui arrive sera, certes, tout sauf un lit de roses : retraite à 65 ans, 39 heures pour les fonctionnaires, 500. 000 emplois de fonctionnaires supprimés, hausse de 2 points de la TVA : du lourd, donc, mais aussi de l’ultra-classique dans la littérature économique orthodoxe, et du déjà-vu dans d’autres pays. Et dire qu’il y a quelques jours, on jugeait que son programme, trop « thatchérien », ne correspondait plus à l’air du temps. Bilan : un plébiscite aux primaires. On s’étonnera, devant tant de versatilité, que les sondeurs ne sachent plus sonder.
A 61 ans, François Fillon incarne une nostalgie française : le rêve de la grandeur passée, qu’il faudra restaurer en serrant les dents. Sa façon de faire de la politique appartient, elle aussi, au passé : il dédaigne les sondages et  fuit les journalistes quand d’autres courent derrière les micros, peine à serrer les mains, rechigne à la démagogie pour arracher les voix. La bataille pratiquement gagné de la primaire l’a brutalement ramené à la réalité : s’il veut être un jour président, il devra bastonner les socialistes , régler son compte à Alain juppé , battre Marine Le Pen , barrer la route aux jeunes comme Macron qui foncent sans prendre la peine de demander la permission. François Fillon a décidé qu’il voulait être président, et ce premier tour surprise qui l’a vu sortir largement en tête de la primaire de la droite et du centre lui a enfin permis de briser l’armure.
Il est sérieux, François Fillon, très sérieux. Trop ? C’est la question que l’on se pose en le regardant orchestrer son retour politique après être largement arrivé en tête du premier tour de la primaire de la droite. L’ex-premier ministre de Sarkozy veut notamment mettre en place un programme d’économie de 110 milliards d’euros . François Fillon est un pragmatique, c’est sa marque de fabrique. Son but est de redresser la France. Il ne le perd jamais de vue mais le chemin qu’il emprunte pour l’atteindre est rude et semé d’embûches , une scène, concernant l’ex premier ministre François Fillon , revient en mémoire : François Fillon se déclarant le 21 septembre 2007 « à la tête d’un Etat en situation de faillite ».A l’appui de sa thèse, il invoque la situation dramatique du pays et le devoir de vérité qui, peu à peu, rattrape les gouvernants. Finies « les illusions » vendues par le PS pendant la campagne présidentielle, terminé le mensonge qui veut que, depuis des décennies, « nos difficultés viennent d’ailleurs et pas de nous même, de l’extérieur et pas de l’organisation même de la société française ». Il n’y a plus d’échappatoire : il faut parler vrai et redresser. Il a flairé le danger : la déprime collective, l’abstention, le risque de démobilisation des électeurs qui feraient le jeu de Marine Le Pen.
A l’époque, ses propos avaient fait grand bruit. Ils avaient suscité une forte crispation dans ses relations avec Nicolas Sarkozy qui, de l’Elysée, ne voyait pas du tout les choses de la même façon.
Il se trouve cependant que c’est François Fillon qui avait raison. Les événements ont confirmé ses craintes et, depuis, il s’est appuyer sur cette divergence de vue pour creuser son propre sillon. Selon lui, l’état du pays, aggravé ensuite par la gestion calamiteuse de François Hollande nécessitait une thérapie de choc, qui n’a pas été menée. Donc, aujourd’hui après sa victoire en tête de la primaire de la droite , il s’estime légitimement en droit de porter cette ambition.C’est le nouveau challenge de François Fillon, qui a tout misé sur la primaire de 2016 pour revenir dans le jeu et n’entend pas passer son tour…« François Fillon est intelligent, vif, esprit volontiers caustique, et assez secret pour être intéressant. »
Par ces temps difficiles, le favori de la primaire de la droite et du centre appréciera le compliment. Il l’appréciera d’autant plus qu’il est envoyé par quelqu’un qui n’est pas de son camp.Il est l’homme de l’équilibre des comptes publics, l’homme de la raison, celui qui se méfie des passions et de la déraison. Il se voit comme un rempart au populisme, trace dans son propre camp les lignes rouges à ne pas franchir. Son comportement est calé sur sa pensée : il baisse systématiquement la voix quand d’autres font monter la pression. Cela lui donne cet air sérieux et un peu triste qui le caractérise.
Des sept candidats à la primaire, le député de Paris est celui qui proposait la cure d’austérité la plus importante. S’il était élu président de la République en mai 2017, il mettrait en place un programme d’économie de 110 milliards d’euros sur les finances publiques. Un tiers de la baisse des dépenses serait assuré par l’Etat, 20 % par les collectivités locales et le reste en rognant sur la Sécurité sociale (retraite à 65 ans, réduction de la « dérive » des dépenses de santé). Pour trouver ces économies, M. Fillon promet de supprimer 500 000 emplois publics, de reporter l’âge de la retraite à 65 ans en 2022, d’harmoniser les régimes de retraite, d’imposer les 39 heures dans la fonction publique.
Pour relancer l’économie malgré ces coupes drastiques, le député de Paris réinjecterait 40 milliards d’euros pour alléger les charges des entreprises et baisser l’impôt sur les sociétés à 25 %, le tout financé par 2 points supplémentaires de TVA. Afin de « libérer » les entreprises, il les laisserait négocier leur temps de travail dans la limite d’une durée maximale de 48 heures hebdomadaires, il supprimerait le « monopole » syndical et reviendrait sur les seuils sociaux.
Avec ce « choc de compétitivité », l’ancien premier ministre promet de retrouver le plein-emploi en cinq ans (taux de chômage à moins de 7 %) et de refaire de la France la première économie européenne dans dix ans. Il assume par contre un déficit public important en 2017 (− 4,7 %) et en 2018 (− 4,5 %) à cause, selon lui, du coût des annonces « à visée électoraliste » de François Hollande en 2016. Mais ce que l’on constate depuis dimanche , c’est que François Fillon est comme désinhibé par son succès …
La désinhibition désigne le fait de montrer moins de pudeur, moins de réserve, dans son comportement. Elle peut se traduire par une attitude plus confiante, plus affichée de manière agressive , et parfois plus radicale envers la repentance de faits hérités du passé . La large victoire de Donald Trump,  mercredi dernier , ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire du monde occidental . L’opinion publique Américaine a rejeté le politiquement correct . Cette  opinion rebelle confrontée  aux méfaits de la mondialisation s’est identifiée à ce milliardaire iconoclaste , climatosceptique et xénophobe, devenu paradoxalement le porte-parole des perdants de la globalisation .
Ceux-là réclament le retour aux frontières, la fin de l’immigration massive, la riposte musclée au terrorisme islamiste, la renaissance de la fierté patriotique . Cette victoire du « populisme », qui est en réalité celle de la classe moyenne déclassée , annonce un prochain revirement dans la manière d’aborder les problèmes de la société Française par la classe politique qu’elle soit de droite ou de gauche . Ce revirement de pensée va , selon nous ,  d’abord affecter la façon d’appréhender les problématiques de la mémoire et de la repentance et surtout de la nouvelle répression des groupes contestataires aux Antilles .  Que retenir du succés du candidat Fillon , si ce n’est la désinhibition d’une partie importante des français qui demanderont bientôt la fin du devoir de mémoire et de la repentance de l’État .
Le passé prend une part active dans le présent, même si nous n’en sommes pas toujours conscients. Des événements historiques, même lointains , peuvent être encore d’actualité par leurs conséquences qui perdurent. Une mémoire  pour certains déformée et toujours douloureuse qui engendre une culture du soupçon qui exacerbe les identités. Cette exacerbation des identités devrait prochainement donner lieu à des périodes de tensions entre la France et les Outre-Mer , et un retour de bâton est toujours à craindre .
Le pire n’est pas toujours sûr . Pourtant à tout prendre,et par mesure de prudence, il nous appartient de méditer sur cette sagesse burkinabè qui nous enseigne une lucidité qui fait tant défaut à la Guadeloupe  et à la Martinique : « Quand le canari se casse sur ta tête, il faut en profiter pour te laver ».Mais c’est souvent au bord du gouffre que les peuples redeviennent lucides . La politique n’est grande que lorqu’elle réussit à conjuguer l’imagination , pour ouvrir l’avenir et conjurer les peurs , et le réalisme , impératif pour ne pas sombrer dans les illusions de l’utopie . Cette double condition fait défaut aujourd’hui tant  à la Guadeloupe qu’en Martinique et on ne la voit guère en gestation dans les propositions des uns et des autres qu’ils soient syndicalistes ou politiques pourtant responsables de la cohésion sociale et du développement de ces pays .
Rejet de l’autre, repli sur soi… la société Américaine se déchire mais quid de la France et de l’outre-mer ?
Les Guadeloupéens et Martiniquais  ne font plus société et encore moins peuple. Ils ne se font même plus d’illusion sur leur capacité à vivre ensemble, d’après un sondage . Dans le même temps , la principale préoccupation de l’ensemble des Français concerne désormais la sécurité, devant le chômage . Dans cette volonté de plus de sécurité, on lit là encore plusieurs éléments. Parmi eux, le plus important est certainement le sentiment de crainte vis-à-vis de l’avenir que cela traduit. Cette crainte est évidemment nourrie par le sentiment d’insécurité générale mais ce n’en est pas l’unique facteur. Les Français s’inquiètent également de leur capacité à s’assurer un niveau de vie relativement confortable au quotidien, sécurisé. La montée de ces deux craintes – sécurité, décence du niveau de vie – traduit évidemment les interrogations que soulèvent les perspectives proposées aujourd’hui par les différents acteurs de la scène politique.  Le populisme a trouvé sur ce terreau de quoi nourrir un sentiment d’insécurité et de ­morosité qui pourrait décider du résultat des prochaines élections présidentielles en 2017.
La victoire inattendue, en tous cas dans son ampleur, de Donald Trump aux élections présidentielles Américaines, semble confirmer une triple tendance observée depuis quelques scrutins dans la plupart des pays européens : la montée du populisme , la résurgence du racialisme et la fragmentation du paysage politique.Les évolutions historiques mondiales actuelles sont d’une très forte intensité et marquées de complexité de même que de dangers majeurs pour l’humanité. Avez-vous remarqué que plus rien ne semble fonctionner comme avant dans le champ politique ? Tout ce qui semblait facile à comprendre , aisé, fluide, devient un vrai casse-tête? La réalité des pays Guadeloupe et Martinique nous interpelle fortement.
Ce n’est pas la réalité des apparences, de l’autosatisfaction ou des illusions, mais celle du vécu et des profondeurs de nos sociétés, celle surtout du quotidien et des perspectives de ses travailleurs de la classe moyenne en voie de déclassement , de ses élites silencieuses ou en exil , de sa jeunesse perdue , de ses femmes seules , de ses personnes âgées toujours plus nombreuses , celle essentiellement de nos communes rurales endettées et de nos villes livrées à la violence , etc….C’est la réalité que nos pays présentent face à un monde en mutation profonde depuis quelques décennies, mutations qui sont les produits de dynamiques complexes mais fortes et durables et qu’il est impérieux de repérer, d’en saisir la portée historique à tous les niveaux et les exigences qu’elles mettent à l’ordre du jour pour toute société et tout État.Cependant, chacun de nous, reconnaît, au fil du vécu au quotidien et des années qui passent, l’existence d’une réelle crise sociétale et en ressent diversement la gravité. Pour l’instant, ces territoires sont totalement dépendants et ne pourront pas dans l’état actuel des choses rentrer dans un cercle vertueux , le mur est proche. Bien évidement ce ne sont pas les médias qui vont nous l’expliquer ouvertement, mais fin 2017 , l’économie de la Guadeloupe et de la Martinique va inévitablement vaciller à un moment ou à un autre , et nous sommes tous concernés car nous serons tous les victimes de cet effondrement .  .

Répétons-le, tout cela est intenable économiquement, mais aussi politiquement. Une stratégie de rupture va devoir faire sauter les verrous que j’ai évoqué dans un précédent article . Attendre une inflexion de la politique sociale en France, même après les élections, est illusoire. Alors ne soyons pas dupes de la situation et d’un conservatisme qui est trop souvent la norme depuis longtemps….

 

Face à l’exaspération sociale qui montera bientôt en flèche, on attend des politiques de droite comme de gauche qu’ils changent de logiciel et sachent parler un langage de vérité. Ce langage – révolutionnaire dans le contexte actuel – consisterait en fait simplement à dire qu’on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, que la réalité n’est pas malléable à l’infini, que si on ne veut pas payer davantage d’impôts locaux , il va falloir envisager une redéfinition du jeu politique en Guadeloupe et Martinique et dire la vérité aux citoyens sur les menaces existantes . Le modèle des 40 dernières années a effectivement été de prendre d’une main à la classe moyenne pour redonner d’une autre à la classe populaire , c’était la mise en oeuvre de la machine infernale de l’assistanat . Sauf que l’état des finances publiques et surtout le ras bol fiscal de la classe moyenne et supérieure ne permet plus ce jeu de passe-passe.
Les responsables politiques devront savoir expliquer aux Guadeloupéens et Martiniquais qu’ils vont avoir à s’habituer à recevoir moins de gains de productivité, s’habituer à une austérité  et donc connaître la stagnation des niveaux de vie futurs.
Je mesure mes mots quand je déclare que l’impact du programme de François Fillon avec pour conséquence prochaine la croissance zéro sur la Guadeloupe et une récession en Martinique aura pour effet de diviser de moitié l’enrichissement global de nos  pays à l’horizon 2025 du fait des conséquences  de la destruction créatrice de l’économiste Shumpeter. Une grande cassure économique arrive. Son origine n’est pas seulement d’ordre économique et financier , mais bien provoqué par l’incapacité des dirigeants politiques à repenser le modèle de développement actuel et l’organisation économique et administrative. Il faut le dire clairement sauf à risquer l’implosion face à une situation où il faudrait continuer à augmenter la pression fiscale non plus sur le revenu mais par le biais des impôts locaux et des taxes , baisser les prestations tout en évitant l’endettement. C’est une équation tout simplement impossible à atteindre dans le cadre du modèle économique et social , actuel qui prévaut aux Antilles .
Jean-Marie NOL

Colonisation et esclavage : pour François Fillon, un « partage de culture »

 

esclavage_en_partage

 

 

 

 

 

 

 

 

Le dimanche 28 août 2016, à Sablé-sur-Sarthe, dans le parc du château, François Fillon, candidat à la primaire de la droite et du centre pour l’élection présidentielle de 2017, a choisi de réviser la définition communément admise de la colonisation et de dégager la responsabilité de la France dans la pratique de l’esclavage d’État, déclarant à l’emporte-pièce : « Non, la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord ! Non, la France n’a pas inventé l’esclavage ! »

Cette saillie de François Fillon n’était par tout à fait conforme à l’héritage de son mentor, Philippe Seguin, qui avait demandé en juin 2002 au conseil de Paris de remettre en place la statue, place du général-Catroux, d’un ancien esclave, le général Dumas. Elle marquait également un certain décalage par rapport aux valeurs léguées par Joël Le Theule, ministre de l’outre-mer, auquel Fillon doit sa carrière. D’aucuns ont d’ailleurs jugé que le lieu choisi par François Fillon pour faire cette déclaration n’était pas un hasard : Sablé-sur-Sarthe, ville natale de Joël Le Theule, est en effet la commune dont Raphaël Elizé, un descendant d’esclaves de la Martinique, fut le maire socialiste de 1929 jusqu’à sa destitution par les autorités de Vichy en 1941 et sa déportation à Buchenwald, où il mourut en 1944, ce que François Fillon ne pouvait ignorer, puisqu’il a succédé à Raphaël Élizé et à Joël Le Theule à la mairie de Sablé-sur-Sarthe, où il fut élu de 1983 à 2001.

La date du 28 août est proche de celle du 23 août, fixée par l’UNESCO pour commémorer la traite et l’esclavage. C’est en effet le 23 août 1791 que les esclaves de Saint-Domingue (depuis république d’Haïti) se sont soulevés contre la colonisation esclavagiste française, accélérant l’abolition générale de l’esclavage, entérinée le 4 février 1794 par la Convention.
Même si François Fillon, lorsqu’il était Premier ministre, avait signé une circulaire tendant à affaiblir le caractère solennel de la journée du 10 mai -la date choisie par Jacques Chirac en 2006 pour la commémoration de l’esclavage, et devenue depuis institutionnelle- il ne pouvait ignorer qu’une loi de 2001 reconnaît que l’esclavage tel que la France l’a pratiqué officiellement aux dépends de six millions d’Africains de 1635 à 1848, est un crime contre l’humanité.
La déclaration de François Fillon du 28 août 2016 lui a sans doute valu la sympathie et les voix de la droite extrême et de l’extrême droite, qui lui ont permis de passer en quelques jours, dans les semaines qui ont suivi son discours de Sablé-sur-Sarthe, d’une estimation de 12 % dans les sondages à 44 % de suffrages exprimés et de devancer Alain Juppé, jugé plus ouvert sur ces questions.

Mais elle a été sanctionnée, le 20 novembre 2016, par les Français des anciennes colonies esclavagistes au premier tour de la primaire de la droite et du centre. Les suffrages se sont en effet massivement portés sur Alain Juppé, le maire de Bordeaux, vainqueur en Guyane (avec 47,6 %), en Guadeloupe (43,4 %), en Martinique (35,36 %) et en Seine-Saint-Denis (35,8 %).
Outre l’indignation de l’outre-mer et des Français issus de la colonisation de l’Afrique, cette proclamation du 28 août 2016 n’a pu que susciter des interrogations dans les 47 pays qui, durablement ou non, partiellement ou en totalité, subirent la colonisation française : Algérie, Anguilla, Antigua, Bénin, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chine, Comores, Côte d’Ivoire, Djibouti, Dominique, Égypte, États-Unis, Gabon, Gambie, Grenade, Guinée, Haïti, Inde, Laos, Liban, Madagascar, Mali, Malte, Maroc, Mauritanie, Montserrat, Niger, République centrafricaine, République du Congo, Saint-Christophe, Saint-Domingue, Sainte-Croix, Sainte-Lucie, Saint-Eustache, Saint-Vincent, Sénégal, Syrie, Tanzanie, Tchad, Tobago, Togo, Tunisie et Vietnam.

Pour presque toutes ces nations, la colonisation française, qui a imposé le travail forcé aux indigènes de 1900 à 1946, fut violente et criminelle. Pour ne prendre qu’un exemple, à Madagascar, de 1883 à 1960, elle a occasionné plus de 500 000 morts : 17 % de la population initiale. Les Malgaches, traumatisés par cet épisode, n’y ont jamais vu aucun « partage de culture » et il leur arrive de le reprocher encore à leurs plus proches voisins français : les Réunionnais.
Est-il besoin de rappeler par ailleurs les horribles épisodes qui ont accompagné la colonisation française en Afrique ?
Si la France n’a évidemment pas inventé l’esclavage en général, elle a néanmoins été l’une des premières nations à développer l’esclavage d’État, subventionné par des primes, et légalisé par le code noir. C’est cette forme officielle et institutionnelle d’esclavage (et non l’esclavage en général) qui est commémorée tous les 10 mai.

L’esclavage a été rendu possible par la propagation du racisme. Et la France n’a aucune leçon à donner à cet égard, puisqu’elle compte malheureusement des théoriciens qui, les premiers, ont mis en doute l’unité de la nature humaine. C’est ce que fit Isaac La Peyrère en 1655. Et peu après, en 1684, c’est François Bernier, un médecin français, qui inventait l’idée absurde de prétendues « races » humaines. C’est la République française, prise en otage par Napoléon, qui a rétabli l’esclavage dans un bain de sang en 1802, après l’avoir aboli (ce qu’aucun pays au monde n’a jamais osé faire). C’est en outre un Français qui a inventé le mot de racisme en 1892, non pas pour dénoncer ce préjugé, mais pour en faire un mot d’ordre positif. Et nombreux sont les intellectuels français, comme Vacher de Lapouge, qui ont directement inspiré ou approuvé l’idéologie nazie.

Le passé colonial et esclavagiste de la France, même s’il est très déplaisant, fait partie intégrante de son histoire. Évoquer de tels faits sans les édulcorer n’a rien à voir avec une quelconque demande d’une prétendue « repentance ». C’est un préalable nécessaire pour dépasser cette histoire et en effacer les séquelles, dont le racisme, qui fait peser aujourd’hui une lourde hypothèque sur l’avenir de la France, est le plus évident et le plus dangereux.

Nicolas Sarkozy, après avoir inauguré son quinquennat en déclarant d’entrée de jeu à Dakar, alors que François Fillon était son Premier ministre, que l’homme africain n’était «pas suffisamment entré dans l’histoire», a tenté, au cours de la campagne de la droite et du centre, de faire admettre aux Français de toutes origines qu’ils descendaient de « Gaulois ». François Fillon est bien resté dans cette voie en flattant les préjugés de l’électorat ultraréactionnaire de la droite extrême et la mouvance identitaire, qui se reconnaît en lui, comme en témoigne le soutien affiché du raciste et eugéniste Henry de Lesquen.
En une période de troubles et d’attentats, il faut prendre garde à ne pas dresser les Français les uns contre les autres, à ne pas mettre en danger l’outre mer, les banlieues et le pays tout entier. Et il faut aussi s’attacher à ne pas blesser les anciennes colonies françaises, qui sont aujourd’hui des partenaires économiques essentiels, par des propos dédaigneux.
« L’homme de l’avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue », écrivait Nietzsche. La courte mémoire condamne à être longtemps confronté à ce passé qu’on ne veut pas admettre.

Le 3 novembre 2016, sur France 2, lors du second débat de la primaire, François Fillon est revenu malgré lui sur sa déclaration du 28 août. Il a dû reconnaître que l’esclavage et la colonisation étaient bien des crimes. Il a cependant maintenu ses propos, adoptant, face à Élie Domota, qui lui reprochait le caractère raciste d’une phrase relevant, selon le syndicaliste, de l’apologie de crime contre l’humanité, une attitude où certains observateurs originaires d’outre mer et d’Afrique n’ont vu qu’arrogance et mépris.
Fillon a évoqué, pour se dédouaner, un discours prononcé à propos de la mort d’Aimé Césaire à l’assemblée nationale, le 13 mai 2008. Mais, dans cette allocution, il est surtout question de poésie, comme si Césaire n’était pas aussi l’auteur du Discours sur le colonialisme. Et les mots d’esclavage et de colonisation y sont soigneusement évités. L’ancien maire de Sablé-sur-Sarthe y fait allusion au « passé douloureux et enchaîné des peuples noirs » auquel Césaire était, selon lui, « fidèle ». Mais l’ancien Premier ministre ne semble pas directement concerné : comme si cette histoire n’était pas la sienne, comme s’il y avait bien eu des victimes, mais jamais de bourreaux. Et comme si les victimes, les « peuples noirs », du seul fait de leur couleur, étaient destinées de toute éternité à l’enchaînement et à la douleur

Par Claude Ribbe, écrivain et réalisateur, auteur d’Une Autre Histoire (2016, le cherche midi éditeur) 

Imprimer cet article

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>