Le PArti pour la LIbération de la MArtinique

Lutte contre la vie chère et monopoles : Tir de barrage de « Contact-Entreprises »

 

Tribune de Michel BRANCHI

Economiste, ex-Commissaire de la Concurrence et de la Consommation

L’annonce par le ministre Victorin Lurel d’une loi spécifique sur la régulation économique outre-mer et l’affichage de sa volonté de lutter contre les « monopoles » ont déjà provoqué un tir de barrage du lobby patronal Contact-Entreprises présidé par Emmanuel De Reynal.

Dans une tribune parue le 31 juillet 2012 sur le site « Politiques Publiques » et dans France-Antilles du 2 août 2012 et intitulée « « Monopoles » et vie chère : Attention aux fantasmes ! », le Comité directeur de Contact-Entreprises lance un avertissement au ministre des outre-mers et au gouvernement : « Il serait dramatique que des analyses aveuglées par l’idéologie aboutissent à rendre la situation moins favorable au lieu de l’améliorer ». Ce comité directeur est composé de Emmanuel De Reynal, Sandra Casanova, André Dorn et Anne-Emmanuel Zameo.

 Surcoûts : Silence sur le niveau des marges et des profits

 « Contact Entreprises » donne d’emblée son analyse des « surcoûts » qui affectent nos régions et donc des lieux où, selon elle, il faudrait agir. Sont citées pêle-mêle : « l’étroitesse du marché, l’éloignement qui rend nécessaire le financement de stocks importants, le coût extrêmement élevé de nos ports, la productivité du travail, le coût des constructions anticycloniques et antisismiques, la taxe d’octroi de mer qui frappe à la fois le prix d’achat des produits eux-mêmes et le prix du fret, le coût plus élevé du crédit, etc, etc ».

Bien entendu ne figurent pas les niveaux de « marges commerciales relativement élevés dans les DOM » qui sont signalées notamment par le rapport de l’Autorité de la Concurrence( avis n° 08-A-45 du 9 septembre 2009), ni les taux de profits supérieurs à ceux pratiqués en France (de 5 à 11 % suivant les secteurs)  pointés par le rapport du cabinet Syndex  pour le compte de la CFDT («Le pouvoir d’achat dans les DOM-Incidence de la structure des prix et des coûts »-Tome 2-La Martinique-Mai 2011).

  S’agissant de l’effet jugé néfaste l’octroi de mer, Contact-Entreprises reconnaît que les taux de TVA en outre-mer sont inférieurs à ceux de la France. Mais sans aller jusqu’à indiquer que cela compense en grande partie (jusqu’à un octroi de mer de 22,5 %) l’incidence de l’octroi de mer dans les prix, comme le démontre Richard Crestor, délégué général de l’AMPI dans son ouvrage « La formation du prix importé dans les DOM-Etude théorique et conclusions pratiques » (RC Editions-janvier 2012). De même Contact-Entreprises admet que la défiscalisation permet de réduire le coût des investissements.

 Alors ? Il faut bien admettre, comme l’a conclut le rapport cité de l’Autorité de la Concurrence, que «  une analyse conjointe des taux d’octroi de mer et des charges de fret conduit à la conclusion que ces frais d’approche, et l’octroi de mer en particulier, ne suffisent pas à expliquer l’intégralité des écarts observés(…) ».  Il faut rechercher, dit-elle, dans les « éléments structurels ou comportementaux » et notamment les pratiques de marges.

   Monopoles ou oligopoles ? En tous cas, un degré élevé de concentration

Puis l’association patronale aborde la question de la concurrence en reconnaissant qu’elle peut avoir un rôle bénéfique pour les consommateurs et les entreprises. Elle précise que c’est à condition que les marchés des DOM apportent suffisamment de « volume économique » aux entreprises qui y opèrent. 

 Mais cette pétition de principe est tout de suite contredite par l’affirmation qu’il n’y a peu de « monopoles » dans les pays d’outre-mer. Et de citer le secteur bancaire, la téléphonie, l’automobile, la distribution alimentaire, l’ameublement, etc…Contact-entreprises fait semblant de prendre le mot « monopole » dans sa signification première, à savoir l’existence d’une seule entreprise dans un secteur. Et sur ce point l’Autorité de la Concurrence a déjà par avance répondu à ce qui se révèle être une argutie en démontrant qu’il y a souvent dans les Dom une absence de concurrence du fait de la présence d’un petit nombre d’entreprises intégrées de surcroît soit au niveau horizontal soit au niveau congloméral et  vertical dans des liens familiaux ou financiers. Ce sont des oligopoles (petit nombre d’entreprises) qui finissent par s’entendre sur les prix et ne pas se faire concurrence. « Les niveaux de concentration sont relativement élevés », indique l’Autorité de la Concurrence. Et cela résulte souvent de la dimension du marché qui ne permet pas toujours la multiplication des intervenants. Cela on le sait.

 Le mouvement de 2009, éternel coupable

A l’appui de sa démonstration l’association dénonce «  le mouvement de 2009 qui affirmait vouloir « lutter contre les monopoles » dans le domaine de la grande distribution alimentaire » et «  a abouti à réduire le nombre d’opérateurs »  On notera la préoccupation obsessionnelle de prendre une revanche de classe contre un mouvement social historique en essayant de prouver qu’il n’a servi à rien. C’est comme si on voulait s’opposer à un cyclone. 

 Et de citer la disparition des Ets Reynoirds (Cora, Match, etc), filiale du groupe belge Louis Delhaize, et du groupe Lancry franchisé Leclerc absorbés par leurs concurrents (Groupes Parfait et Bernard Hayot). Il conclut : «  Sur ce marché censé regorger de « profitation » (…) On voit bien par ces exemples l’effet dévastateur des actions basées sur la perception erronée d’une réalité ».  La vérité est que, bien avant février 2009, Reynoirds et Lancry étaient en difficulté financière et il est vrai que la crise sociale a contribué à les achever et finalement à accroître la concentration dans la grande distribution à dominante alimentaire. C’est une loi du capitalisme. Ce qui est un  nouveau facteur de restriction de la concurrence et de hausse des prix potentielle. Il est vrai, comme le dit Contact-Entreprises, que « l’augmentation du nombre de concurrents ne se décrète pas », comme l’a démontré l’aventure de l’arrivée d’Edouard Leclerc, incitée, dit-on par Sarkozy lui-même. Il faut le redire encore : Le mouvement social de février 2009 est un effet de la crise du système et sa cause.

 La surveillance étroite de la formation des prix nécessaire

Or Victorin Lurel mise sur l’arrivée de nouveaux concurrents pour augmenter «  la dose de concurrence », comme il dit. Dans beaucoup de cas il s’agira d’une illusion (carburants par exemple). C’est pourquoi à la limitation structurelle de la concurrence dans des économies insulaires, dépendantes et affectées de mal-développement comme les nôtres doit répondre une surveillance étroite de la formation des prix et du fonctionnement des marchés, à tous les stades. Il ne s’agit pas d’une « analyse aveuglée par l’idéologie », ainsi que le soutient Contact-Entreprises, que de constater cette évidence dans les économies des DOM.

 Aussi, en cas de nécessité, un encadrement des prix par la puissance publique sur les produits et services de large consommation populaire est nécessaire pour préserver le pouvoir d’achat. A cet égard, on peut pour répondre à l’urgence prendre un décret d’application de la Lodéom-Jego de mai 2009(article 1er) qui permet de réglementer les prix des produits de première nécessité dans DOM et COM.

 Ce que ne veulent à aucun prix ceux qui dominent nos économies et dont Contact-Entreprises défend les intérêts. Une question au cœur de la lutte contre la vie chère.

 Et au-delà cela relève de la mise en place d’un nouveau modèle de développement impliquant la conquête de la domiciliation d’un vrai pouvoir martiniquais.

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1 commentaire

  1. charlec /

    j’ai ete tres satisfait de l’article domage qu’il n’y ai pas plus a le lire Surtout aujourd’hui il y avait un forum pour mettre en relation les jeunes et leurs entreprise Mais il y avait un manque c’est les retarites et l’amour e leur travail pendant de longuzes annees Comment sommes nous absent de la scene mediatique quand chacun a un experience a donner la rencontre intergenerationel est absolument nece ssaires

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