Le Franc CFA : instrument de domination monétair

by Palima | 12 février 2017 16 h 53 min

 Un article du journal Asé Pléré Annou Lité n° 366 / février 2017

Même s’il a affiché d’entrée de jeu un style différent de celui de son prédécesseur à l’Elysée,  dans la pratique, la politique internationale de François Hollande a ciblé les mêmes objectifs. Cela vaut singulièrement pour l’Afrique, où il a usé de tous les moyens à sa disposition, pour préserver les intérêts de la France sur ce continent. Le Franc CFA a continué à être une des cartes maîtresses de la politique française en Afrique.

Lorsqu’il arrive au pouvoir en France en 2012, sur le continent africain le contexte économique est marqué par une pénétration significative de pays comme le Brésil ou la Chine, qui ont grignoté des parts importantes dans la chasse gardée traditionnelle de la France. Les Chinois, en particulier, avaient fait au cours des années précédentes une percée spectaculaire. En effet, à titre d’exemple, pour l’année 2011, la part de marché chinoise en Afrique était d’un peu plus de 16% contre moins de 2% en 1990. Dans le même temps, la France avait perdu un terrain considérable puisque sa part de marché, qui avait subi une chute de plus de 5 points, n’était que 4,7% en Afrique subsaharienne.

Il était donc urgent de réagir pour refaire le retard. L’objectif déclaré de la France a été alors de parvenir rapidement à doubler les échanges avec les pays africains. Pour cela, il était impératif de reprendre, à tous points de vue, le contrôle sur ces pays. Pas question donc, au-delà de déclarations bien intentionnées et de gestes symboliques, de rompre avec les pratiques de ses prédécesseurs. Pas question non plus de toucher au franc CFA, un dispositif qui permet à la France, depuis plus de 75 ans de se maintenir au rang des grandes nations tout en maintenant l’Afrique francophone dans un état de sous-développement.

 

Le franc CFA, un outil de domination

Le franc CFA est l’un des instruments majeurs qui permettent d’assurer l’asservissement des économies des pays de la zone franc au profit de la France. Il fait partie d’un système de prédation pensé et mis en œuvre pour organiser le pillage systématique et le sous-développement en Afrique.

C’est en 1939 que la France créée la zone franc dans le but de  renforcer son contrôle sur la monnaie de ses colonies africaines. Un des principaux objectifs de cette opération est de lui permettre d’assurer son approvisionnement en matières premières à des prix défiant toute concurrence, même en temps de crise économique majeure ou en temps de guerre.

A la fin de la seconde guerre mondiale, le 26 décembre 1945, à l’instigation du général de Gaulle, Paris met en place, dans les pays qu’elle domine en Afrique, le franc CFA (le Franc des Colonies Françaises d’Afrique).

En 1958, on adopte la nouvelle dénomination, le franc de la Communauté Française d’Afrique et, en 1960, malgré l’indépendance des anciennes colonies, le franc CFA reste en place.

Aujourd’hui, pour les pays d’Afrique de l’ouest, réunis au sein de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), il devient le franc de la Communauté Financière Africaine. Ces pays sont les suivants : le Bénin, le Burkina, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. L’Institut d’émission des pays de l’UEMOA est la  Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest.

Et pour ceux d’Afrique centrale (le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Tchad), réunis au sein de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), c’est désormais le Franc de la Coopération Financière en Afrique Centrale. L’institut d’émission pour les pays de la CEMAC est la Banque des Etats de l’Afrique Centrale.

Les billets du Franc CFA sont toujours imprimés en France à Chamalières, à l’Imprimerie nationale, et les deux banques centrales émettrices comprennent dans leurs organes décisionnaires des administrateurs français nommés par le ministère des finances. Ils sont en nombre suffisant pour constituer une force de blocage et peuvent opposer leur véto aux décisions qui ne servent pas directement les intérêts français. Le franc comorien remplit la même fonction et la Banque centrale des Comores est soumise aux mêmes règles. Ainsi, le franc comorien et le franc CFA sont les deux dernières monnaies coloniales encore utilisées dans le monde.

 

Des règles strictes et injustes:

Depuis 1999, le FCFA est arrimé à l’euro et la France impose un taux de parité fixe qui ne varie sous aucun prétexte. Pour un euro, on a invariablement 655,957 FCFA. Le franc comorien est également concerné par cette règle et vaudra toujours 0.002€.

Dans ce système, c’est le Trésor public français qui est censé garantir la convertibilité des francs CFA et du franc comorien dans n’importe quelle autre monnaie mais dans les faits les choses se passent autrement. En effet, la réalité montre que le FCFA n’est pas convertible et n’a aucune valeur au-delà des frontières de la zone franc. Ces pays ne peuvent pas l’utiliser dans les transactions commerciales internationales, pour vendre leurs produits ou acheter des biens d’équipement. De plus, un ressortissant de l’UEMOA qui veut effectuer une opération dans un pays de la CEMAC rencontre bien des difficultés car le franc CFA de sa zone  n’est pas accepté. C’est que la France a bien veillé à cloisonner commercialement ces deux zones monétaires.

Par ailleurs, pour respecter la parité avec l’euro, les pays qui utilisent le franc CFA, sont tenus de maîtriser l’inflation et limiter la monnaie en circulation à 2% pour les pays de l’UEMOA et à 3% pour les pays de la CEMAC. Le FCFA étant  fabriqué en France, c’est encore Paris qui décide de la quantité de monnaie à mettre en circulation dans les pays de la zone franc.

Dans l’objectif officiel de limiter l’inflation, les banques nationales limitent les prêts aux entreprises. A titre de comparaison alors que ces prêts dépassent les 100% du PIB dans les pays de l’Union européenne, ils ne représentent que 23% du PIB dans les pays de la zone franc. Cette insuffisance de crédits a pour conséquence des investissements moindres, des infrastructures inadaptées qui constituent indiscutablement un des nombreux freins au développement.

D’autre part, le franc CFA, considéré comme une monnaie forte, du fait de la parité avec l’euro, est dans une inadéquation absolue avec les économies des pays de la zone franc. Cela entraine des distorsions et des aberrations qui peuvent expliquer le fait que, au lieu de favoriser la production nationale, certains pays jugent plus rentable de s’équiper en biens provenant de pays dont la monnaie est plus faible. C’est ainsi que, dans les pays de l’UEMOA, les produits importés de Chine sont passés à près de 11% en 2014, contre moins de 4% en 2005.

Autre facteur de déséquilibre : d’autres produits importés d’Europe sont payés en euro tandis que les principaux produits exportés (café, chocolat, céréales, pétrole..) sur le marché international par ces pays sont vendus à des prix fixés en dollar, une monnaie plus faible. Les recettes étant en monnaie faible et les dépenses, en monnaie forte cela entraîne nécessairement un déséquilibre de la balance commerciale des pays africains qui importent plus qu’ils n’exportent.

Dans la zone franc les transferts de capitaux sont entièrement libres et gratuits. Cette disposition, qui prétend stabiliser la situation financière et économique des Etats de cette zone, du fait des limites du FCFA, ne contribue en rien à dynamiser l’activité de ces pays.

Cependant, elle se révèle très avantageuse pour les entreprises étrangères et singulièrement pour les entreprises françaises. En effet, grâce au libre transfert des capitaux, elles peuvent investir sans la moindre difficulté.

Ainsi, dans les pays de l’UEMOA, les investissements des entreprises françaises représentent globalement 50% des investissements étrangers. Dans le secteur bancaire, par exemple, le chiffre d’affaires des banques françaises comme BNP PARIBAS, Le Crédit Lyonnais et la Société Générale, représentait environ 70% de celui de l’ensemble des banques opérant dans la zone franc en 2011.

On voit donc que le franc CFA, tel qu’il a été pensé et imposé par la France n’est pas et ne peut être un facteur de dynamisation des échanges commerciaux entre les différents partenaires potentiels de la zone franc. Les chiffres parlent d’eux-mêmes puisque, en 2014, les exportations des pays de l’UEMOA vers ceux de la CEMAC  représentaient moins de 3% pour moins de 2% en sens inverse.

Le système imaginé et mis en œuvre en Afrique par la France, suivant le modèle nazi qui lui avait été imposé sous l’occupation, organise en fait la pauvreté dans la zone franc. En effet, selon le FMI, 13 des 15 pays de la zone franc sont considérés comme pauvres ou très endettés alors que paradoxalement, après l’Asie, l’Afrique est le principal moteur de la croissance de la planète

 

Une escroquerie à grande échelle

La France exige que 50% des réserves du franc CFA et 65% des réserves du franc comorien soient déposés sur les comptes du Trésor public en France. Ainsi, chaque année, le trésor public français reçoit de ces pays africains environ 500 millions de dollars en avoirs de réserve de change. Selon le rapport 2005 de la zone franc, les réserves des banques centrales au trésor français s’élèveraient à 6300 milliards de FCFA, soit 9,6 milliards d’euros. Cela ne peut rester qu’une estimation car le système est recouvert d’une certaine opacité que seuls les responsables de l’Etat français maîtrisent. En effet, suivant les principes qui régissent le FCFA, c’est la France qui a le monopole du change pour cette monnaie. Toutes les recettes qui sont recueillies par tout pays africain de la zone franc, dans le cadre des échanges commerciaux, en particulier sur les matières premières payées en dollar, sont immédiatement créditées à la Banque de France après avoir transité par la Banque centrale de ces pays, puis par la banque de l’Afrique centrale. La France garde en réserve alors la moitié de cette somme en dollars qui va sur un compte d’opérations censé garantir la solvabilité du FCFA et dont les pays africains ne reverront jamais la couleur. Signalons au passage que la France puise régulièrement dans cette réserve pour payer les matières premières qu’elle paye achète déjà à des prix préférentiels. Le plus souvent ces matières premières sont réglées par un simple jeu d’écritures comptables.

La France émet des billets d’un montant équivalent à l’autre moitié de cette somme qui repart pour ce pays d’Afrique, qui l’utilise pour son fonctionnement intérieur. En résumé, du papier contre des dollars. La somme en dollars, qui constitue un apport en devises très significatif,  reste en France et sera utilisé pour, par exemple combler le déficit du commerce extérieur de la France. C’est ainsi que les peuples africains de la zone franc aident la France à garder son rang de puissance mondiale. Jacques Chirac avait bien raison lorsqu’il disait en parlant de son pays: «(…) On oublie une chose, c’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation, depuis des siècles, de l’Afrique (…) ».

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